Malagarazi : la rivière avance, les terres burundaises reculent

Malagarazi : la rivière avance, les terres burundaises reculent

SOS Médias Burundi

Burunga, 11 août 2026 — Le déplacement progressif du lit de la rivière Malagarazi, qui constitue sur plusieurs kilomètres une frontière naturelle entre le Burundi et la Tanzanie, inquiète profondément les populations riveraines de la province de Burunga, surtout dans sa partie sud-est. À chaque saison des pluies, les crues et l’érosion modifient le cours de la rivière, engloutissant des terres agricoles, détruisant des récoltes et alimentant les tensions foncières et sécuritaires entre communautés des deux pays.

Dans cette vallée essentiellement agricole, les habitants affirment assister depuis plusieurs années à une modification progressive du lit de la Malagarazi. Lorsque la rivière déborde, elle érode ses berges et submerge des parcelles autrefois exploitées par des agriculteurs burundais.

Des familles disent ainsi avoir vu une partie de leurs terres agricoles progressivement passer de l’autre côté de la rivière. Pour ces populations, le problème ne se limite plus aux dégâts causés par les inondations : elles craignent une modification de fait de la frontière naturelle, avec pour conséquence une perte progressive de terres au profit de la Tanzanie.

Les crues détruisent également des cultures et empêchent certains agriculteurs d’accéder à leurs champs ou de récupérer leurs récoltes. Des habitants affirment que des cultivateurs burundais ne peuvent parfois plus récolter les productions qu’ils ont semées, alors que, selon eux, des agriculteurs tanzaniens exploitant des terres situées du côté burundais continuent d’accéder à leurs champs et d’en récolter les productions.

Cette situation nourrit un sentiment d’injustice parmi les populations frontalières.

« À quoi sert le bon voisinage ? »

Les riverains s’interrogent également sur les bénéfices concrets de l’appartenance commune du Burundi et de la Tanzanie à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).

Ils se demandent à quoi servent les principes d’intégration régionale, de libre circulation et d’Ujirani Mwema, le bon voisinage, si les populations vivant le long de cette frontière ne parviennent pas à protéger leurs terres, leurs récoltes et leur sécurité.

Pour ces habitants, les discours sur l’intégration régionale doivent désormais être accompagnés de mécanismes concrets permettant de régler les litiges liés aux déplacements du cours de la rivière.

Des maisons incendiées et des champs pillés

À cette problématique foncière s’ajoute une situation sécuritaire jugée préoccupante.

Des habitants rapportent que des maisons ont été incendiées et que des champs ont été régulièrement pillés lors d’incursions qu’ils attribuent à des individus venus de Tanzanie.

Ces accusations, qui nécessitent d’être établies par des enquêtes, aggravent néanmoins le sentiment d’insécurité des familles vivant dans cette zone frontalière.

Un responsable administratif local affirme que cette situation rend les populations particulièrement vulnérables, alors qu’elles subissent déjà les conséquences des inondations, de l’érosion des terres et des pertes de récoltes.

Parfait Mboninyibuka, gouverneur de la province de Burunga, lors d’une rencontre avec des habitants sur fond de tensions liées aux changements du lit de la rivière Malagarazi et aux conséquences pour les populations riveraines. © SOS Médias Burundi

Le phénomène reconnu par les autorités

Les autorités administratives et sécuritaires burundaises affirment avoir évoqué à plusieurs reprises cette situation lors des réunions consacrées à la sécurité et aux questions frontalières.

La question a notamment été soulevée le 16 juillet 2026, lors de la célébration de la Journée internationale de l’environnement et de la Journée africaine des frontières, organisée sur les rives de la Malagarazi.

À cette occasion, les changements répétés du lit de la rivière, les conflits fonciers qui en découlent et leurs conséquences sur les populations vivant de part et d’autre de la frontière ont été rappelés.

Selon les autorités burundaises, le déplacement du cours de la Malagarazi constitue une source récurrente de tensions entre les communautés des deux pays. Chaque modification de la rivière peut entraîner de nouvelles contestations sur la propriété ou l’exploitation des terres nouvellement apparues ou déplacées.

Des solutions techniques et une coopération entre les deux pays

Les autorités envisagent notamment de travailler avec les services techniques compétents afin de mieux comprendre l’évolution du cours de la rivière et d’identifier des solutions durables.

Des études hydrologiques, la stabilisation des berges et la construction d’infrastructures de protection contre les inondations figurent parmi les pistes évoquées.

Mais pour les spécialistes, une intervention sur un cours d’eau frontalier ne peut être durable sans une concertation entre le Burundi et la Tanzanie. Les déplacements du lit d’une rivière peuvent être liés aux fortes précipitations, à l’érosion des berges ou aux effets du changement climatique.

Les populations riveraines demandent donc aux deux gouvernements de mettre en place un mécanisme commun permettant de suivre l’évolution de la Malagarazi, de prévenir les conflits fonciers et de protéger les agriculteurs affectés.

Pour elles, l’urgence est double : préserver les terres agricoles et garantir la sécurité des habitants.

Dans cette vallée frontalière, la rivière ne charrie donc pas seulement des eaux en période de crue. Elle déplace aussi progressivement les limites des terres, les récoltes et, avec elles, les inquiétudes de populations qui attendent depuis plusieurs années une réponse concrète de leurs gouvernements.

________________________________________________

Photo : Un barrage aménagé dans un marais de la province de Burunga, non loin de la frontière avec la Tanzanie. © SOS Médias Burundi

Previous Photo de la semaine : des enfants dans le viseur des trafiquants pendant les grandes vacances
Next Dzaleka : des réfugiés perdent leurs maisons après avoir acheté des parcelles controversées

You might also like

Économie

Muyinga : les taxes communales s’améliorent, des Imbonerakure jurent saboter le travail des nouveaux percepteurs

Un mois après la nouvelle loi de perception des taxes communales, les autorités communales de Muyinga (Nord-est du Burundi) apprécient les entrées dans la rubrique des taxes communales. Le travail

Économie

Burundi : la banque centrale annonce la réouverture des bureaux de change

Ce vendredi, la Banque de la République du Burundi (BRB) a annoncé deux importantes mesures dans le pays pour « renforcer la stabilité macro-économique ». Les bureaux de change sont rouverts en

Économie

Burundi : les consommateurs habitués à un manque perpétuel du carburant et sucre

Depuis plusieurs mois, les habitants de plusieurs provinces du pays font face à un manque de carburant et de sucre. Ils indiquent que trouver les deux produits considérés comme stratégiques