Sud-Kivu : des civils tués et enlevés à Mikalati – l’armée burundaise de nouveau pointée du doigt
SOS Médias Burundi
Bukavu, 7 décembre 2025- La situation sécuritaire s’est brutalement détériorée ce week‑end dans le Sud-Kivu, où une attaque attribuée à des soldats burundais a visé des civils revenant du marché de Bijombo. Alors que les populations fuient et que les accusations montent, les combats entre l’AFC/M23, les FARDC et l’armée burundaise se sont intensifiés, malgré un récent accord de paix conclu à Washington.
Mikalati : quatre civils tués, des enlèvements massifs et plus d’une centaine de disparus
Plusieurs sources locales font état d’une attaque menée samedi par des militaires burundais dans la localité de Mikalati, sur le territoire de Fizi, contre des habitants qui revenaient du marché hebdomadaire de Bijombo, situé dans le territoire voisin d’Uvira.
Un rescapé, réfugié à Mikenge, décrit :
« Nous revenions après avoir acheté du sel, du savon, de l’huile, du sucre. Arrivés à Mikalati, nous avons rencontré les soldats burundais qui nous ont attaqués, ont pillé ce que nous avions et ont enlevé de nombreuses personnes, surtout des femmes. »
Selon lui, le commandant des militaires aurait ordonné « de tuer les hommes et de ramasser les bagages ».
Les Wazalendo affirment que 45 personnes, essentiellement des femmes, seraient retenues au site militaire de Mikalati.
Aucune réaction officielle des gouvernements burundais ou congolais n’avait été faite dimanche matin.
Un blocus humanitaire aggravé
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations‑Unies (OCHA) avait déjà alerté sur les difficultés d’accès à la nourriture et aux soins à Minembwe, en raison d’un blocus imposé depuis un mois par l’armée burundaise selon des sources locales.
Le blocus empêche notamment les Banyamulenge d’accéder au marché de Bijombo, faisant grimper le prix du sel de 1 à 10 dollars le kilo par exemple.
Position de la FDNB
Le porte-parole de la FDNB, le général de brigade Gaspard Baratuza, a reconnu sur la BBC que des Banyamulenge sont bloqués dans des zones « où se trouve l’ennemi » :
« C’est compréhensible que ceux qui vont acheter des vivres pour l’ennemi soient bloqués. »
Mobilisation de la diaspora
Une association de droit américain, Mahoro Peace Association, regroupant des membres de la communauté Banyamulenge, organise depuis des semaines, des manifestations pour dénoncer « les abus de l’armée burundaise » et réclamer son retrait de la RDC.
Un avion étatique touché par Twirwaneho
Le même jour, un avion léger appartenant à l’État congolais a été touché par des tirs attribués à Twirwaneho, un groupe armé composé en majorité de Banyamulenge allié au M23.
L’appareil s’est écrasé dans le lac Tanganyika, à Yungu. Aucun bilan officiel n’a été communiqué.
Combats intenses dans la plaine de la Ruzizi
Vendredi, des affrontements violents ont opposé l’AFC/M23 aux FARDC, appuyées par des unités de l’armée burundaise et des miliciens Wazalendo.
Selon des sources à Luvungi, un drone du M23 a ciblé un véhicule FARDC, causant des pertes.
L’armée congolaise affirme avoir abattu un drone du M23 et détruit un char à Ngomo.
Plusieurs villages — Luvungi, Mutarule, Lubarika, Katogota, Kamanyola — ont été affectés, provoquant de nouveaux déplacements vers Sange, Kiliba et le district rwandais de Rusizi dans la province de l’ouest.
Un conflit alimenté par des alliances régionales complexes
Ces incidents surviennent alors que la RDC et le Rwanda ont signé jeudi à Washington un accord sous médiation américaine, visant à réduire les tensions régionales. Le conflit reste néanmoins complexe. Le M23, une ancienne rébellion tutsi reprise en 2021, combat les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par plus de 10 000 soldats burundais et les milices locales Wazalendo.
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, désormais affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile aux autorités congolaises et dirigé par l’ancien président de la CENI, Corneille Nangaa, qui plaide pour « un État fédéral ». Kigali rejette fermement ces accusations.
Le Rwanda accuse en retour la RDC et le Burundi de soutenir les FDLR, un groupe hutu rwandais opérant dans l’est du Congo et accusé d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. L’accord de Washington prévoit notamment le désarmement de ces combattants, que le président Félix Tshisekedi décrit comme « une force résiduelle ».

Des experts onusiens — qualifiés d’« imposteurs » par Kigali — affirment que le Rwanda a déployé environ 6 000 militaires pour soutenir le M23. »
Selon Lawrence Kanyuka, porte-parole de l’AFC/M23, les violences actuelles dans le Sud-Kivu résultent directement de « l’implication perturbatrice du Burundi » dans la région. Il affirme que le mouvement « ne revendique aucun territoire au Burundi », mais dénonce les « destructions massives causées par les bombes lancées depuis le territoire burundais ».
Il accuse par ailleurs les forces burundaises, « armées et soutenues par le régime de Kinshasa », de « s’en prendre aux populations tutsi Banyamulenge dans la région de Minembwe ».
Kanyuka a appelé les populations « à demeurer calmes » et a exigé « le retrait immédiat et sans condition des forces burundaises du Grand Kivu ».
Renforts militaires observés côté burundais
Vendredi, des journalistes de SOS Médias Burundi ont observé plusieurs blindés de l’armée burundaise et de la PNB ( Police nationale du Burundi) se dirigeant vers la frontière congolaise, dans la région de Cibitoke, au nord‑ouest du Burundi, où un obus a d’ailleurs explosé le même jour, blessant un enfant de 12 ans et semant la panique parmi les résidents.
À Washington, le président Ndayishimiye réagit
En marge des discussions tenues à Washington, où il assistait en tant qu’observateur, le président burundais Évariste Ndayishimiye a déclaré :
« Le Burundi a un grand rôle à jouer »,
ajoutant qu’il espère qu’il est possible « d’arriver à une paix durable et à la stabilisation de la région »._______________________________________________
Photo : un soldat burundais en position avec une arme d’équipe. L’armée burundaise est actuellement visée par des accusations de violations des droits humains, rapportent plusieurs organisations©DR/SOS Médias Burundi
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