Nakivale (Ouganda) : la campagne d’enregistrement des naissances freinée par la méfiance des réfugiés

Nakivale (Ouganda) : la campagne d’enregistrement des naissances freinée par la méfiance des réfugiés

SOS Médias Burundi

Nakivale, 9 mai 2026 — Dans le camp de réfugiés de Nakivale, au sud-ouest de l’Ouganda, la campagne d’enregistrement des enfants de moins de cinq ans se heurte à une forte réticence de plusieurs familles, malgré son caractère gratuit et les efforts de sensibilisation des autorités et des organisations humanitaires.

Depuis deux semaines, l’Autorité nationale d’enregistrement et d’identification (NIRA) mène, avec l’appui du Norwegian Refugee Council (NRC), une opération visant à délivrer des certificats de naissance aux enfants réfugiés nés en Ouganda. L’objectif est de permettre à ces enfants d’accéder plus facilement à certains services essentiels, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Cependant, sur le terrain, la participation reste limitée. Plusieurs réfugiés refusent de faire enregistrer leurs enfants, exprimant la crainte que ce processus n’entraîne automatiquement une naturalisation ougandaise.

« Nous craignons que nos enfants nous soient volés et qu’ils deviennent irréversiblement des citoyens ougandais, alors que tôt ou tard, on devra rentrer dans notre pays », confie un réfugié burundais père de deux enfants de moins de cinq ans.

Ce sentiment est partagé par plusieurs familles originaires de différentes communautés présentes dans le camp, notamment des réfugiés somaliens, éthiopiens, soudanais et congolais. Certains évoquent même l’exemple d’anciens réfugiés rwandais arrivés après 1959, dont une partie serait devenue ougandaise au fil des années.

« Imaginez si je rentre demain et qu’une partie de mes enfants reste ici ! », s’inquiète un réfugié congolais.

Face à cette résistance, les équipes de la NIRA et du NRC ont été contraintes de prolonger la campagne au-delà du délai initial, afin d’intensifier la sensibilisation au sein du camp. Elles insistent sur le fait que l’enregistrement des naissances ne constitue pas automatiquement une attribution de nationalité, mais un droit administratif essentiel.

Les responsables expliquent également que les enfants non enregistrés risquent, à terme, de devoir payer environ 50.000 shillings ougandais pour obtenir un certificat de naissance, un coût également applicable aux citoyens ougandais.

Selon les autorités et les organisations impliquées, des leaders communautaires, des associations locales ainsi que des responsables religieux ont été mobilisés pour convaincre les familles de l’importance de cette démarche.

Le camp de Nakivale accueille plus de 150.000 réfugiés issus de plus d’une dizaine de nationalités, dont une importante communauté burundaise. Selon le NRC, plus d’un tiers des enfants présents dans le camp seraient nés en Ouganda, mais beaucoup ne disposent toujours pas de documents officiels, une situation qui complique leur accès aux services publics et à la protection juridique.

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Photo : Une réfugiée cultive un petit champ de légumes près de sa maison au camp de Nakivale, en Ouganda, portant un enfant sur le dos tandis que sa fille l’observe. Dans ce vaste camp, une campagne d’enregistrement des naissances est en cours afin de délivrer des certificats aux enfants de moins de cinq ans, une initiative visant à améliorer leur accès aux services de base, mais qui suscite encore des doutes dans certaines familles réfugiées. © SOS Médias Burundi

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