Burundi : la PARCEM accuse le pouvoir de verrouiller l’importation des engrais au profit d’une poignée de privilégiés

Burundi : la PARCEM accuse le pouvoir de verrouiller l’importation des engrais au profit d’une poignée de privilégiés

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 23 octobre 2026 — L’organisation burundaise Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (PARCEM) dénonce les conditions d’importation des engrais chimiques récemment annoncées par le gouvernement. Son directeur national, Faustin Ndikumana, craint que les nouvelles mesures ne remplacent le monopole existant par un système réservé à quelques privilégiés, au détriment de la concurrence et de l’investissement.

Dans un communiqué publié mercredi 21 octobre, le ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage a précisé les conditions d’importation des intrants agricoles. Les opérateurs intéressés doivent notamment adresser une lettre au ministère pour indiquer le type d’intrants concernés, les quantités souhaitées et le pays d’origine.

Les produits concernés comprennent notamment le DAP, l’urée ainsi que des engrais comparables à ceux de FOMI (Fertilisants Organo-Minéraux Industries), commercialisés sous les appellations Imbura, Bagara et Totahaza. En revanche, l’importation d’engrais liquides n’est pas autorisée.

Le ministère a également prolongé jusqu’au samedi 24 octobre le délai de paiement du solde des engrais. La distribution des quantités déjà payées doit commencer lundi 26 octobre.

Réagissant à ces mesures jeudi 22 octobre, Faustin Ndikumana s’inquiète de voir l’importation des engrais réservée à un petit groupe d’opérateurs privilégiés. Il craint que le gouvernement ne remplace le monopole actuel par un système contrôlé par quelques personnes, sans garantir une véritable ouverture du marché.

Des cultivateurs dans un marais de la province de Gitega, au centre du Burundi, dénoncent le manque de fertilisants FOMI pour la saison culturale C. Une situation qui fait craindre une baisse des récoltes et une aggravation de l’insécurité alimentaire. © SOS Médias Burundi

Le responsable de la PARCEM s’interroge notamment sur les critères de sélection, dont la superficie des terres possédées par les candidats. Il estime que les opérateurs économiques disposant d’une expérience dans ce domaine devraient également pouvoir participer à l’importation.

Selon lui, limiter l’accès à une poignée d’acteurs risque de perpétuer les dysfonctionnements du système actuel plutôt que de les corriger. Il dénonce une « économie de rente » susceptible de concentrer les avantages économiques entre les mains d’un cercle restreint de personnes.

Faustin Ndikumana avertit également qu’un tel dispositif pourrait décourager les investisseurs et favoriser les pratiques de corruption. Pour la PARCEM, l’accès à l’importation des engrais devrait reposer sur des critères transparents, objectifs et accessibles aux opérateurs capables de répondre aux besoins des agriculteurs.

Dans toutes les régions du Burundi, petit pays d’Afrique de l’Est, des agriculteurs se plaignent de ne pas recevoir les engrais commandés à temps, malgré des paiements effectués depuis plusieurs années. Certains dénoncent également une distribution sélective qui, selon eux, favoriserait les militants du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, ainsi que des commerçants proches de celui-ci. D’autres affirment ne recevoir que des quantités dérisoires, insuffisantes pour répondre aux besoins de leurs exploitations.

Depuis plusieurs années, les autorités burundaises peinent à trouver des solutions durables à la crise des fertilisants, mais aussi aux pénuries qui touchent d’autres produits de première nécessité. La crise du carburant, qui dure depuis près de six ans, figure parmi les plus persistantes. Face à la répétition de ces difficultés, le Burundi est parfois qualifié par des observateurs locaux et étrangers de « pays des pénuries ».

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Photo : Des agriculteurs de Bubanza, à l’ouest du Burundi, à un point de distribution des engrais chimiques en octobre 2026. L’ONG Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (PARCEM) dénonce les restrictions imposées à l’importation des fertilisants et met en garde contre le risque de réserver ce marché à une poignée d’opérateurs privilégiés. © SOS Médias Burundi

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