Burundi : « vigilance », surveillance, commandos… les Imbonerakure se mobilisent à Buhumuza avant 2027

Burundi : « vigilance », surveillance, commandos… les Imbonerakure se mobilisent à Buhumuza avant 2027

SOS Médias Burundi

Buhumuza, 30 septembre 2026 — À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les responsables de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure, multiplient les rassemblements et les appels à la mobilisation dans plusieurs communes de la province de Buhumuza, dans l’est et le nord-est du Burundi. Les jeunes sont notamment appelés à renforcer leur engagement, à rester « vigilants » dans leurs milieux de vie et à participer à la sécurisation de leurs communautés.

À Ruyigi, Cankuzo et Muyinga, les responsables du parti au pouvoir insistent sur la nécessité pour les jeunes de rester mobilisés et attentifs à ce qui se passe dans leurs quartiers et sur leurs collines. Ces activités se sont particulièrement intensifiées en septembre, pendant la période de vacances parlementaires.

Des appels à une mobilisation accrue

À Butihinda, le député Shabani Nimubona a appelé les jeunes à se mobiliser davantage et à « montrer la différence ». À Butaganzwa, le même discours a été accompagné d’un appel à « conjuguer le verbe », une expression utilisée pour encourager les militants à passer davantage à l’action.

À Ruyigi, Ferdinand Bandiyimisi, responsable provincial de la ligue des jeunes du CNDD-FDD à Buhumuza, a notamment critiqué la faible participation de certains jeunes aux activités du parti. Il a qualifié certains d’entre eux de « fainéants » et leur a reproché de passer leur temps dans les bars à boire de la bière locale plutôt que de participer aux activités politiques.

Les responsables insistent également sur la vigilance dans les quartiers et sur les collines. Les jeunes sont encouragés à signaler les situations jugées préoccupantes et à rester attentifs à leur environnement. Certains appels évoquent également la nécessité de « se surveiller les uns les autres ».

Ces consignes suscitent des interrogations sur les limites du rôle d’une organisation de jeunesse affiliée à un parti politique dans les questions liées à la sécurité, alors que le maintien de l’ordre relève officiellement des institutions compétentes.

Des Imbonerakure déjà associés aux activités de sécurité

Les autorités burundaises reconnaissent depuis plusieurs années la participation des Imbonerakure à certaines activités liées à la sécurité. Les hautes autorités, à commencer par le président Évariste Ndayishimiye et les responsables du CNDD-FDD, ancienne rébellion hutu devenue le parti au pouvoir en 2005 dans le cadre du processus issu de l’Accord d’Arusha signé en août 2000, présentent notamment les jeunes du parti comme participant à la sécurisation des frontières aux côtés de l’armée ainsi qu’aux rondes nocturnes dans les quartiers et sur les collines aux côtés des policiers.

Les autorités rejettent toutefois les accusations faisant état d’implication des Imbonerakure dans des violations des droits humains et mettent en avant leur contribution à la paix, à la sécurité et au développement.

Des organisations de défense des droits humains et des rapports internationaux ont, de leur côté, documenté au fil des années des cas d’implication de membres des Imbonerakure dans des arrestations, des actes d’intimidation, des violences et d’autres abus. Ces organisations contestent notamment le rôle de sécurité assumé par certains jeunes du parti en dehors des structures officielles de l’État.

Le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, et le chef d’état-major général de la FDNB, le général Prime Niyongabo, arrivent à Kigarika, en commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza, sous l’escorte d’un important dispositif sécuritaire. © SOS Médias Burundi

Kigarika, un centre de formation

La question de l’implication des jeunes affiliés au parti au pouvoir dans les questions de sécurité intervient alors que leur présence dans des structures de formation paramilitaire est devenue plus visible.

Le 3 septembre dernier, Évariste Ndayishimiye s’est rendu à Kigarika, en commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza, où 231 membres de la première promotion de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD) ont reçu leurs bérets après trois mois de formation.

L’ancien centre public de multiplication des semences de Kigarika est désormais utilisé comme centre de formation. Les enseignements dispensés comprennent notamment des techniques de combat.

Ndayishimiye veut transformer les Imbonerakure en « commandos »

La mobilisation actuelle intervient quelques semaines après une déclaration du président Évariste Ndayishimiye qui a relancé le débat sur le rôle sécuritaire des Imbonerakure.

Le 29 août, lors de la 10e édition de la Journée des Imbonerakure organisée au stade Ingoma de Gitega, la capitale politique du Burundi, le chef de l’État a déclaré vouloir transformer les jeunes du parti en « commandos ». Il a notamment affirmé : « Nous voulons que tout citoyen burundais soit militaire », avant d’assurer que le Burundi était « bien protégé ».

Le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a lui aussi appelé à renforcer les capacités de mobilisation et de vigilance des Imbonerakure.

Ces déclarations interviennent alors que le pays se prépare progressivement à l’élection présidentielle de 2027. Le CNDD-FDD a déjà désigné Évariste Ndayishimiye comme candidat à cette échéance.

Des inquiétudes dans certaines communautés

Dans plusieurs communes de Buhumuza, des habitants et des personnes présentées comme proches de l’administration communale s’interrogent sur la multiplication des discours appelant les jeunes affiliés au parti au pouvoir à participer à la surveillance et à la sécurité.

Certains craignent que ces appels ne favorisent des tensions ou des règlements de comptes à l’approche des élections. Des jeunes interrogés dans la région disent pour leur part ne pas vouloir être impliqués dans des affrontements et affirment préférer quitter le pays plutôt que de participer à des confrontations politiques.

Le Burundi a connu des violences politiques récurrentes depuis les années 1990. Dans ce contexte, les appels à la vigilance, à la surveillance et à la militarisation de la jeunesse interviennent dans une période électorale particulièrement sensible.

Les autorités continuent de présenter les Imbonerakure comme des jeunes engagés dans la protection de la paix, la sécurité et le développement du pays, tandis que les organisations de défense des droits humains maintiennent leurs accusations concernant certains abus. La déclaration présidentielle sur leur transformation en « commandos » ajoute une nouvelle dimension au débat sur leur rôle dans la société burundaise.

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Photo : Le député Shabani Nimubona lors d’une démonstration de force des Imbonerakure à Muyinga, dans la province de Buhumuza, au nord-est du Burundi. Il a récemment demandé aux jeunes affiliés au CNDD-FDD de renforcer leur mobilisation et de « montrer la différence » à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. © SOS Médias Burundi

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