AFFAIRE COSSESSONA : de la solidarité nationale  à l’arnaque

AFFAIRE COSSESSONA : de la solidarité nationale à l’arnaque

Depuis quelques semaines, la crise entre des syndicats d’enseignants et la COSSESSONA (Coalition Spéciale des Enseignants pour la Solidarité Nationale) fait parler d’elle au Burundi. Elle a tellement été évoquée qu’elle a attiré l’attention de la CNIDH (Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme) qui a mis en place une commission ad-hoc chargée de trouver des solutions. Mais, ses  membres seraient menacés par les vrais acteurs de la crise dont Serges Ngendakumana, le chargé du bureau d’études stratégiques et de développement au cabinet du chef de l’État. (SOS Médias Burundi)

Selon des sources à la Banque de la République du Burundi, Serges Ngendakumana est signataire sur le compte de la COSSESSONA ouvert à la banque centrale. «Il n’a jamais été enseignant et se trouve être conseiller à la présidence aujourd’hui. Comment se fait-il qu’il soit membre d’une coalition d’enseignants? Il s’agit là d’une ingérence sans nom », estime et s’interroge un activiste local qui a préféré garder l’anonymat.

Pour l’activiste, la décision de la coalition de prélever des sommes d’argent sur le compte des enseignants relève d’une violation du droit d’association. «Ce sont les syndicats ou associations membres qui cotisent chez les coalitions auxquelles ils appartiennent et non leurs membres. Il est incompréhensible que la COSSESSONA exige donc une relation directe avec les enseignants en leur demandant de donner des contributions. Il s’agit là d’une violation du droit d’association », explique-t-il.

La coalition a exigé à tout enseignant de contribuer un montant de 500 francs burundais chaque mois pour «la  solidarité nationale »

D’après nos sources, la coalition a indiqué vouloir prélever une somme de 6000 francs burundais sur le compte de chaque enseignant par an à être retenue en deux tranches : en févier et en octobre.

Le Burundi compte au moins 82000 enseignants aujourd’hui. La COSSESSONA pourrait encaisser chaque année 492 000 000 de francs burundais. Cette somme est  officiellement  destinée à la solidarité nationale. Et la coalition a déjà utilisé des contributions d’enseignants pour les mêmes fins. Dans différents hôpitaux du pays, elle a déjà payé dans le passé des frais pour faire libérer des hôpitaux des  malades issus des familles démunies ou leur permettre une réadaptation efficace.

Elle a aussi utilisé les mêmes contributions pour venir en aide aux habitants de la province de Kirundo( nord du Burundi) qui font face à de cycles répétitifs de famine dus à la sécheresse qui frappe la province depuis quelques années.

«Seulement, elle s’est servie dans le stock du ministère en charge de la solidarité la grande quantité des vivres et autres effets qu’elle a octroyés aux victimes de la sécheresse l’an passé », révèle une source proche du dossier.

Trois enseignants dont deux leaders syndicaux ayant dénoncé la procédure de la coalition sont en détention. Ils ont été interpellés sur plainte de la COSSESSONA qui les accuse de vouloir créer «un mouvement insurrectionnel ».

 Des collègues enseignants ont saisi la CNIDH. Cette dernière a mis sur pied une commission ad-hoc de cinq personnes. Elle doit enquêter et proposer des solutions. D’après des sources proches des syndicats, les membres de la commission  «inspirent confiance ».

Toutefois, ils subiraient des menaces. Certains se sont concrétisés par des messages de trolls sur la toile. « La CNIDH n’a pas de pouvoir extra-territorial. Elle ne peut pas se saisir d’un dossier pendant en justice », disent-ils.

Même si les personnes qui s’attaquent à la commission cachent leur identité, celle de Victor Ndabaniwe, président de la COSSESSONA et de Serges Ngendakumana est connue.  «Ils agissent individuellement. Ni le président Nkurunziza, ni le parti au pouvoir ne les a mandatés même si M. Ngendakumana est cadre à la présidence »,s’accordent plusieurs sources.

« Dans le cas du dossier COSSESSONA, le  fait que des individus  agiraient individuellement pour en tirer profit ne constituent aucunement une excuse. Or, en vertu des missions régaliennes assignées à l’État et en vertu de sa qualité de l’Employeur, il a le droit de tout faire pour que les droits sociaux de ses employés soient à l’abri des atteintes et violations, qu’elles viennent de ses propres agents ou des tiers y compris les organisations syndicales », analyse maître Janvier Bigirimana, juriste burundais.

Il estime par ailleurs que les frustrations qui sont imposées aux enseignants en période pré-électorale constituent un geste politiquement risqué si le résultat des élections de 2020 pouvait être «sincère et crédible ».

«En effet, les enseignants constituent la frange la plus importante des fonctionnaires publics et sont capables d’influencer le résultat du vote compte tenu des projets de société pour les futurs compétiteurs »,  ajoute-t-il, tout en insistant que le salaire d’un employé revêt un caractère « intangible et sacré et ne pourrait  faire objet de confiscation, saisie ou autre atteinte que dans des cas rares strictement prévus par la loi ».

Le gouvernement ne s’est pas encore exprimé sur la crise.

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