Musenyi : des milliers de réfugiés congolais manifestent pour exiger leur rapatriement vers la RDC

Musenyi : des milliers de réfugiés congolais manifestent pour exiger leur rapatriement vers la RDC

SOS Médias Burundi

Musenyi, 15 juin 2026 — Des milliers de réfugiés congolais vivant sur le site de Musenyi, dans la province de Burunga au sud du Burundi, ont organisé ce lundi 15 juin 2026 une manifestation pacifique pour réclamer leur rapatriement volontaire vers la République démocratique du Congo (RDC). Une mobilisation d’ampleur qui traduit un profond malaise lié aux conditions de vie dans ce site devenu surpeuplé depuis l’intensification du conflit à l’est de la RDC.

La marche, qui a débuté vers 10 heures du matin, a conduit les manifestants devant les bureaux de l’administration du site ainsi que ceux des organisations humanitaires opérant dans le camp, notamment le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). Tout au long du rassemblement, les réfugiés ont scandé des slogans en swahili, parmi lesquels : « Tunataka Kongo yetu, Tunataka Kongo yetu » (« Nous voulons notre Congo, nous voulons notre Congo »).

Selon plusieurs participants, cette mobilisation visait à attirer l’attention des autorités burundaises, du HCR et des partenaires humanitaires sur des conditions de vie qu’ils jugent de plus en plus difficiles dans le camp. Ils dénoncent notamment l’insuffisance des rations alimentaires, les difficultés d’accès aux soins médicaux, le manque d’abris adéquats et une précarité généralisée touchant de nombreuses familles.

Le site de Musenyi a été aménagé en 2024 avec une capacité d’accueil estimée à 10 000 personnes. Cependant, l’intensification du conflit dans l’est de la RDC, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, a provoqué un afflux massif de réfugiés vers le Burundi.

Après la prise de Goma puis de Bukavu par les rebelles du M23, à la suite d’affrontements les opposant aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), soutenues par les forces burundaises et les milices Wazalendo, soutenues par Kinshasa, des dizaines de milliers de civils ont fui les combats.

Dans ce contexte, le site de Musenyi a accueilli près de 22 000 réfugiés congolais, soit plus du double de sa capacité initiale, accentuant davantage la pression sur les infrastructures et les services humanitaires disponibles.

« Nous avons lancé plusieurs appels, mais nous ne voyons pas de réponses concrètes »

Parmi les manifestants, Mugisha, arrivé au Burundi en janvier 2025 après avoir fui les affrontements dans le Sud-Kivu, a livré un témoignage empreint de détresse.

« Nous sommes confrontés à la faim. Beaucoup de familles passent des journées entières avec des repas insuffisants. Les enfants souffrent énormément. Depuis notre arrivée ici en janvier 2025, nos enfants n’étudient presque plus. Certains ont perdu plus d’une année scolaire et ne savent pas ce que leur avenir leur réserve. »

Il poursuit en appelant à l’élargissement du programme de rapatriement déjà en cours :

« Nous demandons à notre gouvernement de nous rapatrier, comme cela se fait déjà à Busuma. Nous traversons exactement les mêmes difficultés que les réfugiés de ce site. Nous avons multiplié les appels auprès des autorités et des organisations humanitaires, mais nous avons parfois l’impression qu’il y a peu de volonté pour accélérer notre situation. »

« Si nous avons décidé de manifester aujourd’hui, ce n’est pas pour créer des troubles. Nous voulons simplement que nos préoccupations soient entendues et prises en considération. Nous voulons rentrer chez nous, retrouver nos terres, nos familles et reconstruire nos vies dans notre pays. »

Le site de Busuma, situé dans la province de Buhumuza à l’est du Burundi, accueille des réfugiés congolais et constitue actuellement l’un des principaux centres concernés par les opérations de retour volontaire. Dans ce cadre, les gouvernements burundais et congolais, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), ont dû organiser des rapatriements ciblés après plusieurs manifestations et des altercations entre certains occupants du site et les forces de l’ordre.

Face aux revendications des manifestants, l’administrateur du site, Oscar Niyibizi, ainsi que la représentante locale du HCR, Mme Valérie, ont indiqué que le programme de rapatriement volontaire est déjà en cours et qu’il sera progressivement étendu à Musenyi.

Cette manifestation intervient quelques jours après la réunion tripartite RDC–Burundi–HCR tenue à Kinshasa, la capitale congolaise, du 2 au 4 juin 2026. Cette rencontre a réuni les autorités congolaises et burundaises ainsi que le HCR afin d’évaluer les conditions de rapatriement volontaire des réfugiés congolais vivant au Burundi et des réfugiés burundais installés en RDC.

À l’issue des travaux, les participants ont adopté un rapport final contenant plusieurs recommandations destinées à renforcer les opérations de rapatriement et la protection des réfugiés.

Une feuille de route triennale a également été approuvée afin d’encadrer les futures actions de coopération entre les différentes parties. Les délégations ont réaffirmé leur engagement à garantir un retour volontaire dans des conditions de sécurité, de dignité et de réintégration durable dans les zones d’origine.

En marge de cette rencontre, la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, s’est entretenue à Kinshasa, la capitale congolaise, avec Brigitte Mukanga Eno, représentante du HCR au Burundi, pour examiner les modalités pratiques du rapatriement ainsi que les mécanismes de coordination entre la RDC, le Burundi et l’agence onusienne.

Le programme de rapatriement volontaire des réfugiés congolais a officiellement débuté le 23 avril 2026 sur le site de Busuma. Selon les autorités humanitaires, environ 1 000 réfugiés sont rapatriés chaque semaine vers la RDC.

Alors que les opérations se poursuivent à Busuma, les réfugiés de Musenyi espèrent désormais être rapidement intégrés à ce programme afin de pouvoir regagner leur pays après plusieurs mois d’exil.

Dans la région des Grands Lacs, les mouvements de population restent étroitement liés à l’évolution de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Pour les milliers de réfugiés installés à Musenyi, la perspective d’un retour au pays demeure aujourd’hui au cœur de toutes les attentes.

____________________________________________

Photo : Des rapatriés congolais sont accueillis à Kavimvira le 23 avril 2026 par les autorités et les acteurs humanitaires, dans le cadre de l’opération de rapatriement volontaire depuis le Burundi vers la République démocratique du Congo. A Musenyi, dans la province de Burunga au sud du Burundi, des milliers de réfugiés congolais continuent d’attendre leur tour pour être intégrés à ce programme de retour, dans un contexte marqué par la surpopulation du site et des conditions de vie de plus en plus difficiles. © SOS Médias Burundi

Previous Burundi : après l'échec de l'École fondamentale, le gouvernement contraint de revoir sa copie
Next Gitega : un enseignant attiré par un faux appel tombe dans un piège mortel à la grenade

You might also like

Réfugiés

La Journée mondiale des réfugiés célébrée modestement dans les camps à cause du Covid-19

Pas de cérémonies officielles. De Mtendeli et Nduta (Tanzanie) à Nakivale (Ouganda) en passant par Mahama (Rwanda), Lusenda et Mulongwe(RDC), la pandemie du covid-19 a perturbé la célébration de la

Réfugiés

Meheba (Zambie) : le HCR esquive le droit d’inhumation des réfugiés

Depuis un certain temps, le HCR n’aide plus les réfugiés à enterrer leurs morts comme d’habitude. Les réfugiés qui disent vivre dans des conditions très difficiles demandent à cette organisation

Réfugiés

Mulongwe (RDC) : une maladie des yeux menace les réfugiés

Il est rapporté une maladie des yeux qui a atteint de nombreux réfugiés du camp de réfugiés de Mulongwe à l’est de la RDC.Des patients joints par SOS Médias Burundi