Burundi : Ndadaye assassiné, justice inachevée, présidentielle de 2027 contestée : le Frodebu hausse le ton
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 21 octobre 2026 — Trente-trois ans après l’assassinat de Melchior Ndadaye, premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, le parti Sahwanya Frodebu réclame toujours que tous les responsables de ce crime soient identifiés et condamnés. La formation politique annonce également qu’elle ne présentera pas de candidat à l’élection présidentielle de mai 2027, estimant que les garanties de transparence et d’inclusivité du processus électoral ne sont pas réunies.
À travers ces deux prises de position, le parti de l’ancien président met en cause, d’une part, une justice qu’il juge inachevée et, d’autre part, les conditions dans lesquelles la prochaine présidentielle doit se dérouler.
« Trente-trois ans viennent de se passer sans que la justice ne soit totalement rendue », a déclaré Phénias Niyigaba, vice-président du Sahwanya Frodebu.
Le parti reconnaît que le dossier judiciaire a connu des avancées, notamment avec la réouverture de l’affaire, des arrestations et des condamnations. Il estime toutefois que ces mesures restent insuffisantes tant que tous les auteurs et les commanditaires présumés de l’assassinat n’ont pas été identifiés et condamnés.
Le Frodebu affirme avoir déjà déposé une plainte dans cette affaire, sans obtenir de réponse qu’il juge satisfaisante. Il continue ainsi de réclamer que toute la lumière soit faite sur l’assassinat de son fondateur.
Ndadaye, symbole de la démocratie burundaise
Melchior Ndadaye, premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, était issu du parti Sahwanya Frodebu, qu’il avait fondé et qui avait remporté les élections de 1993.
Il a été assassiné le 21 octobre 1993, lors d’une tentative de coup d’État, moins de quatre mois après son arrivée au pouvoir. Il demeure une figure emblématique de la démocratie et de l’alternance politique au Burundi.
Son assassinat a plongé le pays dans une longue période de violences. Des massacres de populations tutsies ont suivi sa mort, avant que le Burundi ne sombre dans une guerre civile qui a fait plus de 300 000 morts, selon les Nations unies.
En 2020, la Cour suprême du Burundi a condamné à la prison à perpétuité 17 des 21 personnes poursuivies dans le dossier de l’assassinat de Ndadaye. Parmi les condamnés figuraient plusieurs anciens officiers supérieurs des ex-Forces armées burundaises (FAB), l’armée régulière du Burundi, alors dominée par la minorité tutsie.
L’intégration d’anciens combattants de mouvements armés à dominante hutue, dont le CNDD-FDD, aujourd’hui au pouvoir, dans les nouvelles structures de défense et de sécurité a été engagée dans le cadre du processus de paix consécutif à l’accord d’Arusha d’août 2000, conclu pour mettre fin à la guerre civile qui avait ravagé ce petit pays d’Afrique de l’Est.
Malgré les condamnations prononcées en 2020, le Sahwanya Frodebu considère que la justice reste incomplète tant que les responsabilités de toutes les personnes impliquées dans la préparation et l’exécution de l’assassinat n’ont pas été établies.

L’Église catholique dénonce les abus de pouvoir
À l’occasion de la commémoration, l’archevêque de Bujumbura, dans l’ouest du Burundi, région qui abrite la capitale économique où Melchior Ndadaye a été assassiné et inhumé, Mgr Gervais Banshimiyubusa, a appelé les responsables publics à exercer leurs fonctions avec humilité et sens des responsabilités. Il les a mis en garde contre les abus de pouvoir et le mépris envers les citoyens.
« Dieu nous a mis sur cette terre en tant que serviteurs qui doivent rendre un bon service aux autres. Celui qui se comporte autrement répondra de ses actes », a-t-il déclaré.
L’archevêque a également dénoncé le comportement de certains responsables à l’égard de la population.
« Il y en a qui n’ont pas peur de traiter des simples citoyens comme si c’étaient leurs propres animaux, en faisant d’eux tout ce qu’ils veulent. Cela, c’est interdit », a-t-il ajouté.
Ces déclarations interviennent alors que les questions de gouvernance, de respect des droits des citoyens et de responsabilité des dirigeants restent au cœur des débats au Burundi.
Le Frodebu refuse de présenter un candidat en 2027
Sur le terrain politique, le Sahwanya Frodebu a annoncé qu’il ne présenterait pas de candidat à l’élection présidentielle prévue en mai 2027.
La décision a été prise lors d’une réunion du Conseil national des délégués du parti, tenue le 10 octobre 2026. Elle a été rendue publique dans un communiqué signé par le président du parti, Patrick Nkurunziza.
La formation politique justifie ce choix par ses inquiétudes concernant la transparence et l’inclusivité du processus électoral. Elle redoute notamment que les irrégularités qu’elle dénonce lors des précédentes élections se reproduisent en 2027.
Le parti affirme que sa décision tient également compte de la situation générale du pays et des conditions dans lesquelles la prochaine présidentielle doit être organisée.
Il précise toutefois qu’il ne renonce pas à son engagement politique. Le Frodebu entend poursuivre ses activités et préparer ses membres aux élections législatives et aux élections des conseillers communaux prévues en 2030.
La justice et la crédibilité électorale en question
Trente-trois ans après l’assassinat de Melchior Ndadaye, le Sahwanya Frodebu continue de réclamer que toutes les responsabilités soient établies dans ce dossier. En refusant de présenter un candidat à la présidentielle de 2027, il exprime aussi ses réserves sur les garanties offertes par le processus électoral.
La commémoration du 21 octobre remet ainsi au premier plan deux questions majeures pour l’avenir politique du Burundi : la lutte contre l’impunité et la tenue d’élections crédibles.
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Photo : Le Monument des martyrs à Bujumbura lieu de repos de Melchior Ndadaye et des officiels assassinés avec lui. © SOS Médias Burundi
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