Camp de Busuma : la colère gronde – des milliers de réfugiés congolais réclament un retour forcé vers la RDC
SOS Médias Burundi
Ruyigi, 16 janvier 2026 – Un vent de colère et de désespoir souffle sur le camp de réfugiés congolais de Busuma, dans la commune de Ruyigi, province de Buhumuza, dans l’est de la petite nation de l’Afrique de l’Est. Ce vendredi, plus de 4 000 réfugiés ont tenté de marcher vers le centre-ville pour réclamer un retour volontaire en République démocratique du Congo (RDC), dénonçant des conditions de vie qu’ils jugent insupportables.
Une marche de désespoir
Les manifestants ont organisé une marche pacifique, scandant des slogans en faveur du retour vers leurs localités d’origine, malgré l’insécurité persistante dans certaines zones du Sud-Kivu et du Nord-Kivu.
« Nous avons faim. Cela fait trois semaines que je suis dans ce camp et, depuis notre arrivée, nous n’avons reçu aucune assistance. Chaque jour, nous enterrons des personnes ici. Nous demandons soit une aide humanitaire digne, soit qu’on nous facilite un retour volontaire chez nous », déclare un réfugié sous couvert d’anonymat.
Arrestations et contexte de contestation
Ces incidents surviennent dans un contexte déjà tendu, marqué notamment par l’arrestation, mercredi, d’une dizaine de réfugiés, accusés d’être les promoteurs d’un mouvement de contestation contre le système de distribution des vivres mis en place par le Programme alimentaire mondial (PAM). Leur détention a exacerbé la frustration et le sentiment d’injustice au sein du camp.
Conditions de vie critiques
Le camp de Busuma, installé depuis décembre 2025, abrite plus de 67 000 réfugiés congolais sur les quelques 100 000 arrivés depuis le Sud-Kivu depuis début décembre dernier. Les plaintes sont récurrentes :
Manque de rations alimentaires : certains n’ont rien reçu depuis plus de deux semaines.
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Prise en charge sanitaire insuffisante : une mère explique que ses trois enfants souffrent de paludisme et de diarrhée, mais ne reçoivent que du paracétamol.

Suspicion sur les services de santé : certains réfugiés soupçonnent le HCR et l’ONPRA (Office national pour la protection des réfugiés et des apatrides) de cacher le nombre réel de décès.
Face à ces conditions, certains réfugiés indiquent qu’ils seront contraints de cueillir des feuilles de manioc ou de quémander auprès de la population hôte pour survivre. Les chiffres des décès divergent : 139 selon les réfugiés, 25 selon l’ONPRA, dont trois liés au choléra.
Appels au retour volontaire
Presque tous les réfugiés interrogés réclament désormais un retour volontaire dans leur pays d’origine. Une jeune femme confie, la voix chargée d’émotion :
« Mieux vaut retourner dans son pays et y mourir que mourir dans ce camp. »
Elle avertit que le climat de méfiance, où chacun se regarde en chien de faïence, pourrait déboucher sur une grève généralisée dans et autour du camp. Certains réfugiés déclarent être prêts à marcher jusqu’au Congo, même à pied, pour retrouver leur pays.
Réaction des autorités
La police est intervenue pour disperser les manifestants, tirant des coups de balles, provoquant la panique. Fiacre Nkunzimana, coordinateur de l’ONPRA pour les quatre camps de Buhumuza (Bwagiriza, Nyankanda, Kavumu et Busuma), fustige le comportement de certains réfugiés :

Il dénonce les tricheries lors des enregistrements, comme l’inscription multiple d’un même ménage, entraînant des retards dans la distribution de l’aide.
Il déplore un phénomène de délinquance, certains jeunes réclamant leurs droits par la violence et volant des vivres et des non-vivres en se déplaçant dans les collines voisines.
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Il conseille aux réfugiés d’abandonner ces exigences inutiles et recommande de s’adresser aux gouvernements congolais, burundais et au HCR pour les questions de sécurité liées à l’est de la RDC.
Contexte régional
Cette crise s’inscrit dans un contexte régional très complexe et violent. Les FARDC, appuyées par les troupes de la petite nation de l’Afrique de l’Est et les milices Wazalendo, affrontent les rebelles du M23, réactivé en 2021 et intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23). Ce groupe contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, un minerai essentiel pour l’industrie électronique et les nouvelles technologies. L’AFC/M23 plaide également pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et de la petite nation de l’Afrique de l’Est aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés de l’AFC/M23.

D’après un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, consulté par SOS Médias Burundi, l’armée burundaise a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais, combattant aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa dans la guerre contre le M23.
Malgré l’accord de Washington du 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, les affrontements se poursuivent, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques. La petite nation de l’Afrique de l’Est a participé à cet accord en tant qu’observateur, représentée par le président Évariste Ndayishimiye.
Une situation explosive
Avec plus de 200 000 réfugiés congolais désormais sur son sol, la petite nation de l’Afrique de l’Est fait face à une crise humanitaire majeure. Les observateurs estiment que le risque de nouveaux débordements reste élevé, alors que la région des Grands Lacs s’enfonce dans une instabilité durable aux conséquences humaines, sécuritaires et géopolitiques profondes.
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Photo : Une foule de réfugiés congolais visiblement affamés fait la queue au hangar du Caritas à Busuma, le réseau mondial de la charité catholique. Décembre 2025. © SOS Médias Burundi
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