Pénurie de carburant au Burundi : stations à sec, marché noir florissant… qui alimente le trafic ?

Pénurie de carburant au Burundi : stations à sec, marché noir florissant… qui alimente le trafic ?

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 8 août 2026 — La pénurie persistante de carburant paralyse les transports et asphyxie l’économie burundaise, tandis qu’un marché noir florissant continue de fournir du carburant à des prix exorbitants. À Bujumbura, des habitants font la queue pendant des jours devant des stations à sec alors que des vendeurs clandestins proposent le même produit à quelques mètres. Une situation qui soulève une question : qui alimente réellement ce marché parallèle ?

Dans la capitale économique, les vendeurs clandestins de carburant sont désormais visibles dans plusieurs quartiers du centre-ville, dans les zones périphériques ainsi que le long des principaux axes routiers reliant Bujumbura à l’intérieur du pays et à la République démocratique du Congo.

Selon plusieurs clients interrogés par SOS Médias Burundi, les transactions s’effectuent principalement par téléphone. Après la commande, les livraisons sont effectuées discrètement, parfois directement au domicile des acheteurs.

Le carburant est vendu par unité d’un litre et demi, communément appelée « Kinju ». Pour certains habitants, ces vendeurs clandestins ressemblent désormais à de véritables stations-service mobiles.

Cette situation intervient alors que les stations-service officielles peinent toujours à être approvisionnées.

Des stations à sec, des files interminables

Dans la capitale économique Bujumbura, poumon de l’économie burundaise où sont notamment concentrées les agences des Nations unies et une grande partie de l’administration centrale, des témoins affirment qu’aucune station-service n’aurait distribué de carburant cette semaine.

Plusieurs habitants ont confié à SOS Médias Burundi attendre depuis plusieurs jours dans de longues files devant les stations-service.

« Nous attendons sur une longue file interminable depuis une semaine », témoigne un habitant.

Des chauffeurs de bus, particulièrement touchés par la pénurie, expriment également leur exaspération.

« On nous dit chaque fois que nous devrions être servis à tout moment, mais ce n’est jamais concrétisé », racontent, écœurés, plusieurs chauffeurs interrogés par SOS Médias Burundi.

Des résidents de Bujumbura, dont des fonctionnaires, attendent en vain un bus dans un parking de la capitale économique, espérant rejoindre le nord de la ville. © SOS Médias Burundi

Des transports paralysés

Les conséquences de la pénurie sont particulièrement visibles dans le secteur des transports en commun.

Depuis le week-end dernier, les habitants de Bujumbura doivent parfois patienter plusieurs heures dans les parkings du centre-ville et des différents quartiers sans voir arriver le moindre bus.

Faute de transport, de nombreux citadins parcourent à pied de longues distances pour rejoindre leur lieu de travail ou regagner leur domicile.

D’autres, disposant de moyens financiers plus importants, se tournent vers les taxis. Ces derniers transportent généralement quatre à six passagers, chacun payant environ 5 000 francs burundais.

Un chauffeur de taxi interrogé par SOS Médias Burundi affirme lui-même s’approvisionner sur le marché noir.

Selon lui, un litre et demi de carburant se vend actuellement entre 22 000 et 25 000 francs burundais sur le marché noir, un prix qui varie quotidiennement en fonction de la disponibilité du produit.

À titre de comparaison, le prix officiel d’un litre d’essence est fixé à 4 000 francs burundais. Un litre et demi devrait donc coûter officiellement environ 6 000 francs, contre jusqu’à 25 000 francs sur le marché parallèle.

Le même chauffeur indique qu’un bidon se négociait dimanche entre 260 000 et 270 000 francs burundais, selon les vendeurs.

Des conducteurs de taxis-motos transportent sur la tête les réservoirs de leurs engins à la recherche du carburant © SOS Médias Burundi

Où trouve-t-on le carburant du marché noir ?

La disponibilité de ces quantités de carburant sur le marché parallèle suscite de nombreuses interrogations parmi les habitants.

Comment expliquer que des vendeurs clandestins continuent de proposer du carburant alors que les stations-service officielles sont à sec ?

La question est d’autant plus sensible que certains vendeurs opèrent, selon des habitants, à quelques mètres seulement de stations-service où de longues files d’attente de véhicules se forment quotidiennement.

Des bus attendent pendant des heures devant les stations dans l’espoir d’être ravitaillés, sans aucune garantie d’obtenir du carburant.

Depuis près de six ans, la petite nation de l’Afrique de l’Est traverse une crise de carburant aux conséquences économiques et sociales considérables. La pénurie affecte les transports, augmente les coûts de déplacement et perturbe les activités commerciales.

Jusqu’à présent, une question demeure : où trouve-t-on le carburant vendu à des prix exorbitants alors que les stations-service sont régulièrement à sec ?

Des accusations de réseaux parallèles

Une certaine opinion au Burundi avance que des responsables sécuritaires, certains officiels et des commerçants considérés comme proches du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, pourraient être impliqués dans des circuits parallèles d’approvisionnement et de commercialisation du carburant.

Selon ces allégations, du carburant serait discrètement acheminé vers Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, ville située à quelques kilomètres de Bujumbura, de l’autre côté du lac Tanganyika.

Des trafiquants pourraient ensuite s’y approvisionner avant de ramener le produit au Burundi pour le revendre à des prix largement supérieurs aux tarifs officiels.

Ces accusations, qui circulent parmi certains habitants et observateurs, n’ont pas pu être vérifiées indépendamment par SOS Médias Burundi. Aucun élément ne permet, à ce stade, d’établir l’implication de responsables précis dans ces réseaux présumés.

Mais pour de nombreux habitants, l’existence même d’un marché noir capable de fournir du carburant alors que les stations officielles restent à sec constitue un paradoxe qui nécessite des explications.

Des vendeurs de carburant se déplacent dans une rue inondée à la frontière de Kavimvira, juin 2024 ©

La pénurie au cœur des critiques de gouvernance

Le président Évariste Ndayishimiye évoque les difficultés d’accès aux devises étrangères, notamment dans un contexte marqué par la suspension ou la réduction de certaines aides extérieures, pour expliquer les difficultés d’approvisionnement du pays en carburant.

Des observateurs locaux et étrangers estiment toutefois que les problèmes ne se limitent pas au manque de devises.

Ils pointent également du doigt la mauvaise gestion, les faiblesses de la gouvernance économique et l’existence présumée de réseaux parallèles qui profiteraient de la pénurie.

Pour ces observateurs, tant que les autorités ne clarifieront pas la provenance du carburant vendu sur le marché noir et les circuits par lesquels il arrive jusqu’à Bujumbura, les soupçons continueront de peser sur la gestion de cette crise.

Pendant ce temps, les files d’attente s’allongent devant les stations-service, les prix des transports augmentent et des milliers d’habitants sont contraints de marcher pour se rendre au travail.

Pour les usagers comme pour les chauffeurs, la même interrogation demeure : quand cette pénurie prendra-t-elle fin et qui expliquera enfin pourquoi le carburant reste introuvable dans les stations alors qu’il continue de circuler sur le marché noir ?

En attendant, Bujumbura et d’autres villes et centres urbains tournent au ralenti, les usagers s’épuisent dans les files d’attente et le carburant, devenu une denrée rare, continue de circuler à prix d’or dans les circuits parallèles.

________________________________________________

Photo : Des habitants de Bujumbura attendent des bus sur un parking dans le nord de la ville. © SOS Médias Burundi

Previous Burunga : revenu de Tanzanie avec ses économies, il disparaît… son corps retrouvé pendu, les soupçons de racket refont surface
Next Des civils transformés en combattants présumés ? Le retour de 39 Congolais secoue le dossier FDLR

You might also like

Économie

Bujumbura : colère des commerçants suite à la nouvelle fixation des prix des échoppes

Les commerçants ayant signé les nouveaux contrats avec l’Office burundais des recette (OBR) ont arrêté de travailler ce lundi. Ils indiquent que c’est leur façon de manifester leur mécontentement du

Économie

Ngozi : Des délestages prolongés paralysent commerces et aggravent l’insécurité dans le Nord

SOS Médias Burundi Ngozi, 15 septembre 2025 – Dans les régions de Kirundo, Ngozi et Kayanza, les délestages électriques perturbent gravement la vie quotidienne et les activités économiques. À la

Économie

Cibitoke : une dizaine de coopératives d’extraction de l’or fermées

Dix-sept coopératives d’extraction de l’or dans les communes de Mabayi et Bukinanyana en province de Cibitoke (nord-ouest du Burundi) sont fermées depuis le 23 janvier. Le gouverneur parle d’une décision