Burundi : à Busuma, plus de 33 000 réfugiés congolais menacés par les pluies dans des abris délabrés

Burundi : à Busuma, plus de 33 000 réfugiés congolais menacés par les pluies dans des abris délabrés

SOS Médias Burundi

Busuma, 15 octobre 2026 — Alors que la saison des pluies a commencé, occasionnant des dégâts humains et matériels dans certaines régions du Burundi, les réfugiés congolais de Busuma, dans la commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, à l’est du pays, redoutent une aggravation de leurs conditions de vie. Plus de 33 000 personnes vivent encore dans des abris précaires, notamment sous des bâches usées qui risquent de ne pas résister aux fortes précipitations. Neuf mois après leur arrivée massive, les familles craignent de voir leurs maigres biens endommagés par les infiltrations d’eau et leurs abris emportés ou détériorés par le vent.

Le site de Busuma a été aménagé en décembre 2025 pour accueillir les Congolais qui fuyaient les violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). En quelques mois, il a reçu environ 65 000 personnes. Cet afflux massif a rapidement dépassé les capacités d’accueil disponibles. Des familles ont été installées dans des hangars collectifs, tandis que d’autres ont reçu des bâches pour se protéger des intempéries.

Plusieurs mois après leur installation, les conditions d’hébergement restent préoccupantes. Certaines bâches, exposées au soleil, au vent et à la poussière, commencent à se détériorer. Elles offrent une protection limitée contre le froid et pourraient ne pas résister aux fortes précipitations.

Pour les familles qui vivent dans ces abris de fortune, les pluies représentent une nouvelle source d’angoisse, notamment pour les enfants, les personnes âgées et les autres personnes vulnérables.

« La nuit, nous avons beaucoup froid »

Shukuru, un réfugié congolais installé à Busuma avec sa famille, décrit un quotidien marqué par le froid, les rafales de vent et l’incertitude. Avec l’arrivée des pluies, il redoute que leur abri ne puisse plus les protéger.

« Nous vivons dans une bâche depuis plusieurs mois. Les conditions sont très difficiles, surtout pendant la nuit. Quand il fait froid, nous avons beaucoup de difficultés à dormir. Le vent entre facilement et parfois nous sommes obligés de nous réveiller pour vérifier si notre abri tient toujours », témoigne-t-il.

L’état des bâches constitue désormais une source d’inquiétude supplémentaire. Après plusieurs mois d’exposition aux intempéries, certaines ne semblent plus offrir une protection suffisante.

« Certaines bâches commencent à être vieilles. Elles ont déjà supporté plusieurs mois de soleil, de vent et de poussière. Maintenant, la saison des pluies est là et nous avons peur de ce qui pourrait arriver lorsqu’il y aura de fortes précipitations. Nous ne savons pas si nos abris pourront résister », explique Shukuru.

Le réfugié s’inquiète particulièrement des conséquences que les infiltrations d’eau pourraient avoir sur les familles, qui disposent de peu de biens pour faire face à une telle situation. Il appelle le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à maintenir son soutien malgré les contraintes financières.

« Quand il pleut beaucoup, nous craignons que l’eau entre dans les abris. Nous avons nos vêtements, nos couvertures et quelques biens à l’intérieur. Si tout est mouillé, nous ne savons pas comment nous allons faire. Nous demandons au HCR de continuer à penser à nous et de voir comment il peut nous prévenir, même avec les difficultés financières auxquelles il est confronté », plaide-t-il.

Des pluies qui aggravent les inquiétudes

Les inquiétudes des réfugiés interviennent dans un contexte de prévisions météorologiques annonçant une saison des pluies potentiellement abondante au Burundi.

Selon les prévisions saisonnières attribuées à l’Institut géographique du Burundi (IGEBU), la saison culturale de septembre à décembre 2026 pourrait enregistrer des précipitations supérieures à la normale climatique, avec des cumuls annoncés entre 400 et 450 millimètres. Les premières pluies significatives étaient attendues progressivement à partir de la fin septembre et du début octobre dans plusieurs régions du pays.

Sur un site situé en zone montagneuse, les fortes pluies peuvent compliquer davantage les conditions de vie des personnes hébergées dans des installations temporaires. Les risques d’infiltration d’eau, de ruissellement et de détérioration des abris s’ajoutent aux difficultés liées au froid et à l’accès aux services essentiels.

Alors que les pluies ont déjà occasionné des dégâts humains et matériels dans certaines régions du Burundi, les réfugiés de Busuma craignent que leurs abris ne puissent pas les protéger suffisamment. Une détérioration supplémentaire des bâches pourrait exposer les familles à des conditions encore plus difficiles.

Pour ces personnes déplacées, l’urgence est désormais de disposer d’abris capables de résister aux intempéries et de protéger leurs familles ainsi que le peu de biens qu’elles possèdent.

L’aide humanitaire confrontée à des difficultés financières

La précarité des conditions d’hébergement à Busuma s’inscrit également dans un contexte de réduction des financements humanitaires. Le HCR au Burundi fait face à des contraintes financières qui affectent ses capacités opérationnelles et limitent les moyens disponibles pour répondre aux besoins des réfugiés.

La baisse de certains financements internationaux, notamment américains, est intervenue dans un contexte de réorientation de la politique d’aide extérieure des États-Unis après le retour de Donald Trump à la présidence en janvier 2025.

Ces difficultés financières peuvent entraîner des réductions d’effectifs et une limitation de certaines activités humanitaires. Elles surviennent alors que le nombre de personnes ayant besoin d’assistance demeure élevé et que les besoins en matière d’hébergement, de santé, d’alimentation et de protection restent considérables.

Pour les réfugiés de Busuma, ces contraintes ne diminuent toutefois ni l’urgence de leurs besoins ni leur vulnérabilité face aux intempéries. À mesure que les pluies se poursuivent, la capacité des organisations humanitaires à répondre aux besoins les plus pressants reste un enjeu majeur.

Une crise liée aux violences dans l’est de la RDC

L’arrivée massive de réfugiés congolais au Burundi s’explique par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, où les combats entre les forces gouvernementales congolaises et leurs alliés, d’une part, et la coalition AFC/M23, d’autre part, ont provoqué des déplacements massifs de population.

La coalition AFC/M23 avait pris le contrôle de Goma en janvier 2025, puis de Bukavu en février de la même année, bouleversant les équilibres politiques et sécuritaires dans la région.

Le lundi 12 octobre 2026, à Goma, les principaux dirigeants de cette coalition ont annoncé la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa en sont devenus vice-présidents. Cette réorganisation marque le remplacement de l’AFC par une nouvelle structure politique, selon les annonces faites à Goma.

Ce changement intervient alors que les conséquences humanitaires du conflit continuent de se faire sentir dans les pays voisins, notamment au Burundi, qui a accueilli des dizaines de milliers de Congolais ayant fui les violences.

Des retours, mais des besoins toujours importants

À partir d’avril 2026, des mouvements de retour vers la RDC ont commencé sur le site de Busuma. Le HCR, en collaboration avec les autorités burundaises et congolaises, a accompagné les réfugiés qui souhaitaient volontairement regagner leur pays.

Ces départs ont progressivement réduit la population du site, passée d’environ 65 000 personnes à plus de 33 000 aujourd’hui. Malgré cette diminution, les besoins restent importants en matière d’abris, d’eau, d’alimentation, de soins de santé et de protection.

Pour les familles qui demeurent à Busuma, l’arrivée de la saison des pluies ajoute une urgence supplémentaire à une situation humanitaire déjà difficile. Sur ce site montagneux, le vent et les fortes précipitations risquent d’affecter davantage les installations temporaires.

Face à cette situation, les réfugiés espèrent que leurs abris pourront être renforcés ou remplacés afin de leur permettre de traverser les prochains mois dans des conditions plus sûres. Pour des milliers de familles qui ont déjà fui les violences dans l’est de la RDC, l’enjeu est désormais de ne pas subir une nouvelle épreuve dans des abris incapables de les protéger contre les intempéries.

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Photo : Des réfugiés congolais, dont des femmes âgées et des enfants, devant des abris de fortune faits de bâches usées sur le site de Busuma, dans la commune de Ruyigi, province de Buhumuza, à l’est du Burundi. Plus de 33 000 réfugiés y vivent encore dans des conditions précaires et redoutent les fortes pluies et les rafales de vent. © SOS Médias Burundi

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