Gatumba : crise humanitaire et violences policières au centre de transit des réfugiés congolais

Gatumba : crise humanitaire et violences policières au centre de transit des réfugiés congolais

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 19 décembre 2025 – La tension a brusquement monté dans la soirée du jeudi 18 décembre 2025 au centre de transit de Gatumba, au Burundi. Dans la cour de la brigade de police, où plus de 25 000 réfugiés congolais sont installés, plusieurs d’entre eux ont été violemment tabassés et arbitrairement détenus par les forces de l’ordre, provoquant plusieurs blessés et au moins un mort, selon des témoignages recueillis sur place.

Les incidents seraient survenus alors que les réfugiés refusaient d’être transférés vers d’autres camps, craignant d’y subir des conditions similaires à celles qu’ils dénoncent actuellement. La majorité réclame un retour volontaire vers la République démocratique du Congo (RDC).

Des réfugiés affirment être retenus de force à l’intérieur du centre et subir des violences à coups de bâtons et de fouets lors de l’intervention policière

« Ce jeudi, ils nous ont fouettés et frappés parce que nous refusons d’aller dans des camps où nous subirons les mêmes conditions que celles que nous vivons ici », raconte un réfugié sous couvert d’anonymat.

« Nous sommes enfermés ici. Nous ne pouvons ni sortir ni aller à l’hôpital. Nous demandons simplement qu’on nous laisse rentrer chez nous. Même si la frontière devait rester fermée longtemps, qu’on nous l’ouvre au moins pour que nous puissions revenir et échapper à ces conditions. »

D’autres réfugiés expliquent que toute tentative de quitter le centre se solde par un refoulement immédiat vers l’intérieur du site.

Une crise humanitaire alarmante

Ces réfugiés, arrivés au Burundi depuis moins de deux semaines, ont fui les affrontements entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 dans l’est de la RDC. Ils sont originaires de Luvungi, Sange, Kiliba, Uvira et Makobola.

Depuis leur installation à Gatumba, non loin de la frontière avec la RDC, ils dénoncent une famine extrême, l’absence d’eau potable, de médicaments et de produits d’hygiène. Les rations alimentaires sont largement insuffisantes.

« On nous donne seulement un kilo de haricots pour tout un mois. C’est impossible de survivre ainsi », témoigne Daniel*, réfugié originaire de Kiliba.
« Les enfants ont constamment faim. »

À cette situation s’ajoute une épidémie de choléra. Selon des sources locales, plus de 47 cas auraient été enregistrés en une seule semaine.

Le ministère burundais de la Santé reconnaît officiellement avoir répertorié 46 cas de choléra parmi les réfugiés à Gatumba.

« Les malades meurent faute de soins », confie Suzanne, réfugiée venue d’Uvira.

« Nous n’avons ni médicaments ni eau propre. La peur est permanente. »

Patrick, réfugié de Luvungi, explique avoir tenté de rentrer en RDC via la Tanzanie et le Rwanda :

« À l’ambassade, on m’a demandé d’abord une carte consulaire à 25 dollars, puis 50 dollars pour un document tenant lieu de passeport. Je n’ai pas cet argent. J’ai fui sans rien, je n’ai même pas de quoi manger. »

Appel à l’action des organisations de la société civile

Face à cette situation, plusieurs organisations de la société civile congolaise ont lancé un cri d’alerte, appelant à une solidarité nationale et internationale.

Elles exigent :

le déploiement urgent d’une mission humanitaire congolaise ;

l’ouverture d’un couloir humanitaire sécurisé pour permettre un retour volontaire et digne des réfugiés ;

une enquête indépendante sur les exactions présumées de la police burundaise ;

une intervention internationale immédiate pour endiguer l’épidémie de choléra.

Contexte régional

Ces réfugiés ont fui après la prise d’Uvira par le M23 le 9 décembre 2025, une ville située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale.

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle désormais plusieurs territoires stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que leurs chefs-lieux depuis le début de l’année. Kinshasa accuse Kigali de le soutenir militairement, tandis que le Rwanda dénonce un appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe hutu armé impliqué dans le génocide contre les Tutsis en 1994.

Ces accusations croisées persistent malgré l’accord de Washington, tandis que Kigali continue de nier tout soutien direct au M23 et qualifie de « d’impostures » les rapports des experts onusiens, qui estiment entre 5 000 et 7 000 le nombre de militaires rwandais aux côtés des rebelles.

Par ailleurs, le M23 est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la CENI congolaise, qui plaide pour un État fédéral en RDC. Le Burundi a de son côté déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo alliées au gouvernement congolais.

En moins d’un mois, la petite nation de l’Afrique de l’Est a déjà accueilli plus de 70 000 réfugiés congolais fuyant les violences dans l’est du Congo.

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Photo : un policier surveille l’enregistrement au camp de Gatumba. Le 18 décembre, des réfugiés ont été violemment attaqués par la police, faisant au moins un mort. © SOS Médias Burundi

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