Bujumbura : 5 000 francs pour rouler, les chauffeurs de « canga canga » dénoncent le racket

Bujumbura : 5 000 francs pour rouler, les chauffeurs de « canga canga » dénoncent le racket

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 16 septembre 2026 — Dans la capitale économique burundaise, où sont concentrées les principales activités commerciales et une grande partie des services du pays, la pénurie persistante de carburant continue de perturber les déplacements. Les taxis collectifs, communément appelés « canga canga », se présentent comme une solution de fortune pour des milliers d’habitants confrontés à la rareté des bus. Mais pour plusieurs chauffeurs, cette activité s’accompagne également de tensions avec la police et de paiements informels qu’ils dénoncent.

Dans plusieurs parkings du centre-ville, des policiers sont chargés de réguler la circulation et le transport. Avec la raréfaction des bus, de nombreux conducteurs de taxis se regroupent toutefois pour transporter plusieurs passagers à la fois et partager les frais. Une pratique qui permet à des habitants disposant de moyens limités de rejoindre leurs lieux de travail ou leurs domiciles à un coût inférieur à celui d’une course individuelle.

La situation s’est compliquée avec l’intervention des autorités contre les voitures particulières utilisées pour transporter des passagers. Ces véhicules ne sont pas autorisés à exercer comme moyens de transport public, les propriétaires étant censés les utiliser pour leurs déplacements personnels, notamment les « affaires et promenades ».

Des chauffeurs accusent la police

Des chauffeurs rencontrés dans la capitale affirment être régulièrement chassés de certains endroits par des policiers qui leur reprochent de stationner à des emplacements interdits.

Selon plusieurs témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, certains conducteurs doivent verser au moins 5 000 francs burundais par véhicule pour pouvoir poursuivre leur activité sans être inquiétés. Ceux qui refusent de payer s’exposent, selon ces témoignages, à la confiscation de leurs documents d’immatriculation et à des amendes, notamment lors des contrôles de la Police spéciale de roulage (PSR).

« On nous demande de l’argent pour nous laisser travailler. Si tu ne paies pas, on prend tes documents », témoigne un chauffeur sous couvert d’anonymat.

Ces accusations, si elles sont confirmées, s’apparentent à un système de prélèvements informels qui pèse directement sur les conducteurs et, par conséquent, sur les passagers.

Une passagère à bord d’un taxi « canga canga » à Bujumbura, dans un contexte de pénurie persistante de carburant. SOS Médias Burundi

Les passagers paient la facture

Dans un contexte où les transports publics sont déjà insuffisants, chaque dépense supplémentaire se répercute sur le prix demandé aux usagers.

Les habitants passent parfois plusieurs heures à attendre un bus. Les « canga canga » représentent alors l’une des rares alternatives pour ceux qui doivent impérativement se déplacer. Mais la hausse des coûts de fonctionnement et les paiements informels dénoncés par certains chauffeurs contribuent à renchérir le transport.

Des habitants déplorent également que des particuliers qui tentent de transporter gratuitement des personnes bloquées soient empêchés de le faire, alors que la pénurie de moyens de transport touche une grande partie de la population.

Une crise qui dure

Cette situation intervient alors que le Burundi traverse depuis plusieurs années des difficultés récurrentes d’approvisionnement en carburant. La crise affecte directement les transports, mais aussi les prix des biens et services et les activités économiques.

À Bujumbura, les files d’attente devant les stations-service et la rareté des bus ont profondément modifié les habitudes de déplacement. Pour de nombreux habitants, trouver un moyen de transport est devenu une épreuve quotidienne.

Dans ce contexte, les chauffeurs de « canga canga » estiment contribuer à réduire les difficultés des citadins. Ils demandent aux autorités une réglementation claire leur permettant d’exercer leur activité dans le respect des règles, sans avoir à subir, selon eux, des paiements informels.

La question reste désormais de savoir comment les autorités peuvent concilier le contrôle du transport public, la lutte contre les pratiques illégales et le besoin urgent de mobilité d’une population confrontée à une pénurie persistante de carburant.

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Photo : Un homme range des affaires dans le coffre arrière d’un taxi « canga canga » à Bujumbura, sur fond de pénurie de carburant. SOS Médias Burundi

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