RDC – Uvira : la frontière de Gatumba fermée, des milliers de Congolais et Burundais impactés
SOS Médias Burundi
Uvira, 5 janvier 2026–Depuis le 10 décembre 2025, la frontière de Gatumba entre la RDC et le Burundi reste fermée, perturbant les échanges commerciaux, l’éducation et l’accès aux soins pour les populations des deux côtés. Cette mesure survient dans un contexte de tensions sécuritaires liées à la présence du M23 et à l’instabilité persistante dans l’est de la RDC.
Une frontière stratégique au cœur des échanges sociaux et économiques
Plusieurs citoyens congolais et burundais appellent à la réouverture de la frontière de Gatumba, fermée par les autorités burundaises depuis le 10 décembre 2025. Cette fermeture affecte gravement les malades, les élèves, les étudiants et les commerçants vivant entre la République démocratique du Congo et le Burundi.
La ville d’Uvira est située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale. Uvira est considérée comme le poumon économique de la petite nation de l’Afrique de l’Est : en raison d’une pénurie de carburant qui dure depuis cinq ans au Burundi, les habitants de Bujumbura se tournent vers Uvira pour s’approvisionner, tandis que certains commerçants se livrent à la contrebande pour pallier les ruptures d’approvisionnement.
Située à environ 7 kilomètres de la ville d’Uvira, la frontière de Gatumba constitue un axe vital pour les échanges sociaux et économiques entre les deux pays. Depuis sa fermeture, de nombreuses familles se retrouvent dans des situations difficiles, notamment dans le domaine de la santé.
Des malades et des familles bloqués
Paul M., père de famille âgé de 70 ans, explique que la fermeture de cette frontière l’empêche d’accéder à des soins spécialisés au Burundi.
« J’avais un rendez-vous avec un spécialiste en neurologie à l’hôpital Kira, mais la frontière est fermée. Ici à Uvira, il n’y a pas de médecins spécialistes ni de scanners, et les soins médicaux sont très chers comparés à ceux du Burundi. Nous demandons au ministre congolais des Affaires étrangères d’engager des discussions avec l’État burundais pour la réouverture de la frontière de Gatumba », plaide-t-il.
L’éducation gravement perturbée
Le secteur de l’éducation est également fortement touché. Plusieurs responsables d’écoles primaires et secondaires affirment que de nombreux élèves et enseignants se trouvent actuellement au Burundi et ne peuvent pas regagner Uvira.
« La reprise du deuxième trimestre est prévue pour le 6 janvier 2026, mais beaucoup de nos élèves et enseignants sont bloqués au Burundi. Nous demandons aux autorités burundaises d’ouvrir la frontière afin que nos compatriotes puissent rentrer et poursuivre les activités scolaires », explique un chef d’établissement.
Des travailleurs burundais privés de revenus
Du côté burundais, certains travailleurs ayant exercé leurs activités à Uvira se disent également victimes de cette fermeture. Réfugiés temporairement au Burundi, ils affirment ne plus avoir de sources de revenus.
« Nos collègues restés à Uvira vivent en paix et continuent de travailler. Nous, qui sommes au Burundi, n’avons plus d’argent, car nos emplois se trouvent au Congo. Nous demandons la réouverture de la frontière de Gatumba », témoigne l’un d’eux.
Contexte sécuritaire : M23 et FDLR
Pour rappel, la frontière terrestre entre le Burundi et la RDC a été fermée le 10 décembre 2025, quelques heures après la prise d’Uvira par les rebelles du M23 dans la nuit du 9 au 10. Malgré l’annonce d’un retrait de cette ville par le M23, la frontière reste fermée.
Le président Évariste Ndayishimiye s’est exprimé sur cette fermeture le 26 décembre lors d’une émission publique. Le chef de l’État a expliqué que cette décision était également liée à l’insécurité persistante dans l’est de la RDC, une zone partiellement contrôlée par le mouvement rebelle M23. Il a reconnu que la situation affecte négativement les échanges commerciaux entre les deux pays, mais a estimé que « le choix est clair entre l’argent et la sécurité », ajoutant que le Burundi avait choisi la sécurité.

SOS Médias Burundi
Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais et intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), contrôle aujourd’hui plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde. Ce minerai stratégique fournit une part significative du tantale mondial utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies. L’AFC/M23 plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.
Déploiement militaire burundais et coûts humains
Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda, sous médiation américaine, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques et le coût humain considérable d’une guerre dont les soldats burundais continuent de payer le prix, dans l’ombre et le silence. Le Burundi a participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Le Burundi a déployé plus de 29 000 militaires dans l’est du Congo, parmi lesquels environ 10 000 soldats restent encore sur le terrain, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi. Ces troupes burundaises combattent aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa contre le M23.
Récemment, le secrétaire général du CNDD-FDD, le parti présidentiel, Révérien Ndikuriyo, a confirmé que des militaires burundais sont toujours présents en RDC, sans fournir de chiffres précis sur le retrait de certains effectifs, et se vantant que : « Nous y retournons quand nous le voulons, conformément aux conventions signées, c’est presque chez nous ».
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Photo : la frontière burundo-congolaise de Gatumba reste fermée depuis le 10 décembre 2025, après la chute d’Uvira face aux rebelles du M23, perturbant le passage des personnes et des marchandises.© SOS Médias Burundi
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