Burundi : l’ONPRA contraint les réfugiés à regagner les camps, leur survie sacrifiée au nom de la sécurité
SOS Médias Burundi
Musenyi, 20 octobre 2026 — Le coordonnateur de l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA), Richard Uwimana, poursuit sa tournée dans les camps du Burundi avec une exigence qui suscite colère et inquiétude : tous les réfugiés vivant à l’extérieur des camps doivent regagner leur lieu d’installation d’origine. Présentée par les autorités comme une mesure de sécurité, cette décision risque de priver de nombreuses familles de leurs principales sources de revenus, alors que l’aide humanitaire a considérablement diminué et que les rations alimentaires ne suffisent plus à couvrir leurs besoins essentiels.
Vendredi 16 octobre, au site de Musenyi, situé dans la commune de Musongati, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, Richard Uwimana a réitéré cette consigne devant des réfugiés. Le gouvernement entend renforcer l’encadrement et le contrôle de la population réfugiée dans un contexte de guerre et d’instabilité persistante dans la région des Grands Lacs.
Cette tournée intervient quelques jours après la présentation publique, par le porte-parole du ministère en charge de la Sécurité, de 13 personnes, dont une majorité de réfugiés banyamulenge, accusées d’espionnage au profit du Rwanda et de groupes armés opérant dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Les suspects ont été présentés menottés à des journalistes dans les locaux du Service national de renseignement (SNR), à Bujumbura, la capitale économique. Le porte-parole du ministère, Pierre Nkurikiye, avait notamment appelé les Burundais à surveiller les Banyamulenge et à ne plus leur louer de maisons.
Lire aussi : Burundi : le pouvoir expose 13 présumés espions et désigne les Banyamulenge à la vindicte.
Des proches des personnes présentées ont rejeté les accusations, qu’ils jugent injustes. Selon eux, les réfugiés concernés ont fui les combats dans les Hauts Plateaux de Minembwe, au Sud-Kivu, pour protéger leur vie et celle de leurs familles. Cette présentation publique a ravivé les craintes de stigmatisation au sein de la communauté banyamulenge, dont certains membres redoutent désormais d’être assimilés collectivement à une menace sécuritaire.

Une réfugiée congolaise tient son bébé dans ses bras dans un centre de transit situé à l’ouest du Burundi, non loin de la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC). © SOS Médias Burundi
Des familles privées de leurs moyens de subsistance
Dans les différents sites visités, l’appel au retour immédiat est accueilli défavorablement par des réfugiés qui dépendent d’activités économiques exercées à l’extérieur des camps pour nourrir leurs familles.
La diminution de l’aide humanitaire a aggravé les conditions de vie dans les sites d’installation. Les rations alimentaires sont jugées insuffisantes par de nombreuses familles. Pour compléter cette assistance, certains réfugiés se rendent à Bujumbura afin de faire du petit commerce, de travailler à la journée ou d’exercer d’autres activités génératrices de revenus.
Un réfugié du site de Musenyi, qui vend des vêtements à Bujumbura, déplore une mesure qui risque de le priver de sa principale source de revenus. Contacté par SOS Médias Burundi sous couvert d’anonymat, il explique que son commerce lui permet de nourrir ses proches restés au camp et de payer leurs soins médicaux.
« Mon commerce à Bujumbura, ce n’est pas du luxe, c’est ce qui aide ma famille restée au camp. Je me demande comment je vais vivre une fois retourné au camp. Là-bas, il n’y a pas de travail, il n’y a pas de clients », témoigne-t-il.
Il dénonce également une contradiction entre les appels à l’autonomisation lancés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’ONPRA et une mesure qui risque de priver les réfugiés des moyens de devenir autonomes.
« Les aides ont diminué. Comment allons-nous vivre dans le camp où le pouvoir d’achat est faible ? Si tout le monde retourne au camp, nous allons tous devenir dépendants d’une aide qui n’existe presque plus », s’inquiète-t-il.

Un camion de la Police nationale du Burundi (PNB) transporte des réfugiés congolais arrêtés dans un quartier de la région frontalière de Cibitoke, au nord-ouest du pays, pour les contraindre à regagner un site de réfugiés. Les autorités burundaises invoquent des impératifs de sécurité, tandis que cette mesure suscite des inquiétudes quant aux moyens de subsistance des familles concernées. © SOS Médias Burundi
La sécurité invoquée sur fond de conflit régional
Le réfugié conteste la justification sécuritaire avancée par les autorités. Selon lui, les personnes soupçonnées d’activités illégales doivent répondre individuellement de leurs actes, sans que l’ensemble de la population réfugiée soit pénalisé.
« Un réfugié qui vend des habits, qui cherche à nourrir sa famille, ce n’est pas une menace. Celui qui est appréhendé comme semeur de trouble, qu’il soit sanctionné selon la loi, et qu’on laisse les autres en liberté. On ne peut pas punir 160 000 personnes à cause de quelques soupçons », affirme-t-il.
Les inquiétudes sont renforcées par les arrestations qui ont visé ces dernières semaines des réfugiés congolais, notamment des Banyamulenge. Outre les 13 personnes récemment présentées à la presse, d’autres réfugiés ont été arrêtés au cours des deux dernières semaines dans des quartiers du nord et du sud de Bujumbura. Certains proches qualifient ces interpellations d’enlèvements et disent manquer d’informations sur le sort des personnes concernées.
Ces opérations se déroulent dans un contexte de tensions liées au conflit dans l’est de la RDC. Les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les milices Wazalendo ainsi que par des militaires burundais de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), combattent les rebelles du Front pour la refondation de la nation (FRN), qui a succédé à l’AFC/M23.
Dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila, le FRN est accusé d’avoir bénéficié du soutien du Rwanda, ce que Kigali dément. Au Sud-Kivu, le mouvement dispose notamment de l’appui de Twirwaneho, un groupe armé composé majoritairement de combattants issus de la minorité tutsi congolaise banyamulenge.
Dans ce contexte, les autorités burundaises soupçonnent certains réfugiés banyamulenge de collaborer avec les rebelles ou d’espionner pour le compte du Rwanda. Ces accusations visant des individus alimentent les craintes d’une suspicion généralisée à l’égard d’une communauté dont de nombreux membres ont fui les violences dans l’est de la RDC.
En septembre dernier, un groupe de réfugiés, en majorité banyamulenge, qui se trouvait à Gitega, la capitale politique du Burundi, a été renvoyé vers son camp d’origine.
Le Burundi accueille actuellement plus de 160 000 réfugiés, dont plus de 95 % sont des Congolais, selon les chiffres communiqués dans ce contexte.
Ces derniers mois, plusieurs milliers de réfugiés congolais, principalement installés sur le site de Busuma, dans la commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, ont choisi de retourner dans des régions du Sud-Kivu toujours en proie aux conflits armés, en raison de la dégradation de leurs conditions de vie.
Cette mesure, censée répondre à des impératifs de sécurité, risque ainsi d’aggraver la précarité de milliers de réfugiés déjà fragilisés par la baisse de l’aide humanitaire, en compromettant davantage leur autonomie et leurs chances de mener une vie digne.
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Photo : Des femmes et des enfants dans le camp de réfugiés de Busuma, à l’est du Burundi, où les conditions de vie difficiles poussent des milliers de réfugiés congolais à envisager le retour dans des régions du Sud-Kivu toujours en proie aux conflits armés. © SOS Médias Burundi
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