Burundi : la longue détention de deux journalistes prend fin le même jour
SOS Médias Burundi
Bujumbura / Ngozi, 4 mars 2026 – Deux journalistes burundais ont retrouvé la liberté ce mercredi 4 mars 2026, après plus de deux ans de détention. Sandra Muhoza et Kenny Claude Nduwimana ont quitté respectivement les prisons de Ngozi et de Mpimba le même après-midi, dans des dossiers distincts mais emblématiques du climat qui entoure la presse dans la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Sandra Muhoza libérée provisoirement pour raisons de santé
La journaliste burundaise Sandra Muhoza, collaboratrice du média en ligne La Nova, a été remise en liberté provisoire dans l’après-midi du 4 mars 2026. Elle a quitté la prison centrale de Ngozi, située en province de Butanyerera dans le nord du Burundi, après près de vingt-trois mois de détention.
La décision fait suite à une requête introduite par son avocat auprès de la cour d’appel de Ngozi. La défense avait invoqué la dégradation préoccupante de son état de santé. Selon ses conseils, la journaliste se déplaçait avec des béquilles et nécessitait une prise en charge médicale urgente.
Le parquet général près la cour d’appel de Ngozi a accédé à la demande de mise en liberté provisoire pour raisons médicales. Cette mesure, assortie de conditions strictes — notamment l’interdiction de quitter sa province sans autorisation et l’obligation de se présenter régulièrement devant la justice — lui permettra de se faire soigner en attendant le verdict en appel.
Arrêtée le 13 avril 2024 dans l’ancienne province de Ngozi par des agents du Service national de renseignement, Sandra Muhoza avait d’abord été détenue dans les cachots du renseignement à Bujumbura avant d’être transférée à la prison centrale de Mpimba. La cour d’appel de Bujumbura s’était par la suite déclarée incompétente, renvoyant le dossier à Ngozi.
Initialement condamnée à 21 mois de prison, elle avait été rejugée avant d’écoper d’une peine plus lourde : quatre ans de prison ferme, prononcée le 14 janvier 2026 pour atteinte à la sécurité intérieure de l’État et aversion raciale. Ses proches et plusieurs observateurs qualifiaient sa détention d’arbitraire, dénonçant un dossier à forte connotation politique et un procès entaché d’irrégularités.
Kenny Claude Nduwimana libéré le même après-midi
Le même mercredi, Kenny Claude Nduwimana a quitté la prison centrale de Bujumbura, dans la capitale économique, plus connue sous le nom de Mpimba, après plus de deux ans de détention.

Arrêté en octobre 2023 pour escroquerie et atteinte à l’honneur via les réseaux sociaux, il affirme avoir été ciblé pour avoir dénoncé des cas de spoliation de terrains publics. Il continue de clamer son innocence.
En août 2025, dans une lettre ouverte adressée au président Évariste Ndayishimiye, il écrivait :
« Si la justice burundaise est vraiment indépendante, je dois être libéré ».
Sa libération intervient après une demande de grâce présidentielle, démarche qui lui avait été suggérée par le chef de l’État en décembre 2025.
Un signal dans un contexte de recul de la liberté de la presse
La remise en liberté des deux journalistes intervient dans un contexte marqué par une dégradation continue de la liberté de la presse.
Dans son classement mondial 2025, Reporters sans frontières (RSF) a classé le Burundi 125e sur 180 pays, soit une perte de 17 places par rapport à l’année précédente. Ce recul confirme une tendance préoccupante dans la petite nation de l’Afrique de l’Est, mais aussi dans un paysage médiatique africain de plus en plus répressif.
Si les procédures judiciaires concernant Sandra Muhoza et Kenny Claude Nduwimana ne sont pas totalement closes, leur libération le 4 mars 2026 marque pour leurs proches la fin d’une longue épreuve de plus de deux ans et relance le débat sur l’indépendance de la justice et la protection des journalistes au Burundi.
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Photo : le journaliste Kenny Claude Nduwimana, libéré le 4 mars 2026 après plus de deux ans de détention à la prison centrale de Bujumbura, dite Mpimba. © SOS Médias Burundi
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