Burundi : les exonérations fiscales hors de contrôle aggravent le déficit et alimentent des dérives, selon des révélations au Parlement

Burundi : les exonérations fiscales hors de contrôle aggravent le déficit et alimentent des dérives, selon des révélations au Parlement

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 19 mai 2026 – Les exonérations fiscales accordées dans les budgets des exercices 2024-2025 ont contribué à creuser le déficit budgétaire du Burundi, selon des révélations faites par le ministre des Finances et de l’Économie numérique, Alain Ndikumana, devant les députés à l’Assemblée nationale.

Ces avantages fiscaux, initialement estimés à 110 milliards de francs burundais, ont finalement atteint 225 milliards, soit plus du double des prévisions. Une situation qui, selon le gouvernement, exerce une forte pression sur les finances publiques et soulève des inquiétudes sur leur encadrement.

Une hausse jugée préoccupante

Devant les élus, le ministre a reconnu l’ampleur du problème. « C’est un grand problème qu’il faut résoudre afin de pouvoir encadrer et organiser les exonérations », a-t-il déclaré.

Il a expliqué que cette hausse est principalement liée aux projets financés par les partenaires techniques et financiers, mais aussi à divers secteurs bénéficiant d’allègements fiscaux importants.

Parmi les cas les plus marquants figure le projet de construction du chemin de fer Musongati–Uvinza, qui aurait bénéficié à lui seul de 72 milliards de FBu en exonérations. Évalué à plus d’un milliard de dollars américains, ce projet représenterait près de 30 % des avantages fiscaux accordés.

Selon le ministre, ces pertes de recettes auraient pu être orientées vers des secteurs prioritaires du développement national.

Des secteurs largement bénéficiaires

Les données présentées à l’Assemblée nationale montrent que plusieurs secteurs profitent largement des exonérations fiscales.

Le secteur intra-agricole arrive en tête avec 53 milliards de FBu sur un total de 253 milliards. Le secteur des investissements suit avec 52 milliards de FBu.

Le secteur des médicaments a bénéficié de 14 milliards de FBu, tandis que les exonérations accordées au gouvernement sont estimées à 12 milliards de FBu par an. Les organisations non gouvernementales ont, pour leur part, reçu environ 8 milliards de FBu.

Des pratiques controversées dénoncées

Au-delà des chiffres, des dérives présumées sont également pointées du doigt. Un cadre travaillant dans un projet financé par des partenaires de l’État, s’exprimant sous anonymat, affirme que certains responsables exigeraient des contributions financières à des projets exonérés pour l’organisation de certaines activités administratives et cérémonielles.

Il cite notamment des demandes liées aux échanges de vœux, à la fête du Travail ou encore aux célébrations de l’indépendance.

Selon cette source, ces pratiques s’apparenteraient à une forme de mauvaise gestion ou de corruption indirecte, appelant à un encadrement plus strict des exonérations et à une transparence accrue dans leur attribution et leur utilisation.

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Photo : Le ministre des Finances publiques et de l’Économie numérique, Alain Ndikumana, prête serment devant l’Assemblée nationale. Il a récemment dénoncé l’impact des exonérations fiscales sur l’aggravation du déficit budgétaire du Burundi. © SOS Médias Burundi

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