Burundi : après l’échec de l’École fondamentale, le gouvernement contraint de revoir sa copie
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 15 juin 2026 — Plus d’une décennie après son lancement, l’École fondamentale, présentée comme la pierre angulaire de la modernisation de l’enseignement burundais, est aujourd’hui au cœur d’une profonde remise en question. Confronté à la baisse du niveau des élèves, notamment en français, à des programmes jugés inadaptés et à des critiques formulées depuis plusieurs années par des spécialistes du secteur, le gouvernement annonce une nouvelle réforme éducative qui sera progressivement mise en œuvre dès la rentrée scolaire 2026-2027. Une décision qui relance le débat sur les erreurs du passé et les défis persistants du système éducatif dans la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Le gouvernement burundais s’apprête à engager une nouvelle réforme du système éducatif à partir de l’année scolaire 2026-2027. L’annonce a été faite la semaine dernière par André Nduwimana, directeur général chargé des programmes d’enseignement préscolaire, fondamental, post-fondamental, général et pédagogique, lors d’une interview accordée à la radio Nderagakura. Cette orientation a été confirmée jeudi par le Premier ministre Nestor Ntahontuye au cours d’une émission publique avec des journalistes.
Cette réforme intervient après plusieurs années d’application du système de l’École fondamentale dont l’évaluation a révélé d’importantes insuffisances. Selon André Nduwimana, le ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique a constaté une baisse inquiétante des compétences des élèves en français, pourtant principale langue d’enseignement dans le pays.
« On ne peut pas instaurer un nouveau programme sans que les enseignants le maîtrisent et espérer réussir », a-t-il déclaré, annonçant l’organisation de sessions de formation destinées aux enseignants pendant les vacances scolaires afin de les préparer aux nouveaux contenus pédagogiques.
La réforme sera introduite progressivement dans les classes de 7e, 8e, 9e et 10e années. D’après les résultats d’une évaluation approfondie menée avec les différents acteurs du secteur éducatif, certaines matières présentent des répétitions inutiles tandis que d’autres souffrent de lacunes importantes. Les responsables du ministère estiment que ces dysfonctionnements sont notamment liés à la mise en œuvre précipitée du système de l’École fondamentale.
Le directeur général a expliqué que la faiblesse du niveau de français a des répercussions sur l’apprentissage des autres disciplines. Pour remédier à cette situation, le ministère a élaboré un nouveau bloc de connaissances inspiré des orientations nationales, régionales et internationales. Un plan de réforme pédagogique couvrant les classes de la 7e à la 10e année a également été conçu à partir des recommandations issues des différentes évaluations.
Parmi les innovations annoncées figure l’ouverture de la classe de 10e année dès l’année scolaire 2027-2028. Le Premier ministre a également annoncé la réouverture des internats pour les élèves de 7e année admis dans les écoles d’excellence à l’issue du concours national.
Dans le même élan, le système de restauration des étudiants à l’Université du Burundi devrait être rétabli, une mesure réclamée depuis plusieurs années par les étudiants et leurs représentants.

Des alertes lancées il y a plus de dix ans
Pour plusieurs observateurs du secteur éducatif, les conclusions de cette évaluation rejoignent des préoccupations formulées depuis longtemps par certains spécialistes de l’enseignement.
Parmi eux figure Libérat Ntibashirakandi, enseignant, expert en technologies de l’information et de la communication appliquées à l’éducation et auteur de plusieurs réflexions sur l’avenir de l’école burundaise. Lors des États généraux de l’Éducation organisés en 2014, il avait déjà dressé un diagnostic sévère du système éducatif national.
Dans une contribution intitulée « Quid d’une école burundaise du 21e siècle ou la prégnance de l’excellence », il dénonçait notamment le manque d’enseignants qualifiés, l’insuffisance du matériel didactique, la surcharge des classes, le déficit de planification, la démotivation du personnel enseignant ainsi que « l’improvisation des réformes » éducatives.
Pour lui, l’école burundaise devait être repensée autour d’une vision claire fondée sur l’excellence, la maîtrise des langues, l’innovation pédagogique, l’intégration des technologies de l’information et de la communication ainsi que la formation continue des enseignants.
L’expert plaidait également pour une meilleure cohérence des programmes scolaires, le développement des bibliothèques, des laboratoires et des infrastructures numériques, estimant qu’aucune réforme ne pouvait réussir sans enseignants correctement préparés ni moyens adéquats.
Plus d’une décennie après ces recommandations, plusieurs des difficultés identifiées demeurent visibles dans les établissements scolaires du pays. Les critiques formulées à l’époque résonnent aujourd’hui avec une actualité particulière alors que le gouvernement reconnaît lui-même les limites du système mis en place ces dernières années.
Les syndicats favorables mais prudents
Les syndicats des enseignants ont favorablement accueilli l’annonce du gouvernement. Tout en saluant la volonté des autorités de réformer le système éducatif, ils insistent sur la nécessité de mettre en place des mesures d’accompagnement suffisantes afin de garantir le succès de cette nouvelle réforme.
Selon eux, l’amélioration durable de la qualité de l’enseignement passe notamment par une formation adéquate des enseignants, la disponibilité des supports pédagogiques, l’amélioration des conditions de travail ainsi qu’une planification rigoureuse de la mise en œuvre des changements annoncés.
Pour de nombreux acteurs du secteur, cette nouvelle réforme constitue une occasion de corriger les erreurs du passé. Mais ils rappellent également que plusieurs réformes engagées ces dernières années ont souffert d’un manque de moyens financiers, humains et matériels.
Alors que l’éducation est régulièrement présentée comme l’un des principaux leviers du développement national, le défi pour les autorités sera désormais de transformer les promesses en résultats concrets afin que les insuffisances dénoncées aujourd’hui ne deviennent pas les échecs de demain.
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Photo : Dans une salle de classe burundaise, une élève se lève pour répondre à une question de son enseignant. Malgré les efforts, le système éducatif du pays connaît une dégradation inquiétante. © SOS Médias Burundi
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