Rumonge : un homme arrêté pour avoir filmé des militaires burundais en déroute du Sud-Kivu
SOS Médias Burundi
Rumonge, 19 décembre 2025 –Un homme dont l’identité n’a pas été révélée a brièvement été interpellé ce jeudi au centre de la ville portuaire de Rumonge, dans le sud-ouest du Burundi, pour des soupçons d’espionnage.
Selon des témoins rencontrés dans la ville, l’individu aurait été surpris en train de photographier des militaires burundais qui circulaient dans les rues. Ces soldats, visiblement très épuisés, se trouvaient dans un état inhabituel : certains étaient vêtus d’uniformes incomplets, usés et parfois similaires à ceux portés par des rebelles, ce qui aurait attiré l’attention des passants.
Des sources policières indiquent que le suspect serait parmi les responsables de l’Église catholique dans la région. Il a été conduit devant un officier de police judiciaire (OPJ) pour interrogatoire avant d’être remis en liberté, aucune charge n’ayant pu être retenue contre lui.
Les autorités militaires locales rappellent cependant qu’il est strictement interdit de filmer ou de photographier les soldats burundais qui arrivent actuellement du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, où ils ont été récemment mis en déroute après de violents affrontements contre le mouvement rebelle M23.
Selon des sources militaires contactées à Rumonge, les soldats burundais qui regagnent actuellement le pays arrivent principalement par les zones lacustres de Baraka et Mboko, au bord du lac Tanganyika. Leur retour fait suite à la prise d’Uvira par le M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, un événement qui a coupé l’axe terrestre habituellement utilisé par les militaires burundais pour rentrer au pays.
Ces soldats, déployés au Sud-Kivu depuis plusieurs mois aux côtés de l’armée congolaise (FARDC) et des groupes supplétifs dits Wazalendo, ont été contraints de battre en retraite après des défaites et pertes dans la province du Sud-Kivu, frontalière avec le Burundi, notamment dans la plaine de la Ruzizi. Les militaires concernés par l’opération à Rumonge étaient postés dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu avant de regagner le Burundi, suite à la décision des autorités burundaises de rapatrier toutes les troupes jusqu’ici déployées en RDC. Selon certains militaires, deux bataillons restent encore bloqués dans les hauteurs surplombant Uvira, incapables pour l’instant de rejoindre les positions burundaises.
La présence de ces militaires dans les rues de Rumonge et dans plusieurs quartiers du centre urbain suscite l’inquiétude d’une partie de la population locale. Des habitants demandent aux autorités que les soldats soient regroupés dans un camp militaire, afin d’éviter toute perturbation de l’ordre public dans cette ville déjà sous pression.
Contexte régional tendu
Depuis sa réactivation en 2021, le mouvement rebelle M23, composé majoritairement de Tutsi congolais, a étendu son contrôle sur plusieurs agglomérations stratégiques du Nord et du Sud-Kivu, dont Uvira. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le groupe rebelle, tandis que le Rwanda nie ces accusations et réplique en dénonçant un appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, une milice hutu rwandaise impliquée dans le génocide des Tutsis de 1994.
Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre dernier sous médiation américaine, censé amorcer une désescalade régionale, la situation reste explosive. Kigali continue de rejeter le rapport des experts des Nations-Unies, qualifiés « d’imposteurs », un document affirmant la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés du M23 sur le sol congolais.
Le M23 est désormais fusionné au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile au gouvernement de Félix Tshisekedi et dirigé par l’ancien président de la Commission électorale congolaise, Corneille Nangaa, qui plaide pour un État fédéral en RDC.
Le Burundi avait déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu, avant de décider leur retrait progressif après ces défaites militaires successives.
Impact au Burundi
Depuis début décembre, plus de 70 000 réfugiés congolais, parmi lesquels des civils, des militaires et des miliciens, ont traversé la frontière pour rejoindre le Burundi. Cet afflux, combiné au repli des troupes burundaises, exerce une forte pression sur les infrastructures locales à Rumonge et dans la province de Burunga.
Les autorités burundaises doivent désormais faire face à un double défi :
d’une part, gérer l’urgence humanitaire, notamment la prévention du choléra dans les sites d’accueil ; de l’autre, contenir les enjeux sécuritaires liés au retour de soldats déployés dans une guerre régionale complexe.
Les militaires reçus à Rumonge sont ensuite transférés vers Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées l’administration centrale et les agences des Nations-Unies.
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Photo : deux militaires, récemment rapatriés de la RDC via le lac Tanganyika, à Rumonge. Un responsable de l’église catholique a été brièvement interpellé pour avoir pris des photos des soldats. SOS Médias Burundi
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