Buhumuza : Muyinga assoiffée, la pénurie d’eau fait craindre une catastrophe sanitaire

Buhumuza : Muyinga assoiffée, la pénurie d’eau fait craindre une catastrophe sanitaire

SOS Médias Burundi

Muyinga (province de Buhumuza), le 14 juillet 2026 – Robinets à sec, bidons d’eau devenus hors de prix, recours forcé à des sources incertaines et conditions d’hygiène de plus en plus préoccupantes dans les écoles : à Muyinga, dans la province de Buhumuza, au nord-est du Burundi, la pénurie d’eau potable s’est transformée en une épreuve quotidienne pour les habitants. Persistant depuis plusieurs années selon des témoignages locaux, le manque d’eau alimente désormais les craintes d’une crise sanitaire dans cette ville.

Dans plusieurs quartiers du centre urbain de Muyinga, notamment Swahili, Kinyota et Mukoni, les robinets restent souvent à sec pendant de longues périodes. Les habitants sont contraints de chercher de l’eau auprès de vendeurs privés, de parcourir de longues distances ou, dans certains cas, de recourir à des sources dont la qualité n’est pas garantie.

Le quartier Swahili, qui abrite plus de la moitié de la population du centre urbain selon l’administration locale, est l’un des plus touchés.

« Nous demandons aux autorités et à la Regideso d’intervenir rapidement. Nous vivons dans une souffrance permanente à cause du manque d’eau potable », témoigne un habitant.

Pour de nombreux ménages, la recherche d’eau est devenue une activité quotidienne qui perturbe les activités domestiques, la cuisine, la lessive et les pratiques d’hygiène.

La menace des maladies hydriques s’intensifie

Le manque d’eau potable fait également craindre une dégradation de la situation sanitaire. Dans plusieurs quartiers où les habitations sont construites de manière dense, les habitants redoutent une augmentation des maladies liées au manque d’hygiène.

Ils craignent notamment le choléra, la dysenterie et d’autres maladies d’origine hydrique.

Une femme âgée d’une soixantaine d’années explique que certaines familles sont parfois obligées de consommer de l’eau de pluie.

« Pendant la saison des pluies, nous sommes obligés de boire l’eau de pluie. Nous savons qu’elle n’est pas propre, mais nous n’avons pas d’autre choix », confie-t-elle.

L’eau devient un luxe à Muyinga

À Kinyota comme à Mukoni, les habitants dénoncent également la flambée du prix de l’eau.

Un bidon de 20 litres coûte actuellement 1 500 francs burundais, contre 500 à 700 francs auparavant, selon plusieurs habitants, avant l’installation de l’usine de traitement d’eau au centre de Muyinga.

Pour de nombreuses familles confrontées à la hausse du coût de la vie, cette augmentation représente une charge difficilement supportable.

« Nous sommes obligés de dépenser une grande partie de nos revenus pour acheter de l’eau », déplore un habitant.

Des accusations contre la Regideso

Les habitants affirment que cette pénurie dure depuis plusieurs années sans qu’une solution durable ne soit trouvée. Plusieurs accusent la Regideso de ne pas assurer une distribution équitable de l’eau et dénoncent des pratiques de favoritisme.

« Nous avons l’impression que certains hôtels, notamment ceux situés à Kibogoye, sont privilégiés. Nous pensons que des responsables de la Regideso favorisent certains clients au détriment de la population », affirme un riverain.

Ces accusations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante. Les responsables de la Regideso n’avaient pas encore réagi au moment de la publication de cet article.

La Regideso est l’unique entreprise publique chargée de la distribution de l’eau potable et de l’électricité dans la petite nation de l’Afrique de l’Est. Elle est régulièrement critiquée par des usagers qui dénoncent des coupures fréquentes et des difficultés d’accès aux services dans plusieurs régions du pays. De son côté, l’entreprise explique souvent ces insuffisances par l’expansion rapide des zones urbaines à desservir, l’augmentation de la demande et les défis liés au renforcement des infrastructures.

Les écoles également frappées par la pénurie

La crise de l’eau touche également les établissements scolaires.

Au Lycée communal de Muyinga, situé dans le quartier Kinyota, élèves et enseignants décrivent des conditions d’hygiène préoccupantes. Faute d’eau, les latrines dégagent de fortes odeurs et les élèves rencontrent des difficultés pour se laver les mains après leur utilisation.

« Quand nous voulons aller aux toilettes, nous nous sentons très mal. Nous n’avons même pas d’eau pour nous laver les mains. Certains préfèrent se retenir jusqu’à leur retour à la maison », raconte un élève.

Les responsables de l’établissement affirment avoir signalé la situation à plusieurs reprises auprès des services concernés.

« Nous avons déjà alerté depuis longtemps, mais jusqu’à présent aucune solution concrète n’a été apportée », regrette un responsable scolaire.

Une crise qui dépasse Muyinga

Face à cette situation, les habitants appellent les autorités administratives et la Regideso à prendre des mesures urgentes pour rétablir un approvisionnement régulier en eau potable.

Pour eux, la question dépasse désormais les simples difficultés quotidiennes : c’est la santé publique qui pourrait être menacée si aucune réponse rapide n’est apportée.

La situation de Muyinga n’est pas isolée. Dans plusieurs autres régions du Burundi, des habitants dénoncent également des pénuries récurrentes d’eau potable.

Ces difficultés d’accès à l’eau compliquent la vie quotidienne des populations et renforcent les inquiétudes liées aux risques sanitaires. À Muyinga, les habitants espèrent désormais une intervention rapide afin que l’eau potable redevienne un service accessible à tous.

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Photo : Au lac Nagitamo, des habitants puisent de l’eau directement dans le lac, une réalité quotidienne qui témoigne des défis persistants liés à l’accès à l’eau potable pour les communautés riveraines. Non loin, à Muyinga, dans la province de Buhumuza, plusieurs quartiers font face à une pénurie persistante d’eau potable qui inquiète les habitants. © SOS Médias Burundi

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