« Rejetés de partout » : des réfugiés congolais menacés de retour dans des centres de transit au Burundi

« Rejetés de partout » : des réfugiés congolais menacés de retour dans des centres de transit au Burundi

SOS Médias Burundi

Musenyi, 5 mai 2026 — Au Burundi, la situation de certains réfugiés congolais installés sur le site de Musenyi, en province de Burunga au sud-est du Burundi, suscite de vives préoccupations. Près de 120 demandeurs d’asile, qui n’ont pas obtenu le statut de réfugié, s’apprêtent à être renvoyés vers des centres de transit, notamment ceux de Cishemere, dans le nord-ouest, et de Makombe, dans le sud-ouest du pays. Une décision qui ravive les inquiétudes concernant leurs conditions de vie et leur avenir.

Ces réfugiés avaient été transférés à Musenyi il y a plus d’une année, après avoir quitté différents centres de transit du pays. Leur regroupement sur ce site répondait à une nécessité logistique : faciliter le processus d’identification et d’évaluation de leurs demandes d’asile par les autorités burundaises, notamment l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA), en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

En janvier 2025, le Burundi a connu un afflux massif de réfugiés en provenance de la République démocratique du Congo, fuyant l’insécurité persistante dans l’est du pays. Cette arrivée importante a rapidement entraîné la saturation des centres de transit, poussant les autorités et leurs partenaires humanitaires à délocaliser une partie des réfugiés vers le site de Musenyi, situé loin de la frontière congolaise.

Le Burundi abrite encore quelque 200 000 réfugiés congolais, dont environ 22 000 vivent actuellement sur le site de Musenyi.

Sur place, les demandeurs d’asile devaient passer des entretiens afin de déterminer leur éligibilité au statut de réfugié. Si une majorité a obtenu une réponse favorable, environ 120 personnes sont restées sans statut, en raison de situations jugées complexes par les autorités compétentes.

Au cœur du problème figure la question de la double identité administrative. Plusieurs de ces réfugiés avaient auparavant séjourné dans le camp de Lusenda, dans le territoire de Fizi, à l’est de la RDC. Ce camp accueille historiquement des réfugiés burundais.

Avant leur arrivée au Burundi, certains de ces Congolais avaient été enregistrés à Lusenda comme réfugiés burundais. En revenant au Burundi et en demandant l’asile en tant que Congolais, leur situation a suscité des doutes sur leur nationalité réelle, compliquant l’examen de leurs dossiers.

« Burundais au Congo, Congolais au Burundi », résume un juriste impliqué dans l’examen des dossiers de demandeurs d’asile, sous couvert d’anonymat, illustrant le paradoxe administratif auquel ces personnes sont confrontées.

Une partie du site de Musenyi abritant des réfugiés congolais ,avril 2025 © SOS Médias Burundi

Depuis 2023, le HCR, à travers son bureau régional de Nairobi au Kenya, a mis en place un système informatique centralisé regroupant les bases de données des réfugiés des pays d’Afrique de l’Est. Ce dispositif permet de détecter automatiquement les cas de double enregistrement.

Grâce à ce système, plusieurs réfugiés ont été identifiés comme disposant d’un double statut dans différents pays. Les personnes concernées ont été soumises à une série d’entretiens avec les services de protection du HCR afin de clarifier leur situation.

À l’issue de ces échanges, elles ont été invitées à choisir un seul statut, entraînant la clôture de leur enregistrement dans les pays où elles ne souhaitent pas résider.

Dans certains cas, notamment pour d’anciens réfugiés du camp de Lusenda, les autorités ont fait preuve de souplesse en acceptant de clôturer leur statut en RDC, leur permettant ainsi de conserver celui du Burundi.

Pour les réfugiés concernés par le renvoi, la perspective de retourner dans les centres de transit est source d’angoisse. Ces structures, souvent surpeuplées et précaires, sont perçues comme des lieux de grande vulnérabilité.

L’un des réfugiés concernés, qui a requis l’anonymat, témoigne :

« Bien que nous vivions dans des conditions difficiles ici à Musenyi, ce n’est pas comparable à celles des centres de transit. Là-bas, la vie est encore plus dure : manque de nourriture, promiscuité, accès limité aux soins. Nous avons déjà souffert dans ces centres pendant deux mois. Aujourd’hui, nous demandons seulement à être compris. Ils devraient aussi nous pardonner et clôturer notre statut de Lusenda pour nous donner celui du Burundi. »

Il poursuit avec inquiétude :

« L’insécurité règne toujours à l’est du Congo. Nous ne pouvons pas rentrer chez nous. Nous renvoyer dans les centres de transit, c’est nous exposer encore à plus de souffrance, à l’incertitude et au désespoir. Nous avons besoin de protection, pas d’un retour en arrière. »

Pour les réfugiés concernés, l’avenir demeure incertain. Leur sort dépend désormais des décisions des autorités burundaises et de la capacité des acteurs humanitaires à proposer des solutions durables, respectueuses de leurs droits fondamentaux.

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Photo : Une salle de cuisine dans le site de transit de Cishemere, dans le nord-ouest du Burundi. © SOS Médias Burundi

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