Rapatriement forcé de plus de 80 000 réfugiés burundais : inquiétudes et divergences au sein des institutions burundaises
SOS Médias Burundi
Ngozi, 30 novembre 2025 – L’annonce du rapatriement forcé de plus de 80 000 réfugiés burundais vivant en Tanzanie continue de susciter de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains. Ces réfugiés, répartis dans les camps de Nyarugusu et Nduta, devraient être renvoyés au Burundi dans un délai de quatre mois, soit d’ici mars prochain. Une décision jugée « trop brusque » par plusieurs acteurs présents lors d’un atelier de plaidoyer de haut niveau organisé mardi à Ngozi, en province de Butanyerera, dans le nord du Burundi.
Cette annonce a été rendue publique par Rose Médé Dusenge, chargée de la protection internationale au Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR-Burundi). S’adressant aux parlementaires et à la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH), elle a exprimé sa profonde préoccupation quant à la capacité du Burundi à accueillir un nombre aussi important de personnes dans un délai aussi court.
« Cette période de rapatriement est très courte », a-t-elle averti, appelant les députés à s’assurer que ces personnes refoulées soient traitées avec dignité et dans le respect de leurs droits fondamentaux.
Le président de la CNIDH, Mgr. Martin Blaise Nyaboho, partage ces inquiétudes. Selon lui, le délai imposé par la Tanzanie ne tient pas compte de la réalité sur le terrain ni de la capacité d’accueil actuelle du pays.
« Quand nous avons entendu cette nouvelle, elle nous a brisé le cœur en tant que défenseurs des droits de l’homme », a-t-il déclaré.
Mgr. Nyaboho rappelle que les retours volontaires, qui pouvaient atteindre jusqu’à deux mille personnes par semaine, se faisaient dans de bonnes conditions, le gouvernement burundais accompagnant chaque famille jusqu’à son domicile. Mais organiser le retour forcé de 82 000 personnes en quelques mois lui semble irréalisable, d’autant plus que le Burundi accueille déjà de nouveaux déplacés venus du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dans l’est de la RDC.
Il appelle ainsi le gouvernement à entamer des discussions avec la Tanzanie afin de prolonger le délai, « peut-être jusqu’en juillet ».
La Tanzanie, pourtant considérée depuis les années 1970 comme une terre d’accueil pour les réfugiés burundais, abrite encore aujourd’hui plus de 110 000 Burundais ayant fui la crise politique de 2015, déclenchée par le troisième mandat controversé du feu président Pierre Nkurunziza.
Cependant, au sein de la classe politique burundaise, les avis divergent. Martin Niteretse, ancien ministre des affaires intérieures en charge de la gestion des questions de réfugiés et rapatriés, actuellement président de la commission permanente des droits de l’homme à l’Assemblée nationale, minimise l’urgence et dénonce ce qu’il qualifie de « spéculations » parmi les réfugiés.
Selon lui, certains réfugiés abusent du système, allant jusqu’à vendre leurs biens et verser des pots-de-vin pour figurer sur les listes de retour, avant de refuser finalement de rentrer au pays en prétextant n’avoir plus nulle part où aller.
« Beaucoup d’entre eux ne sont pas de vrais réfugiés au vrai sens du terme », a-t-il affirmé.
Alors que les défenseurs des droits humains et le HCR plaident pour une approche plus humaine et respectueuse des droits des réfugiés, les autorités burundaises restent divisées sur la gestion de ce dossier sensible. La question reste désormais de savoir si le gouvernement burundais répondra à l’appel de la CNIDH et engagera un dialogue avec la Tanzanie pour prolonger le délai, ou si le rapatriement précipité se poursuivra au risque d’accentuer la vulnérabilité de milliers de familles concernées.
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Photo : Une réfugiée reçoit le drapeau burundais des mains de Gervais Ndirakobuca, actuel président du Sénat et alors ministre en charge des affaires intérieures, symbole d’accueil sur le territoire burundais, août 2020. Aujourd’hui, les autorités tanzaniennes souhaitent rapatrier plus de 80 000 réfugiés burundais, suscitant inquiétudes et débats. © SOS Médias Burundi
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