Kavumu : des bébés réfugiés condamnés à la faim par les lenteurs administratives à Cankuzo

Kavumu : des bébés réfugiés condamnés à la faim par les lenteurs administratives à Cankuzo

Kavumu, 19 mai 2026 – Au camp de réfugiés de Kavumu, situé en commune de Cankuzo dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, plusieurs familles réfugiées congolaises dénoncent des retards administratifs qui privent des nourrissons d’assistance humanitaire pendant des mois après leur naissance.

En cause : les lenteurs observées dans la délivrance des extraits d’acte de naissance par le service communal de l’état civil, une étape indispensable avant l’enregistrement officiel des nouveau-nés auprès de l’Office national de protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA) et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Selon les procédures en vigueur, lorsqu’un enfant naît dans un centre de santé ou dans un hôpital, les parents reçoivent d’abord un certificat de naissance délivré par la structure sanitaire. Ce document permet ensuite d’obtenir un extrait d’acte de naissance auprès du service de l’état civil. Ce n’est qu’après cette formalité que le dossier du nouveau-né peut être transmis à l’ONPRA et au HCR pour son enregistrement officiel comme réfugié et son accès aux différentes formes d’assistance humanitaire, notamment les rations alimentaires, les soins médicaux et d’autres aides sociales.

Mais dans le camp de Kavumu, plusieurs parents affirment que ces démarches prennent des mois. Certains expliquent attendre plus de neuf mois avant que leurs enfants puissent être enregistrés et commencer à bénéficier de l’assistance humanitaire.

« Mon enfant a déjà neuf mois et il n’a jamais reçu de ration alimentaire à cause du retard dans l’obtention de l’extrait d’acte de naissance », témoigne Aganze, une réfugiée congolaise du camp. « Après l’accouchement, l’hôpital nous a remis le certificat de naissance sans problème. Mais pour obtenir l’extrait à l’état civil, cela a pris plusieurs mois. Ensuite, il fallait encore attendre l’enregistrement par l’ONPRA et le HCR. Pendant tout ce temps, nous étions obligés de partager nos propres rations avec le bébé alors que nous vivons déjà dans des conditions très difficiles », explique-t-elle.

Selon plusieurs réfugiés, cette situation fragilise davantage les familles nombreuses déjà confrontées à la précarité dans le camp.

« Un enfant a besoin de nourriture, de savon et de soins dès sa naissance. Attendre presque une année avant qu’il soit officiellement reconnu comme réfugié est très difficile pour les parents », ajoute un autre résident.

Les plaintes des réfugiés ne concernent pas uniquement les nouveau-nés. Certains habitants du camp dénoncent également des lenteurs administratives dans les procédures liées aux décès. Des familles affirment rencontrer des difficultés lorsqu’elles souhaitent faire clôturer administrativement le statut des proches décédés.

« Même lorsqu’une personne meurt, les démarches prennent beaucoup de temps. Cela crée encore plus de complications pour les familles concernées », explique Patrick, un réfugié du camp.

Face à cette situation, plusieurs réfugiés demandent au service de l’état civil de la commune de Cankuzo, à l’ONPRA ainsi qu’au HCR de renforcer leur coordination afin de réduire les délais de traitement des documents administratifs.

Ils souhaitent notamment que les extraits d’acte de naissance soient délivrés dans des délais raisonnables afin que les enfants nés en exil puissent rapidement obtenir leur statut de réfugié et accéder aux aides humanitaires au même titre que les autres habitants du camp.

Selon des données publiées en février 2026 par le HCR, le camp de Kavumu accueille près de 20 000 réfugiés congolais ayant fui l’insécurité persistante dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans ce contexte humanitaire déjà marqué par de nombreux défis, plusieurs parents estiment que la protection administrative et sociale des enfants nés en exil devrait être traitée comme une priorité urgente.

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Photo : Plusieurs enfants réfugiés congolais reçus dans la ville portuaire de Rumonge, au sud-ouest du Burundi, en décembre 2025. Certains ont ensuite été transférés vers le camp de Kavumu, en commune de Cankuzo dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, où plusieurs familles dénoncent des retards administratifs empêchant les nouveau-nés d’accéder rapidement à l’assistance humanitaire. © SOS Médias Burundi

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