Nyarugusu (Tanzanie) : plus de 2 300 réfugiés burundais menacés de rapatriement, des allégations de violations dénoncées

Nyarugusu (Tanzanie) : plus de 2 300 réfugiés burundais menacés de rapatriement, des allégations de violations dénoncées

SOS Médias Burundi

Nyarugusu, 25 mai 2026 — La tension est montée d’un cran dans le camp de réfugiés de Nyarugusu, situé au nord-ouest de la Tanzanie, où plus de 2 300 réfugiés burundais affirment faire face à une procédure de rapatriement qu’ils jugent forcée. Ils dénoncent des annulations de cartes de réfugiés, des coupures d’assistance alimentaire et des pressions pour s’enregistrer en vue d’un retour vers le Burundi.

Selon des informations recueillies sur place, plus de 2 300 cartes de réfugiés auraient été annulées depuis lundi, avec obligation pour les personnes concernées de se présenter dès mardi pour un enregistrement en vue d’un rapatriement programmé cette semaine.

Dans le détail, environ 960 réfugiés de la zone 8 auraient été retirés des listes d’assistance alimentaire, leurs cartes annulées. Dans la zone 9, près de 980 personnes seraient également concernées par une suspension de rations et une obligation de retour. Dans la zone 19, environ 300 cartes supplémentaires auraient été annulées, selon les mêmes sources.

Plusieurs réfugiés indiquent que leurs habitations auraient été détruites, les contraignant à vivre dans un centre de transit décrit comme surpeuplé et marqué par des conditions de promiscuité extrêmes.

Un communiqué affiché par le bureau de gestion du camp, et soutenu par le HCR selon des réfugiés, inviterait les personnes concernées à s’enregistrer pour un « rapatriement volontaire déjà programmé avant la fin de la semaine ». Une formulation que contestent des groupes de réfugiés, qui parlent de pressions et d’absence de consentement réel.

Plusieurs familles de réfugiés burundais, accueillies en province de Buhumuza, à la frontière avec la Tanzanie, dénoncent un rapatriement forcé, janvier 2026. © SOS Médias Burundi

Dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux, un groupe de leaders réfugiés dénonce des « violations des droits de l’homme », des intimidations et une dégradation des conditions humanitaires. Ils alertent notamment le HCR, les ONG de défense des droits humains, les missions diplomatiques et les acteurs internationaux.

« Cette lettre est un appel humanitaire sincère concernant la détérioration rapide de la situation en matière de protection, les graves préoccupations relatives aux droits de l’homme et l’aggravation des conditions de vie », écrivent-ils, estimant que la situation a atteint un niveau « alarmant et déchirant ».

Les réfugiés évoquent des destructions d’abris, des menaces, du harcèlement et des pressions psychologiques visant à les contraindre à accepter un retour. Ils disent craindre particulièrement pour les femmes, les enfants, les personnes âgées et les survivants de violences passées.

Ils affirment également que les services humanitaires essentiels auraient été réduits ou suspendus, notamment l’accès aux soins de santé, à l’éducation et à certaines formes d’assistance, ainsi que des restrictions de mouvement affectant leurs moyens de subsistance.

Selon ces témoignages, ces conditions auraient créé un climat de peur et de désespoir parmi des familles déjà vulnérables, qui avaient fui le Burundi en quête de protection.

Les réfugiés appellent à une intervention urgente pour garantir que tout retour soit volontaire, sûr et conforme aux normes internationales de protection, en invoquant notamment le principe de non-refoulement.

Par ailleurs, ils demandent le rétablissement des services humanitaires de base et la fin des intimidations et destructions d’abris.

Le camp de Nyarugusu est aujourd’hui le dernier site accueillant encore des réfugiés burundais en Tanzanie, après la fermeture du camp de Nduta fin avril. Il abriterait encore environ 22 000 réfugiés burundais.

Des réfugiés burundais, désespérés, attendent avec leurs effets d’être rapatriés de force vers le Burundi après la démolition de leurs habitations, janvier 2026 © SOS Médias Burundi

D’après l’entente entre les gouvernements burundais et tanzanien, ainsi que le HCR, la partie du camp de Nyarugusu abritant des réfugiés burundais devrait être définitivement fermée en juillet prochain. Cette fermeture avait initialement été envisagée pour juin avant d’être reportée.

Ce camp héberge également des réfugiés congolais qui ont fui les hostilités dans l’est de la République démocratique du Congo.

Dans ce contexte, plusieurs réfugiés redoutent une fermeture progressive du camp dans les prochains mois, certains évoquant déjà des tentatives de mouvements vers des pays voisins, parfois interrompues et suivies de retours forcés vers le Burundi selon leurs témoignages.

____________________________________________

Photo : Plusieurs dizaines de réfugiés burundais sans abris, dont certains dorment à même le sol, attendent d’être rapatriés après la destruction de leurs maisons au camp de Nyarugusu. Selon les autorités tanzaniennes, le camp sera fermé le 31 juillet prochain. © SOS Médias Burundi

Previous RDC : l’Est s’embrase entre frappes de drones, bombardements et accusations croisées
Next Nakivale : deux morts et plusieurs cas de banditisme secouent le camp de réfugiés

You might also like

Réfugiés

Malawi – Dzaleka : vols à main armée dans le camp de réfugiés, colère et soupçons de complicité

Une série de vols à main armée a secoué le camp de réfugiés de Dzaleka dans la nuit de mercredi à jeudi. Six boutiques et plusieurs habitations d’agents de transfert

Réfugiés

Uvira: plus de 2500 demandeurs d’asile demandent au HCR de les transférer dans un camp de réfugiés

Tous sont des Burundais. Ils sont installés dans les camps de transit de Sange et Kavimvira ( territoire d’Uvira, province du sud Kivu à l’est de la RDC). Certains viennent

Réfugiés

Nakivale (Ouganda) : plus d’un millier d’écoliers passent le concours national

SOS Médias Burundi Nakivale, 5 novembre 2025 — Dans le camp de réfugiés de Nakivale, situé dans le sud-ouest de l’Ouganda, l’éducation reste un défi majeur pour les jeunes réfugiés.