Gitega veut séduire sa diaspora, mais la confiance reste fragile
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 31 juillet 2026 — La capitale économique du Burundi a accueilli du 29 au 30 juillet 2026 la Semaine de la Diaspora panafricaine sous le thème : « Dialogue avec la diaspora panafricaine sur le développement et la transformation de l’Afrique ». Des délégations venues de treize pays ont participé à cette rencontre consacrée au rôle stratégique de la diaspora dans le développement du continent. Mais derrière les appels officiels à une mobilisation accrue des Burundais vivant à l’étranger, plusieurs participants ont rappelé les obstacles qui continuent de freiner les investissements et de fragiliser la confiance.
L’objectif principal de cette rencontre était de renforcer les liens entre les États africains et leurs diasporas, de promouvoir les investissements productifs, de favoriser le transfert de compétences et d’expertise, d’encourager l’entrepreneuriat et l’innovation, mais aussi de réfléchir aux moyens de mieux intégrer la diaspora dans les stratégies de développement du continent.
À l’ouverture des travaux, le Premier ministre burundais Nestor Ntahontuye a présenté la diaspora comme un acteur majeur de la transformation économique de l’Afrique. Il a insisté sur les compétences, les expériences et les ressources financières dont disposent les Africains vivant à l’étranger.
« Nous avons besoin d’une diaspora plus organisée et solidaire », a-t-il déclaré, reprenant la vision du président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine.
Le chef du gouvernement a toutefois regretté que les investissements des Burundais de l’étranger soient principalement orientés vers les infrastructures et l’immobilier. Il a appelé à davantage d’engagement dans les secteurs productifs susceptibles de créer des emplois et de soutenir une croissance durable, notamment l’agriculture, l’industrie, les nouvelles technologies, l’énergie et les services.
Une diaspora marquée par les divisions
La diaspora burundaise reste cependant traversée par des divisions liées à son histoire. Elle est composée de personnes ayant quitté le pays à différentes périodes et pour des raisons multiples : crises politiques, conflits, études, raisons économiques ou regroupement familial.
Cette diversité des parcours s’accompagne de sensibilités différentes, parfois proches des clivages qui caractérisent la classe politique burundaise.
Un Burundais vivant aux États-Unis a estimé que la politisation de la diaspora, notamment depuis les années 1990, a limité sa capacité à contribuer efficacement au développement du pays. Il a proposé de renforcer les associations sectorielles afin de mieux mobiliser les compétences et les ressources disponibles.
De son côté, Samuel Ndayiragije, président de la diaspora burundaise, a affirmé que celle-ci est aujourd’hui « organisée de manière claire et non politisée », avec une fédération déjà constituée.
Des investisseurs face à plusieurs obstacles
Au cours des échanges, plusieurs membres de la diaspora ont insisté sur la nécessité de mettre en place un guichet unique destiné à faciliter leurs démarches, protéger leurs biens et accompagner leurs projets.
Certains investisseurs évoquent des difficultés liées aux lourdeurs administratives, à la corruption, aux conflits fonciers, aux risques de spoliation et aux intimidations. Selon eux, ces problèmes découragent certains Burundais de l’étranger qui souhaitent investir dans leur pays d’origine.
Ces préoccupations ont également été exprimées par le président Évariste Ndayishimiye à plusieurs reprises. Le chef de l’État a dénoncé des dysfonctionnements au sein de certains services publics et appelé les administrations à faciliter les investissements.
L’accès aux devises constitue un autre défi majeur. Plusieurs opérateurs économiques affirment rencontrer des difficultés pour obtenir des devises, même après avoir effectué des dépôts auprès des institutions financières, ce qui ralentit certaines activités commerciales.
Un climat des affaires qui peine à convaincre
Des organisations de défense des droits humains et de promotion de la bonne gouvernance ont régulièrement exprimé des préoccupations concernant la transparence des institutions, la lutte contre la corruption et la sécurité juridique des investissements au Burundi.
Ces observations, combinées aux témoignages de certains investisseurs, alimentent les hésitations d’une partie de la diaspora qui choisit parfois d’orienter ses capitaux vers d’autres pays de la sous-région où les procédures administratives sont jugées plus prévisibles et davantage numérisées.
Les infrastructures restent également un défi important. Alors que plusieurs pays voisins accélèrent la digitalisation de leurs services publics, l’accès à Internet demeure limité au Burundi. Les coupures fréquentes d’électricité affectent aussi les activités économiques, y compris à Bujumbura, où sont concentrées plusieurs institutions nationales et agences internationales.
À cela s’ajoute la pénurie persistante de carburant qui affecte les transports, les entreprises et les ménages depuis plusieurs années. Malgré les mesures annoncées par les autorités, des perturbations dans l’approvisionnement continuent d’être signalées sur l’ensemble du territoire.
Restaurer la confiance
La Semaine de la Diaspora panafricaine aura permis aux autorités burundaises de réaffirmer leur volonté de faire des Burundais vivant à l’étranger un partenaire stratégique du développement national.
Mais pour plusieurs participants, l’engagement de la diaspora dépendra surtout de la capacité des autorités à améliorer le climat des affaires, renforcer la protection des investisseurs, garantir une meilleure gouvernance et instaurer un environnement plus rassurant.
Entre appels au retour des capitaux et préoccupations persistantes, Gitega devra encore convaincre pour transformer les promesses de mobilisation de la diaspora en investissements concrets.
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Photo : Des participants à la Semaine de la diaspora panafricaine posent aux côtés du Premier ministre burundais lors des activités organisées à Bujumbura. Crédit photo : Radio Télévision nationale du Burundi © RTNB
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