Témoignage : Arrêté par le SNR, un jeune coiffeur de Bujumbura échappe à la mort de justesse


Burundi SNR torture

Jean raconte les atrocités qu’il a vécues en détention avant d’être sauvé miraculeusement. (SOS Médias Burundi)

Jean* est un Burundais qui vit en exil en Ouganda depuis 2015. Né dans la zone urbaine de Cibitoke (nord de Bujumbura), son père a été assassiné en 1993, sa mère elle, a été tuée en 2002 par des rebelles FDD à Kinama (nord de la capitale)

Il a échappé de justesse à la mort. Les agents du Service National de Renseignement (SNR) voulaient le tuer l’accusant de soutenir l’opposition en 2015.

« J’ai été arrêté par le tristement célèbre agent du SNR Kazungu. Il était avec des policiers, quand il m’a sorti d’un bus, alors que je rentrais du travail en ville. J’ai essayé de m’expliquer, mais ils ne m’ont pas cru, et j’ai été conduit au bureau de la zone de Kamenge », raconte M. Jean.

« Ils nous ont battus (…) Ils utilisaient des barres de fer, remplissaient de l’eau et du sable dans des bidons de 5 litres et les pendaient sur nos organes génitaux »

Détenu dans un cachot de la zone, il sera déplacé vers un autre endroit pendant la nuit.

« La nuit tombée, quelqu’un a ouvert la porte en grillage, et je pensais qu’on venait me libérer. Au contraire, une camionnette m’attendait à l’extérieur. On m’a conduit dans une maison de Kigobe. Là, je me suis retrouvé avec 7 autres jeunes hommes agonisants », raconte ce rescapé.

« Des hommes en uniforme policière coopéraient avec d’autres en civile. Ils nous ont battus jusqu’à ce qu’il nous soit impossible de crier. Ils utilisaient des barres de fer, remplissaient de l’eau et du sable dans des bidons de 5 litres et les pendaient sur nos organes génitaux à l’aide de cordes. Ils nous ordonnaient de tourner face contre mur, puis frappaient avec leurs bottes le bidon pendant entre nos jambes. Je n’avais jamais subi une telle douleur », se souvient-il en pleurant.

« La nuit a été longue. Je voulais mourir ! Vers 5h du matin, deux de mes camarades de torture ne respiraient plus. Ils étaient morts. Nous autres étions allongés dans un bain de sang. Agonisant, c’était presque terminé. Je ne pouvais plus tenir debout. J’avais faim et je sentais mon heure venir », poursuit-il, dans un soupir.

Du quartier Kigobe au commissariat municipal

Une camionnette les a ensuite conduits au commissariat municipal de la police où d’autres jeunes hommes étaient détenus.
Le jeune homme indique que chaque jour, il y avait des candidats à la mort.

« On nous brûlait avec le plastic des bidons enflammés. Des hommes nous brulaient les jambes et nous injectaient des produits inconnus dans le corps », se rappelle-t-il.

Jean dit avoir été témoin des cas de personnes assassinées alors qu’elles étaient dans les mains de la police.

« Chaque nuit, la police sortait des détenus agonisants, les embarquait et ils ne revenaient plus. Un jour, j’ai cru que c’était mon tour et celui d’un autre type qui s’appelait Vianney. Il doit avoir été tué le jour où je suis sorti », poursuit-il.

Miraculeusement sauvé par un client de son salon de coiffure

« Ce jour-là, Dieu m’a sauvé », précise le rescapé en parlant d’un cadre de la police qui s’est rendu au salon de coiffure pour sa coupe habituelle et n’a pas trouvé son coiffeur sur les lieux. Ce dernier était M. Jean.
Le policier a appelé la femme de Jean pour demander de ses nouvelles. Il s’est renseigné et a su où il était détenu.

« Il est venu me voir. J’étais entre la vie et la mort. Comme c’était un grand chef, je ne sais pas ce qu’il a expliqué pour me sortir de cet enfer », raconte le rescapé.

« Je fais des cauchemars. Des scènes macabres me reviennent »

Il a été libéré sous condition de se présenter au bureau du SNR une fois tous les trois jours.

« Je me présentais à ce bureau, tout en cherchant des contacts pour fuir mon pays natal. Je me suis enfin évadé pour venir ici en Ouganda ».

Maintenant, Jean fait face à un grand traumatisme.
« Je fais des cauchemars. Des scènes macabres me reviennent. Je vois Kazungu qui m’a arrêté, un certain Bosco Ntirambona, et les autres dont je me souviens les visages quand ils me torturaient. Je n’oublierai jamais ces trois figures », a confié à SOS Médias Burundi, ce rescapé.

Une santé fragile et la vie dure en exil

Actuellement en exil en Ouganda, il a également des crises suite aux injections qu’il a eu. Il se gratte la peau sans arrêt. Son appareil génital ne fonctionne plus.

Il se dit à court d’argent pour bénéficier de soins spécialisés.
« Je n’ai que ma sœur, nous sommes orphelins. Nous n’avons pas de moyens financiers », se désespère-t-il.

Face à ce handicap, j’ai des difficultés de me faire soigner. Le HCR m’a fait des papiers, les médecins m’ont donné des médicaments, mais rien n’a changé. Ils ont dit que je devrais être transféré à Kampala, mais ils ont exigé 500 000 shillings ougandais », explique désespérément M. Jean.

Il fait savoir que plus les jours passent, plus il a des démangeaisons dans tout le corps et se gratte constamment.

Il demande à toute âme charitable de l’aider à recevoir des soins.

(*) Le prénom a été modifié pour des raisons de sécurité