Burunga : la multiplication des barrières policières paralyse le transport, fait flamber les tarifs et ravive les soupçons de corruption
SOS Médias Burundi
Burunga, 6 juillet 2026 — Alors que de nouveaux responsables de la police ont récemment pris leurs fonctions dans plusieurs communes de la province de Burunga, dans le sud du Burundi, les contrôles routiers se sont considérablement intensifiés. À Rumonge, Makamba et Rutana, la multiplication des barrières policières perturbe le transport des personnes et des marchandises. Les usagers dénoncent des tracasseries routières, une flambée des tarifs de transport et des pratiques présumées de corruption, malgré les appels répétés du gouverneur de province à supprimer les barrières non indispensables.
Depuis près de deux semaines, les barrières policières se sont multipliées, notamment sur la Route nationale n° 3 à Rumonge, où plusieurs points de contrôle sont installés à très courte distance les uns des autres. Une situation qui surprend de nombreux habitants, d’autant plus que cette commune ne fait pas face à une dégradation particulière de la sécurité.
Face aux motocyclistes, la police a justifié ce renforcement des contrôles en expliquant qu’il vise à retirer de la circulation les motos ne répondant pas aux exigences légales ou transportant plus d’un passager. Les responsables ont même averti que d’autres barrières pourraient être installées si les infractions persistent.
Mais sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Craignant la saisie de leurs motos ou de leurs véhicules, plusieurs transporteurs préfèrent suspendre leurs activités. Résultat : les voyageurs peinent à trouver un moyen de transport et les tarifs connaissent une hausse sans précédent.
Sur l’axe Makamba–Nyanza-Lac, des passagers affirment avoir déboursé jusqu’à 25 000 francs burundais pour un trajet en bus, contre environ 10 000 francs auparavant, alors que le tarif réglementaire fixé par l’État est de 5 100 francs.
À Rutana, cette pression a conduit à un incident révélateur. Deux agents de sécurité, intervenus en tenue civile pour saisir une moto, ont été pris à partie par des habitants qui les avaient pris pour des voleurs. Les autorités administratives ont finalement reconnu que les agents auraient dû être en uniforme, ce qui a conduit à la libération des personnes interpellées.
Au-delà des contrôles, plusieurs conducteurs et usagers dénoncent des pratiques présumées de corruption sur certains axes routiers. Selon leurs témoignages, certains véhicules surchargés franchiraient les postes de contrôle après le versement de pots-de-vin. Ces accusations alimentent un profond sentiment d’injustice chez les transporteurs, qui affirment être contraints soit de respecter strictement les règles au risque de perdre leur clientèle, soit de renoncer temporairement à exercer leur activité.
Ces pratiques présumées rappellent un drame survenu au début de l’année 2026. Un taxi transportant seize passagers avait été impliqué dans un accident mortel sur la colline Nyabigina, au chef-lieu de la commune Makamba, faisant plus de dix victimes.
Pourtant, selon la réglementation burundaise, ce type de taxi n’est autorisé à transporter que trois à cinq passagers. Selon plusieurs témoignages recueillis à l’époque par SOS Médias Burundi, le véhicule avait franchi plusieurs postes de contrôle sans être immobilisé avant l’accident. Cette affaire avait relancé le débat sur l’efficacité des contrôles routiers, le respect de la réglementation et les soupçons de corruption sur certains axes routiers de la province.
Cette situation intervient alors que de nouveaux responsables policiers viennent d’être nommés dans plusieurs communes de Burunga. Pour de nombreux observateurs et acteurs du secteur des transports, la concomitance entre ces nominations et le durcissement des contrôles alimente les interrogations. Certains y voient une volonté des nouveaux responsables d’imprimer rapidement leur autorité, tandis que d’autres redoutent une recrudescence des tracasseries routières. À ce stade, aucun élément ne permet toutefois d’établir un lien de cause à effet entre ces nominations et les pratiques dénoncées.
Le contraste est d’autant plus frappant que, lors de plusieurs réunions de sécurité, le gouverneur de la province de Burunga, Parfait Mboninyibuka, a appelé les services de sécurité à rationaliser les contrôles routiers, à supprimer les barrières non indispensables et à faire respecter la loi sans pénaliser inutilement les citoyens.
Aujourd’hui, les transporteurs, les motocyclistes et les voyageurs demandent que la lutte contre les infractions routières soit menée avec professionnalisme, transparence et équité. Ils estiment que la sécurité routière ne peut être garantie ni par la multiplication des barrières ni par des pratiques de corruption, mais par une application impartiale de la loi et un contrôle rigoureux des véritables causes des accidents.
Plus largement, plusieurs acteurs du secteur estiment qu’une politique de sécurité routière efficace ne devrait pas se mesurer au nombre de barrières érigées sur les routes, mais à la capacité des autorités à faire respecter la loi de manière équitable, à prévenir les accidents et à restaurer la confiance entre les forces de l’ordre et les usagers de la route.
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Photo : Un point de contrôle de la Police nationale du Burundi (PNB) sur la chaussée d’Uvira, dans la capitale économique Bujumbura. En province de Burunga, au sud du Burundi, la multiplication des barrières policières perturbe le transport et suscite des plaintes liées aux tracasseries routières et à la flambée des tarifs. © SOS Médias Burundi
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