Burundi-Rwanda : peur, interrogatoires et racket présumé, le calvaire des voyageurs via Kobero
SOS Médias Burundi
Muyinga, 26 août 2026 — Des voyageurs burundais et congolais se rendant au Rwanda disent faire face à des contrôles renforcés, des interrogatoires répétés et des intimidations aux différents points de passage. Plusieurs témoignages recueillis dans la zone frontalière font état d’une surveillance accrue des personnes dont la destination est le Rwanda.
« Dès qu’ils voient que vous allez au Rwanda, ils veulent savoir pourquoi vous y allez, qui vous allez voir et combien de temps vous allez rester », témoigne un passager qui emprunte régulièrement cet itinéraire.
Des agents du Service national de renseignement (SNR), appuyés par des Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, effectuent régulièrement des passages dans la zone frontalière afin de recueillir des informations, notamment sur les voyageurs se dirigeant vers le Rwanda.
Plusieurs voyageurs disent avoir le sentiment d’être particulièrement surveillés en raison de leur destination.
« Aller au Rwanda est devenu comme un sacrilège »
Des changeurs de monnaies opérant dans la zone frontalière affirment avoir constaté une différence dans le traitement réservé aux voyageurs selon leur destination.
« Ceux qui partent en Tanzanie ne sont pas autant questionnés ni fouillés que ceux qui vont au Rwanda. Aller au Rwanda est devenu comme un sacrilège », affirme l’un d’eux.
Selon plusieurs témoignages, certains voyageurs préfèrent même dissimuler leur véritable destination afin d’éviter d’attirer l’attention des agents.
« Certains disent qu’ils vont en Tanzanie alors qu’ils se rendent au Rwanda, simplement parce qu’ils ont peur d’être mal vus ou intimidés par la police et la documentation », ajoute un autre témoin.
Les chauffeurs de taxis collectifs particulièrement ciblés
Les chauffeurs de taxis collectifs assurant la liaison entre Bujumbura, la capitale économique du Burundi, et Kigali disent eux aussi être confrontés à des soupçons et à des menaces.
Selon plusieurs conducteurs, certains sont accusés de transporter de jeunes personnes susceptibles de rejoindre RED-Tabara, un groupe armé burundais basé dans le Sud-Kivu, dans l’est du Congo, et soupçonné par les autorités burundaises de recevoir l’aide de Kigali.
« On nous accuse de transporter des jeunes qui iraient rejoindre RED-Tabara. À cause de ces soupçons, certains chauffeurs ont été menacés », raconte un conducteur.
Face à cette situation, certains transporteurs ont décidé de changer de véhicules ou de suspendre leur activité.
« Certains préfèrent utiliser d’autres véhicules pour ne pas être systématiquement soupçonnés », explique un autre chauffeur.
Des sommes pouvant atteindre un million de francs
Des transporteurs affirment également être contraints de payer d’importantes sommes d’argent pour pouvoir poursuivre leurs activités.
Un chauffeur rencontré à Muyinga, dans le nord-est du Burundi, sur l’axe menant vers la frontière tanzanienne, affirme que certains transporteurs ont versé jusqu’à un million de francs burundais au commissariat de police à Muyinga pour continuer à assurer la liaison vers le Rwanda.
Selon ce même témoignage, d’autres sommes sont également exigées à différents niveaux de la chaîne sécuritaire.
« Le chef de poste de la police à la frontière ainsi que le représentant provincial du SNR à Buhumuza doivent avoir au moins 100 000 francs pour chaque véhicule qui part vers le Rwanda », affirme-t-il.
Buhumuza est une province de l’est du Burundi, frontalière de la Tanzanie et comprenant notamment la zone de Kobero, un important point de passage vers la Tanzanie pour les voyageurs qui se rendent ensuite au Rwanda.
Ces accusations, qui mettent en cause des agents de l’État, n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Le coût du transport répercuté sur les passagers
Les transporteurs expliquent que ces charges supplémentaires finissent par être supportées directement par les voyageurs.
« Pour un aller-retour Bujumbura-Kigali, il faut actuellement débourser environ 600 000 francs burundais », affirme un transporteur. Le tarif, qui se situait auparavant entre 300 000 et 400 000 francs burundais pour l’aller-retour, a ainsi fortement augmenté.
Selon des professionnels du secteur, cette hausse rend le transport particulièrement coûteux et décourage les déplacements.
Certains chauffeurs disent avoir tout simplement renoncé à cette activité, qu’ils considèrent désormais comme trop risquée.
La disparition de deux hommes renforce la peur
Jean Bosco Nshimirimana et Hermès Rukerandanga, deux commerçants originaires de la province de Butanyerera, dans le nord du Burundi, sont portés disparus depuis le 12 août. Jean Bosco, originaire de la zone de Ntega, en commune de Kirundo, revenait du Rwanda. Hermès, originaire de Bugabira, dans la même commune, s’était rendu à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, afin de récupérer son véhicule.
Les deux hommes se seraient retrouvés à Kobero, à la frontière entre le Burundi et la Tanzanie, avant de poursuivre ensemble leur trajet vers Bujumbura. Selon leurs familles, ils auraient ensuite été interceptés à quelques kilomètres du palais présidentiel Ntare Rushatsi House, à Bujumbura. Les circonstances exactes de leur disparition restent à établir.
La famille de Jean Bosco affirme par ailleurs qu’il aurait été en possession de plus de 50 000 dollars au moment de sa disparition. Cette information, ainsi que les circonstances de leur interception, n’ont pas pu être vérifiées indépendamment.
Les familles indiquent avoir recherché les deux hommes dans plusieurs lieux de détention à Bujumbura, sans obtenir d’informations sur leur sort. Elles demandent aux autorités de les retrouver et de faire la lumière sur leur disparition.
Cette affaire renforce l’inquiétude parmi les personnes qui voyagent entre le Burundi et le Rwanda.
« Les gens ont maintenant peur aussi bien de partir vers le Rwanda que d’en revenir », témoigne une source proche des voyageurs.
Par ailleurs, plusieurs barrières de contrôle de la police sont installées ou renforcées sur l’axe reliant le centre de Muyinga à Kobero.
Des voyageurs demandent la libre circulation
Face à cette situation, des habitants et des voyageurs demandent aux autorités de garantir la libre circulation des personnes.
« Tout le monde ne va pas au Rwanda pour des raisons politiques ou sécuritaires. Certains y vont pour rendre visite à leur famille, faire du commerce ou se faire soigner », souligne un voyageur.
Selon plusieurs témoignages, le mouvement des personnes entre le Burundi et le Rwanda a considérablement diminué ces dernières semaines. Certains passagers ont même suspendu leurs voyages, par peur d’être soupçonnés, intimidés ou menacés.
Les voyageurs demandent ainsi que les contrôles de sécurité, lorsqu’ils sont nécessaires, soient effectués dans le respect des droits des passagers et sans entraver les déplacements des personnes qui se rendent au Rwanda pour des raisons familiales, commerciales ou médicales.
Depuis la fermeture des frontières terrestres entre le Burundi et le Rwanda, décidée par les autorités burundaises en janvier 2024, Kobero, à la frontière avec la Tanzanie, est devenu le principal point de passage terrestre pour les Burundais qui se rendent au Rwanda, les contraignant à passer par le nord-ouest de la Tanzanie.
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Photo : La frontière de Kobero, entre le Burundi et la Tanzanie, où transitent les voyageurs burundais se rendant au Rwanda depuis la fermeture des frontières terrestres entre le Burundi et le Rwanda. © SOS Médias Burundi
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