Burunga : exclusion de journalistes et soupçons de restrictions orchestrées lors d’une réunion du parti au pouvoir
SOS Médias Burundi
Burunga, 12 mai 2026 — Des tensions persistent autour des conditions d’accès des journalistes aux activités publiques et politiques dans la province de Burunga. Plusieurs reporters dénoncent des pratiques d’exclusion répétées et des restrictions à la couverture médiatique lors de certains événements officiels.
Plusieurs journalistes dénoncent des restrictions jugées injustifiées à leur travail après avoir été exclus d’une réunion publique organisée le vendredi 8 mai 2026 dans la commune de Makamba, en province de Burunga, au sud du Burundi.
Selon des témoignages concordants recueillis auprès de reporters présents sur place, cette rencontre était présentée comme une réunion de développement communal ouverte au public, tenue par le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo.
Pourtant, plusieurs journalistes affirment avoir été sommés de quitter la salle alors qu’ils étaient venus couvrir l’événement dans le cadre de leur travail.
Les journalistes concernés disent avoir été surpris de voir un confrère leur demander de sortir, et non un responsable officiel de l’organisation. D’après plusieurs témoins, il leur aurait été expliqué que cette décision provenait des responsables de la communication du parti au pouvoir.
« On nous a dit que seuls les journalistes venus avec eux pouvaient rester », raconte un reporter présent ce jour-là.
Seuls quelques reporters de trois médias proches ou contrôlés par le parti au pouvoir ont été autorisés à couvrir l’événement.
Cette situation a provoqué l’indignation de plusieurs professionnels des médias, qui s’interrogent sur la légalité d’une telle mesure dans une activité présentée comme publique et liée au développement communal. Certains regrettent qu’aucune explication officielle n’ait été donnée par les autorités administratives locales ou les organisateurs de l’événement.
L’administration locale affirme de son côté ne pas avoir été informée de cette exclusion.
Des journalistes de la province estiment que cet incident illustre une dégradation progressive des conditions de travail des médias à Burunga. Ils évoquent des pressions et des restrictions devenues de plus en plus fréquentes lors des activités officielles ou politiques.
Les mêmes sources indiquent que, le même vendredi, des journalistes ont également été expulsés de la salle alors qu’ils attendaient Révérien Ndikuriyo. Selon ces témoignages, des policiers auraient été sollicités par le directeur de la radio Aigle Sport FM appartenant à Révérien Ndikuriyo pour faire sortir certains reporters présents.
Par ailleurs, le lendemain, d’autres journalistes affirment avoir été écartés d’une cérémonie organisée au stade autour de la signature d’un partenariat impliquant la fondation Pax Burundi du secrétaire général du CNDD-FDD et une compagnie de téléphonie gérée par des Vietnamiens.
L’affaire relance également les débats autour des relations tendues entre certains journalistes et les forces de sécurité dans la province. Plusieurs reporters rappellent notamment le cas du journaliste Audrique Niyuhire, collaborateur des radios Aigle Sport FM et Isoko FM, qui avait été battu par des policiers à la fin de l’année 2025 lors d’une altercation entre policiers et motards.
Selon des témoins, cette agression s’était déroulée en présence de responsables administratifs ainsi que du commandement policier local. Malgré des promesses d’enquête et de sanctions faites à l’époque par les autorités, le dossier aurait finalement été classé sans suite, alimentant aujourd’hui un sentiment d’impunité dénoncé par plusieurs professionnels des médias.
Récemment, Révérien Ndikuriyo avait effectué une tournée à travers plusieurs provinces et communes du pays, au cours de laquelle il rencontrait des représentants du CNDD-FDD ainsi que des responsables administratifs et sécuritaires. Selon plusieurs témoignages, en dehors de l’équipe officielle qui l’accompagnait, aucun journaliste n’avait accès à ses différentes rencontres, y compris ceux des médias publics.
Le Burundi occupe la 119ᵉ place sur 180 pays dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse publié le 30 avril par Reporters sans frontières (RSF). Le pays gagne ainsi six places par rapport à 2025, où il occupait la 125ᵉ position mondiale.
Malgré cette légère progression, le Burundi reste confronté à plusieurs défis liés à l’indépendance des médias et à la sécurité des journalistes. RSF évoque notamment les pressions politiques, les poursuites judiciaires contre certains professionnels des médias ainsi que les restrictions observées durant les périodes sensibles.
Pour plusieurs observateurs, la multiplication de ces incidents traduit un rétrécissement progressif de l’espace médiatique au Burundi, où de nombreux journalistes affirment travailler dans un climat de pressions, d’intimidations et de restrictions croissantes, particulièrement lors des activités à caractère politique ou sécuritaire.
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Photo : Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD, lors d’une conférence de presse à Ngozi, dans le nord du Burundi, le 24 avril 2024. À Burunga, des journalistes dénoncent des restrictions et des exclusions lors de la couverture d’activités publiques et politiques. © SOS Médias Burundi
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