RDC : Félix Tshisekedi réaffirme son refus de tout brassage ou mixage avec le M23
SOS Médias Burundi
Goma, 30 novembre 2025 – À travers des communications officielles publiées le vendredi 28 novembre 2025 par la Présidence congolaise sur Facebook et X, le président Félix Tshisekedi a annoncé un prochain déplacement à Washington, aux États-Unis, pour entériner l’accord récemment conclu avec le Rwanda sous médiation américaine.
Mais alors que cette démarche semble inscrire Kinshasa dans une dynamique diplomatique renouvelée, le chef de l’État a tenu des propos fermes devant la diaspora congolaise en Serbie : il n’y aura ni brassage ni mixage avec les rebelles du M23.
Le M23 : une ancienne rébellion tutsi affiliée à l’AFC
Le M23, une ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, reproche aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements de réinsertion. Kinshasa accuse par ailleurs le Rwanda de soutenir les rebelles. Des experts onusiens, qualifiés d’« imposteurs » par Kigali, ont récemment affirmé qu’environ 6 000 militaires rwandais auraient été déployés dans l’est du Congo pour soutenir le M23 — des allégations fermement rejetées par le gouvernement rwandais.
Le M23 est affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa, dirigé par l’ancien président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), Corneille Nangaa, qui estime qu’« un État fédéral pourra répondre aux besoins de la population ».
De son côté, le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats dans l’est congolais pour combattre aux côtés des FARDC et des milices locales entretenues par Kinshasa, notamment les Wazalendo.
Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le M23 continue d’étendre son influence après avoir pris le contrôle de plusieurs villes stratégiques, dont les capitales provinciales Goma et Bukavu, ainsi que des zones riches en minerais. Ces derniers jours, les hostilités sont particulièrement signalées dans le Sud-Kivu, où l’armée burundaise aurait subi de lourdes pertes.
Une ligne rouge clairement tracée par Tshisekedi
Dans un contexte où les négociations régionales multiplient les pressions, Tshisekedi a réaffirmé publiquement son opposition à toute intégration des combattants du M23 au sein des Forces armées de la RDC (FARDC).
Cette position est alignée sur la loi votée par le Parlement congolais, laquelle interdit de réintégrer dans l’armée les personnes ayant pris les armes contre l’État.
Réaction du M23 : « Une armée défaite n’est pas notre choix »
La réponse du mouvement rebelle n’a pas tardé. Sur son compte X, Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, a rappelé la position constante de son organisation concernant l’intégration militaire :
« Nous l’avons toujours affirmé et réaffirmé à la table des négociations : l’intégration — qu’il s’agisse de brassage ou de mixage — au sein d’une armée défaite n’est pas notre choix », a-t-il déclaré.
M. Bisimwa a également réitéré l’ambition de son mouvement de participer à la création d’un nouveau système sécuritaire dans le pays :
« Nous allons construire et conduire les nouvelles Forces de Défense et de Sécurité de la République fédérale du Congo. »
Entre méfiance populaire et dilemmes politiques
Dans l’opinion nationale, la méfiance reste profonde : de nombreux Congolais estiment que les processus de brassage et de mixage, déjà utilisés par le passé, ont facilité l’infiltration de l’armée par des groupes armés étrangers ou rébellionnaires. Cette perception nourrit un rejet quasi unanime dans la société congolaise.
Cependant, plusieurs analystes soulignent que le refus catégorique du président Tshisekedi pourrait se heurter à une impasse opérationnelle. Sans mécanisme de réintégration ou de cantonnement durable, aucun dispositif concret ne permet aujourd’hui de traiter le sort des plusieurs milliers de combattants du M23 encore actifs dans l’est du pays.
Cette situation risque de compliquer la mise en œuvre effective de l’accord annoncé avec le Rwanda.
Entre Washington et l’Est, un équilibre fragile
Le déplacement annoncé du président Tshisekedi aux États-Unis vise à consolider une entente régionale censée offrir une voie vers la désescalade avec le Rwanda.
Mais les déclarations contradictoires, entre ouverture diplomatique et fermeté militaire, soulignent la complexité d’un dossier où chaque mot peut influencer le fragile équilibre régional.
Pour l’heure, le bras de fer politique entre Kinshasa et le M23 se poursuit, laissant en suspens la question centrale : comment stabiliser durablement l’Est de la RDC sans intégrer les combattants du M23 et sans légitimer leur insurrection ?
Face à la montée des violences, une rencontre est prévue le 4 décembre prochain à Washington entre les présidents Félix Tshisekedi (RDC) et Paul Kagame (Rwanda), dans le cadre des efforts de paix régionale.
Lors d’une conférence de presse tenue jeudi 27 novembre à Kigali, M. Kagame a déclaré qu’« une éventuelle rencontre à Washington avec Tshisekedi et Trump serait une bonne chose », soulignant l’importance de la coopération régionale pour stabiliser l’est de la RDC.
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Photo : Les présidents congolais Félix Tshisekedi et burundais Évariste Ndayishimiye lors du sommet sur la crise congolaise à Bujumbura, où ils ont accusé le Rwanda d’avoir envahi l’est de la RDC et autorisé le déploiement de troupes burundaises. Félix Tshisekedi a refusé tout brassage des combattants du M23 au sein de l’armée congolaise. © SOS Médias Burundi
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