Busuma : tentatives de retour au Congo, des réfugiés congolais arrêtés et reconduits de force au camp

Busuma : tentatives de retour au Congo, des réfugiés congolais arrêtés et reconduits de force au camp

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 28 janvier 2026 — Ces derniers jours, plusieurs réfugiés congolais du camp de Busuma, situé dans la commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de quitter le camp pour retourner en République démocratique du Congo (RDC). Poussés par des conditions de vie jugées insoutenables, ces réfugiés tentent de regagner leur pays d’origine malgré la fermeture officielle des frontières et l’absence d’une autorisation formelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et du gouvernement burundais pour un retour facilité.

Selon des informations recueillies auprès de réfugiés et de sources locales, ces tentatives de retour sont systématiquement interrompues par les forces de sécurité. Les réfugiés sont interpellés aux barrières de police de Ruyigi, de Gitega dans le centre du pays et de Kamenge, dans la capitale économique Bujumbura, située à quelques kilomètres seulement de la frontière avec la RDC. D’autres arrestations sont également menées par des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir au Burundi, notamment dans les zones de Kwisumo et Rusengo, en province de Buhumuza. Après leur interpellation, les réfugiés sont reconduits de force au camp de Busuma.

Un camp surpeuplé et sous-équipé

Installé en urgence pour accueillir des réfugiés congolais auparavant regroupés dans différents centres de transit proches de la frontière, le camp de Busuma abrite aujourd’hui plus de 70 000 réfugiés. Toutefois, les moyens disponibles restent largement insuffisants au regard de l’ampleur des besoins humanitaires.

Deux enfants réfugiés congolais au camp de Busuma, assis à côté d’une maisonnette en chaume. ©SOS Médias Burundi

Les conditions de vie y sont décrites comme extrêmement difficiles. Les réfugiés dénoncent des rations alimentaires insuffisantes, des abris précaires incapables de les protéger efficacement contre la pluie et le froid, ainsi qu’un accès limité à l’eau potable et aux installations sanitaires, exposant la population à de graves risques sanitaires. Les structures de santé du camp sont débordées, manquent de médicaments et de personnel, rendant la prise en charge des malades particulièrement difficile.

« La vie ici est devenue un combat quotidien », confie Mutewa, réfugié congolais installé à Busuma depuis plus d’un mois. « La nourriture ne suffit pas pour nourrir nos familles, les abris ne nous protègent ni de la pluie ni du froid, et quand nos enfants tombent malades, il n’y a pas toujours de médicaments. Nous survivons plus que nous ne vivons. »

Arrestations et inquiétudes sur les droits fondamentaux

D’autres réfugiés décrivent les circonstances des arrestations lors des tentatives de sortie du camp.

« Nous sommes partis très tôt le matin pour éviter les contrôles », raconte Emmanuel. « Mais arrivés à la barrière de la police de Ruyigi, ils nous ont arrêtés. Ils nous ont dit que les frontières étaient fermées et que nous n’avions pas le droit de quitter le camp. Nous avons été ramenés à Busuma comme des voleurs. »

Ces arrestations répétées soulèvent de sérieuses préoccupations quant au respect des droits fondamentaux des réfugiés, notamment leur liberté de mouvement et leur droit à des conditions de vie dignes, garanties par les conventions internationales relatives à la protection des réfugiés.

Une crise humanitaire liée au conflit régional

Les réfugiés du camp de Busuma ont fui les violences survenues en décembre 2025 dans plusieurs cités et localités de la province du Sud-Kivu, en RDC. Ces violences opposent l’armée congolaise (FARDC), appuyée par des milices locales Wazalendo et les troupes burundaises, aux rebelles du M23, réactivé fin 2021 et majoritairement composé de Tutsis congolais.

Le M23 est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques de l’est congolais, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux respectifs du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, un minerai clé pour l’industrie électronique et les nouvelles technologies.

Un espace de jeux pour enfants au camp de Busuma, dans l’est du Burundi, où certains occupants sont arrêtés en train de tenter un retour vers la RDC.© SOS Médias Burundi

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, la petite nation de l’Afrique de l’Est a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce un appui de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu, dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, les affrontements se poursuivent sur le terrain. Le Burundi y a pris part en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

Un désespoir grandissant

En attendant, le désespoir continue de grandir au sein du camp de Busuma. De nombreux réfugiés affirment qu’ils tenteront à nouveau de quitter le camp, malgré les risques d’arrestation et de reconduite forcée, faute d’alternatives viables pour assurer leur survie et celle de leurs familles.

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Photo : des femmes et enfants réfugiés au camp de Busuma, à la recherche d’eau dans une zone très accidentée située loin du camp. Les mauvaises conditions de vie poussent plusieurs réfugiés à tenter un retour vers la RDC, s’exposant à de grands risques et à l’emprisonnement.©SOS Médias Burundi

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