RDC : l’Est s’embrase entre frappes de drones, bombardements et accusations croisées
SOS Médias Burundi
Goma, 25 mai 2026 — L’est de la République démocratique du Congo connaît une nouvelle escalade militaire marquée par des attaques de drones, des bombardements et une intensification des combats entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23. Les affrontements touchent plusieurs provinces, notamment la Tshopo dans le nord-est du Congo, ainsi que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu à l’est, aggravant une crise sécuritaire déjà chronique et provoquant de nouveaux déplacements de populations civiles.
Ce lundi matin, après une série d’explosions survenues dans la nuit de dimanche à lundi, l’aéroport de Kisangani, dans la province de la Tshopo, a été visé par des frappes attribuées aux rebelles de l’AFC/M23.
Selon des sources sécuritaires congolaises, au moins huit attaques ont touché différents sites utilisés par les services de commandement et de contrôle des drones des FARDC. Ces infrastructures servaient de base opérationnelle pour des drones militaires engagés dans les opérations contre les groupes armés actifs dans l’est du pays, notamment dans les zones de Minembwe, Rutshuru et Masisi.
À la suite de ces bombardements, les autorités congolaises ont annoncé la suspension temporaire de tous les vols à destination et en provenance de Kisangani, le temps de sécuriser la zone et d’évaluer les dégâts.
Nord-Kivu : combats et nouvelles frappes autour de Rubaya
Dans le territoire de Masisi, la cité minière de Rubaya a été touchée dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mai 2026 par plusieurs explosions attribuées par des habitants à des aéronefs militaires, dans un contexte de recrudescence des combats entre les FARDC et l’AFC/M23.
Une première frappe aurait visé un établissement hôtelier connu sous le nom de Guest House de Rubaya, faisant plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels, selon des sources locales.
Une seconde frappe aurait ensuite touché une zone de pâturage en périphérie, causant la destruction de plusieurs habitations et des pertes de bétail.
La société civile locale dénonce des bombardements touchant des zones habitées éloignées des lignes de front, et s’inquiète des conséquences pour les civils.
Par ailleurs, des affrontements ont été signalés dans les localités voisines de Kinigi et Kibabi, impliquant des groupes armés Wazalendo alliés aux forces gouvernementales. Ces combats ont entraîné de nouveaux déplacements de populations vers les centres de Rubaya et Bihambwe.

Des blessés reçoivent des soins dans un hôpital du territoire de Masisi, au Nord-Kivu, après une attaque de drone ayant fait plusieurs victimes civiles dans la région. © SOS Médias Burundi
L’AFC/M23 accuse l’armée congolaise de frappes dans plusieurs zones
Dans un communiqué publié le 24 mai, l’AFC/M23 accuse les Forces armées de la RDC et leurs alliés d’avoir mené une série de frappes aériennes dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Le mouvement affirme que Rumangabo, dans le territoire de Rutshuru, ainsi que le camp des éco-gardes du parc national des Virunga, auraient été ciblés par des drones de combat de type CH-4. Il évoque également des bombardements dans plusieurs localités de Minembwe et de Kalehe, faisant état de pertes civiles et de destructions matérielles.
L’AFC/M23 qualifie ces opérations de « crimes de guerre » et accuse le gouvernement congolais de viser des zones habitées.
Au moment de la publication, aucune réaction officielle des autorités congolaises n’avait été rendue publique concernant ces accusations. Les informations avancées par les différentes parties n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Le marché central de Mushaki, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, où des frappes de drones ont été signalées, faisant plusieurs morts et blessés parmi les civils. © SOS Médias Burundi
Une attaque meurtrière récente et des appels internationaux à la retenue
Le 8 mai dernier, des attaques de drones dans le centre de Mushaki, territoire de Masisi au Nord-Kivu, avaient fait au moins 20 morts et une soixantaine de blessés, selon des sources locales.
À la suite de ces événements, les États-Unis avaient condamné ces attaques et appelé l’ensemble des parties à la retenue et au respect des engagements de cessez-le-feu, sans désigner de responsable.
« Toutes les parties doivent faire preuve de la plus grande retenue, respecter leurs engagements de cessez-le-feu, protéger les civils et s’engager en faveur du dialogue et de la désescalade », avait déclaré un responsable américain.
Une guerre régionale aux multiples acteurs
Le M23, ancienne rébellion tutsi, a repris les armes en 2021 et est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). La coalition revendique une refonte politique de la RDC vers un modèle fédéral.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le groupe, ce que le Rwanda dément, accusant à son tour la RDC et le Burundi de soutenir les FDLR, un groupe armé hutu dont certains membres sont accusés d’être impliqués dans des crimes liés au génocide des Tutsis de 1994.
Malgré ces démentis, plusieurs rapports des Nations Unies ont confirmé la présence de forces rwandaises aux côtés des rebelles. Le Burundi a également déployé des milliers de soldats dans l’est de la RDC entre 2022 et 2025, selon des sources sécuritaires, opérant aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa.
Riche en minerais stratégiques, l’est de la RDC reste plongé dans une guerre prolongée depuis trois décennies, impliquant groupes armés locaux, forces régionales et acteurs étrangers. Malgré les initiatives diplomatiques, les populations civiles continuent d’en payer le prix le plus lourd.
____________________________________________
Photo : Bombardement à Rumangabo visant un atelier de couture encadrant des veuves de Rutshuru, situé dans le parc national des Virunga, le dimanche 24 mai 2026. © SOS Médias Burundi
You might also like
RDC : trois jours sans nouvelles du journaliste Tuver Wundi
SOS Médias Burundi, Goma, 30 août 2025- Tuver Tuverekwevyo Wundi, représentant de Journaliste en danger (JED), partenaire de Reporters sans frontières (RSF) en RDC, et directeur provincial de la RTNC,
Est de la RDC : des civils et réfugiés burundais enrôlés chez les Wazalendo, une nouvelle source d’instabilité
SOS Médias Burundi Alors que le Burundi affirme soutenir les efforts de stabilisation en RDC, des informations de terrain révèlent une réalité plus complexe. Derrière le déploiement officiel de troupes
RDC – Minembwe : manifestation contre l’armée burundaise
SOS Médias Burundi Bukavu, 5 novembre 2025 – Des milliers d’habitants de Minembwe, dans le territoire de Fizi, sont descendus dans les rues ce mardi pour dénoncer le blocage de
