« Mourir de faim ou rentrer » : les derniers réfugiés burundais de Nyarugusu tirent la sonnette d’alarme
SOS Médias Burundi
Nyarugusu (Tanzanie), 8 juillet 2026 — Le camp de Nyarugusu, qui abritait encore plus de 50 000 réfugiés burundais il y a moins d’un an, est aujourd’hui presque vide. Moins de 200 Burundais y restent encore, alors que les opérations de rapatriement se sont accélérées au cours des deux derniers mois. Les derniers occupants dénoncent des pressions croissantes, la suspension de l’aide humanitaire et craignent un retour qui ne serait pas pleinement volontaire.
Le camp de Nyarugusu devait initialement fermer le 30 juin 2026, mais un délai supplémentaire d’un mois avait été accordé afin de finaliser les opérations de rapatriement des derniers réfugiés burundais.
Même si cette nouvelle échéance n’a pas été totalement respectée, les autorités tanzaniennes estiment que le processus est largement avancé.
Le président du camp, représentant du ministère tanzanien de l’Intérieur, a annoncé le week-end dernier que « l’exercice volontaire » de rapatriement avait été réalisé à plus de 90 %. Il a précisé que les installations du camp seraient bientôt remises au gouvernement pour un « usage public ».
Selon lui, les « quelques centaines de Burundais » encore présents devraient être rapatriés « d’ici une semaine ».
Parmi ceux qui restent figurent des personnes qui affirment que leur sécurité serait menacée en cas de retour au Burundi. Selon des enquêtes et des témoignages recueillis l’année dernière, certaines d’entre elles continuent de nécessiter une protection internationale.
Les autorités tanzaniennes ont indiqué que ces réfugiés « ne sont pas nombreux » et qu’ils pourraient être transférés vers la partie du camp occupée par les réfugiés congolais.

Des réfugiés burundais, désespérés, attendent avec leurs effets d’être rapatriés de force vers le Burundi après la démolition de leurs habitations, janvier 2026. © SOS Médias Burundi
« Mourir de faim ou rentrer »
Depuis environ deux mois, l’assistance humanitaire autrefois fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM) a été suspendue pour les réfugiés burundais restés à Nyarugusu.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) explique avoir concentré ses efforts sur le rapatriement, le paquet de retour et la réintégration des réfugiés au Burundi, estimant que l’aide accompagne désormais ceux qui choisissent de rentrer.
Une situation dénoncée par les derniers réfugiés du camp.
« C’est clair que le HCR s’associe à la Tanzanie pour nous malmener. Nous n’avons plus de choix que de mourir de faim ou rentrer », témoigne l’un des réfugiés burundais encore présents à Nyarugusu.
Pour ces réfugiés, la suspension de l’assistance constitue une pression supplémentaire pour accepter le retour. Ils appellent à une intervention urgente afin que tout rapatriement respecte les principes de volontariat, de sécurité et de dignité prévus par les normes internationales de protection.
Ils invoquent notamment le principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque d’être exposée à des persécutions ou à de graves menaces.
« Nous demandons le rétablissement des services humanitaires de base et la fin des intimidations avant que tout le monde ne soit rapatrié », plaident-ils.
Mais certains disent avoir perdu espoir. « Nous voyons que c’est trop tard pour agir », regrettent-ils.

Des réfugiés burundais au milieu des ruines de leurs maisons détruites dans le camp de Nyarugusu, en Tanzanie, dénonçant des démolitions forcées qui mettent en danger leur vie et leur sécurité. © SOS Médias Burundi
La fin d’une époque pour Nyarugusu
Avec la fermeture du camp de Nduta à la fin du mois d’avril 2026, Nyarugusu est devenu le dernier site en Tanzanie accueillant encore des réfugiés burundais.
Créé pour accueillir des personnes fuyant les crises dans la région des Grands Lacs, Nyarugusu a été pendant plusieurs années l’un des plus importants camps de réfugiés de Tanzanie. Il accueille également des réfugiés congolais ayant fui les violences dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le départ massif des réfugiés burundais marque un tournant dans l’histoire de l’exil burundais en Tanzanie, pays qui a accueilli des centaines de milliers de Burundais lors des différentes crises politiques et sécuritaires qu’a connues la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Des anciens réfugiés de Nduta reprennent le chemin de l’exil
Selon des témoignages recueillis auprès d’anciens réfugiés du camp de Nduta, une partie importante d’entre eux a repris le chemin de l’exil, notamment vers des camps en Ouganda, au Kenya ou encore au Rwanda, après avoir quitté la Tanzanie dans des conditions difficiles.
Plusieurs affirment avoir été contraints d’abandonner leurs biens et leurs moyens de subsistance, payant le prix de cette nouvelle fuite par l’incertitude, la précarité et la recherche d’une nouvelle protection.
Ces témoignages ravivent les inquiétudes des derniers réfugiés de Nyarugusu, qui demandent que toute décision de retour soit fondée sur un choix réellement libre, éclairé et conforme aux normes internationales.
Près de 200 000 réfugiés burundais encore en exil
Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 200 000 réfugiés burundais vivent encore dans plusieurs pays de la région.
Ils sont notamment présents en Ouganda, en Tanzanie, au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Kenya, ainsi que dans certains pays membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), notamment la Zambie et le Malawi.
Alors que Nyarugusu se vide progressivement, les derniers réfugiés burundais qui y restent demandent que leur retour soit une décision librement consentie et non le résultat de conditions de vie devenues impossibles.
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Photo : Des réfugiés burundais dans une réunion avec les autorités tanzaniennes au camp de Nyarugusu © SOS Médias Burundi
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