« Nous voulons rentrer » : à Cishemere, des enseignants congolais abandonnés à l’approche de la rentrée
SOS Médias Burundi
Cibitoke, 27 août 2026 — À l’approche de la rentrée scolaire prévue début septembre, des enseignants congolais réfugiés au centre de transit de Cishemere, dans la commune frontalière de Cibitoke, en province de Bujumbura, dans l’ouest du Burundi, demandent aux autorités compétentes, au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et à l’Office national de protection des réfugiés (ONPRA) de faciliter leur retour volontaire en République démocratique du Congo (RDC). Après près de neuf mois de précarité et d’incertitude, certains affirment vouloir retrouver leurs familles et reprendre leurs postes dans les établissements scolaires où ils enseignaient avant leur déplacement.
La demande est notamment portée par le Syndicat des Enseignants de Carrière (SEC). Dans une déclaration syndicale, l’organisation affirme que plusieurs enseignants réfugiés souhaitent regagner leur pays pour retrouver leurs familles, mais également reprendre leurs fonctions dans les établissements scolaires où ils exerçaient avant leur déplacement.
Selon le SEC, certains enseignants concernés auraient déjà reçu des invitations ou des documents les appelant à reprendre leur service en RDC. Pour ces professionnels de l’éducation, le retour ne constitue donc pas seulement un souhait personnel : il est également lié à leurs obligations professionnelles et à la nécessité de préserver leur carrière.
Le syndicat appelle ainsi le HCR et l’ONPRA à examiner avec diligence les dossiers des enseignants qui souhaitent rentrer et à faciliter les démarches administratives nécessaires à leur retour.
Le SEC demande également qu’un accompagnement approprié soit accordé aux enseignants disposant de documents officiels de reprise de service, afin qu’ils puissent regagner leurs zones d’origine dans des conditions sûres et dignes.
Neuf mois dans la précarité
Derrière cette revendication se trouve également une réalité humanitaire difficile.
Sous couvert d’anonymat, un enseignant se trouvant au centre de transit de Cishemere affirme y avoir passé près de neuf mois dans des conditions qu’il décrit comme particulièrement éprouvantes.
«« Cela fait neuf mois que je suis ici. Nous avons traversé beaucoup de souffrances. Il y a eu la faim, des difficultés pour accéder aux soins de santé et des conditions de vie qui deviennent de plus en plus précaires. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai même pas encore obtenu mon statut de réfugié au centre », témoigne-t-il.»
Selon lui, l’incertitude administrative vient s’ajouter aux difficultés quotidiennes. Il souhaite désormais rentrer chez lui, à Luvungi, dans le Sud-Kivu, retrouver sa famille et surtout reprendre son poste d’enseignant.
«« Je veux rentrer chez moi, retrouver ma famille et reprendre mon travail. Je suis enseignant et je veux retourner à mon poste. Je ne souhaite pas rester indéfiniment dans ces conditions alors que mon pays et mon établissement ont besoin de moi », ajoute-t-il.»
Son témoignage illustre le dilemme auquel sont confrontés certains fonctionnaires congolais déplacés : rester dans un environnement où les conditions humanitaires restent difficiles ou chercher à rentrer dès que les conditions de sécurité et les procédures administratives le permettent.

Le centre de transit de Kavimvira, dans le territoire d’Uvira, au Sud-Kivu, où transitent des demandeurs d’asile burundais et des rapatriés congolais. © SOS Médias Burundi
La rentrée scolaire approche
La question devient d’autant plus urgente que l’année scolaire approche.
À quelques jours du début annoncé des activités scolaires, plusieurs enseignants ayant fui les violences dans l’est de la RDC se trouvent encore au Burundi, tandis que leurs établissements d’origine se préparent à reprendre les cours.
Le déplacement forcé a également lourdement perturbé la scolarité de nombreux enfants congolais ayant fui vers le Burundi. Pour ces familles, le retour éventuel des enseignants pourrait donc représenter non seulement une reprise professionnelle, mais aussi une étape importante vers la normalisation de la vie scolaire dans les zones de retour.
Pour les enseignants, la rentrée scolaire constitue ainsi un facteur supplémentaire d’urgence. Ils souhaitent retrouver leurs postes et éviter une interruption prolongée de leur carrière.
Des retours volontaires déjà engagés
La crise dans l’est de la RDC a entraîné le déplacement de plus d’un million de Congolais vers les pays voisins. Le HCR indique que le Burundi a enregistré un important afflux de réfugiés congolais, estimés à plus de 100 000 à ce jour, tandis que des mouvements de retour volontaire vers la RDC sont désormais en cours.
La demande des enseignants de Cishemere intervient alors que le processus de rapatriement volontaire assisté a déjà commencé pour des réfugiés congolais installés sur le site de Busuma, dans l’est du Burundi, à destination du centre de transit de Kavimvira, dans le territoire d’Uvira, au Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, avant leur retour vers leurs zones d’origine.
Le HCR avait alors rappelé que les retours devaient être volontaires, sûrs et dignes.
Dans les centres de transit comme Cishemere, l’attente demeure cependant une préoccupation pour les réfugiés qui souhaitent rentrer. Le HCR a déjà signalé une diminution de la population dans certains centres de transit, notamment Cishemere et Makombe, dans le sud-ouest du Burundi, sous l’effet de retours spontanés et de mouvements de retour vers la RDC.
Des dossiers toujours en attente
Pour les enseignants, cette situation prend une dimension particulière à l’approche de la rentrée scolaire.
Ils souhaitent que leurs dossiers soient traités en tenant compte de leurs responsabilités professionnelles et des documents dont certains disposent déjà pour reprendre leur service.
Le SEC appelle ainsi les autorités compétentes, le HCR et l’ONPRA à faciliter les démarches nécessaires afin que les enseignants qui souhaitent rentrer puissent le faire dans des conditions sécurisées.
Au-delà de leur situation personnelle, ces enseignants estiment que leur retour pourrait contribuer à répondre aux besoins du système éducatif dans leurs communautés d’origine, alors que plusieurs établissements scolaires de l’est de la RDC se préparent à reprendre leurs activités.
« Nous voulons reprendre la craie »
À Cishemere, l’attente reste donc particulièrement difficile pour ces professionnels de l’éducation.
Après plusieurs mois passés loin de leurs familles et de leurs salles de classe, ils souhaitent désormais pouvoir rentrer, reprendre leur travail et reconstruire leur vie dans leurs communautés d’origine.
À l’approche de la rentrée scolaire, leur message est clair : ils veulent rentrer, retrouver leurs familles et reprendre la craie dans leurs salles de classe.
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Photo : Des réfugiés au milieu de maisons de fortune construites en bâches dans le site de transit de Cishemere, où des enseignants congolais réfugiés demandent à pouvoir rentrer volontairement en RDC afin de retrouver leurs familles et reprendre leurs postes à l’approche de la rentrée scolaire. © SOS Médias Burundi
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