Kirundo : des élèves mobilisés pour des activités politiques, les parents crient au scandale
SOS Médias Burundi
Kirundo, 15 janvier 2026 – Plusieurs établissements scolaires de Kirundo se retrouvent au cœur d’une vive controverse après que des élèves ont été impliqués dans des activités politiques du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, au lieu de suivre leurs cours. Parmi les écoles concernées figurent le Lycée technique communal de Kirundo, l’école fondamentale de Gikuyo, l’école de Kavomo et une école islamique locale.
Selon des témoignages recueillis, le 10 janvier dernier, une démonstration de force du CNDD-FDD a été organisée au centre urbain de Kirundo, dans la province de Butanyerera, au nord du Burundi. Ce jour-là, des élèves des écoles citées auraient été mobilisés pour participer à une course suivie d’un défilé politique dans les rues de la ville, entraînant la suspension des activités scolaires prévues, notamment les cours de rattrapage du samedi.
« Nos enfants étaient censés revenir à l’école pour l’étude ou les cours de rattrapage du samedi. Au lieu de cela, ils ont été emmenés dans une manifestation politique », déplore un parent d’élève du Lycée technique communal de Kirundo.
Plusieurs parents s’inquiètent également de l’exposition d’enfants mineurs à des slogans politiques. « Même les petits enfants étaient là. Comment peut-on exposer des élèves à des slogans politiques alors qu’ils devraient être protégés et encadrés ? », s’indigne une mère d’élève de l’école fondamentale de Gikuyo.
Lors de cette marche, des slogans de soutien au CNDD-FDD ont été scandés, affirmant notamment que le parti resterait au pouvoir « jusqu’au retour de Jésus-Christ » et qu’il serait « l’unique parti impossible à affronter », des propos jugés choquants par une partie de la population.
Des éducateurs désapprouvent
Certains enseignants, sous couvert d’anonymat, dénoncent une dérive de la mission éducative. « L’école doit rester un espace neutre. Notre rôle est de former des citoyens responsables, pas de les instrumentaliser pour des intérêts politiques », affirme un enseignant de Kirundo.
Un autre éducateur ajoute : « Quand un responsable scolaire mobilise des élèves pour une activité politique, il trahit la confiance des parents et viole l’éthique de l’éducation. »

Le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, et la Première dame, Angeline Ndayishimiye, saluent un jeune garçon ayant participé au défilé lors de la 7ᵉ édition de la Journée des Imbonerakure, à Makamba, au sud du Burundi, le 26 août 2023. © SOS Médias Burundi
Un directeur pointé du doigt
Parmi les responsables cités par les parents figure Jean Paul Mukezangango, directeur du Lycée technique communal de Kirundo. Les parents demandent sa destitution, estimant qu’il agit davantage comme un politicien que comme un éducateur.
« Un directeur d’école doit protéger nos enfants, pas les entraîner dans des combats politiques », martèle un représentant des parents.
Au moment de la rédaction de cet article, le directeur mis en cause n’avait pas encore réagi publiquement à ces accusations.
La société civile monte au créneau
Les organisations locales de la société civile ont vivement critiqué ces pratiques, dénonçant une violation des droits de l’enfant.
« L’utilisation des élèves dans des activités politiques est contraire aux principes de protection de l’enfance et au droit à l’éducation. Les autorités éducatives doivent agir sans délai », déclare un responsable de la société civile à Kirundo.
Ces organisations appellent à une enquête indépendante et exigent que l’école reste un espace apolitique, dédié exclusivement à l’apprentissage et à l’épanouissement des enfants.

Le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo et son adjoint Cyriaque Nshimirimana décorent un enfant issu d’une famille de membres du parti présidentiel lors de la journée dédiée aux Imbonerakure à Makamba ( sud du Burundi) , le 26 août 2023. © SOS Médias Burundi
Une affaire qui interpelle
Alors que les parents réclament des mesures disciplinaires et le retour à la normalité scolaire, cette affaire relance le débat sur la politisation de l’école et la protection des élèves. À Kirundo, beaucoup espèrent désormais que les autorités compétentes prendront leurs responsabilités pour préserver l’avenir éducatif des enfants.
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Photo : Des élèves et écoliers mobilisés lors d’une journée dédiée aux Imbonerakure, le 31 août 2024 à Bujumbura. À Kirundo, dans le nord du Burundi, des parents, enseignants et associations dénoncent une politisation du milieu scolaire. © SOS Médias Burundi
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