Attaques des camps militaires (décembre 2015) : témoignages de rescapés

Attaques des camps militaires (décembre 2015) : témoignages de rescapés

Cela fait exactement cinq ans – jour pour jour – que quatre camps militaires à Bujumbura et un autre camp la province ont été attaqués. Des attaques suivies d’une répression sanglante. SOS Médias Burundi a rencontré des rescapés de ces heures terribles. (Témoignages SOS Médias Burundi)

Ruberintwari*, la trentaine vivait dans le quartier de Nyakabiga. Cette matinée de ce 12 décembre 2015, il s’est réveillé pour se rendre au travail quand il a vu des policiers surgir en grand nombre devant sa porte. Ils allaient lui tirer dessus.

Je les ai suppliés. Ils m’ont battu à l’aide de la crosse de leur fusil. S’en sont suivies les insultes. Ils hurlaient vous les Tutsis, vous ne réussirez jamais à prendre le pouvoir. Et puis, ils sont partis.

Ruberintwari

Et de poursuivre : «J’ai dû donner aux policiers mon argent, mes objets de valeurs, mes vêtements, tout ce qu’il y avait dans ma chambrette ».

Amis chers

« Quand je suis sorti dans la rue, il y avait des cadavres partout. J’ai reconnu des amis, des anciens camarades de classe, des voisins. J’ai compté au moins 20 corps. Certains étaient ligotés deux par deux. C’était vraiment un carnage de Tutsis », poursuit Ruberintwari qui affirme avoir reconnu certains des policiers. L’homme se dit d’ailleurs prêt à témoigner « si la justice venait à les poursuivre », espère-t-il.

D’une balle dans la tête

Bigingo*, la vingtaine toujours en exil parle d’un enfer. « J’ai vu ces policiers, tels des chiens enragés exécuter nos jeunes froidement d’une balle dans la tête. Une voisine à moi a été violée par des policiers. Elle n’a pas survécu. Ces images me rongent, c’est innommable ce qu’ils ont fait », souligne-t-il.

Des jeunes exécutés froidement d’une balle dans la tête

De nombreux jeunes ont été arrêtés dans les jours qui ont suivi les massacres. La plupart reste emprisonné. C’est le cas de Butisi* arrêté par des policiers de l’API (Appui pour la Protection des Institutions) et détenu tour à tour à la BAE (Brigade Anti Émeutes), au SNR (Service National de Renseignements) et au QG du CNDD-FDD où il découvre deux cadavres dans un container.

Le type m’a dit que c’était deux Hutus que nous – les Tutsis – avions induit en erreur.

Butisi

Torturé

L’étudiant n’a pas pu terminer son mémoire de fin d’études. Il a passé deux longs mois dans une cellule du SNR. Torturé, il lui fallait dénoncer des officiers de l’armée et de la police proches des « insurgés ». « Ils m’ont montré des listes et m’ont même emmené auprès de ces personnes », confie-t-il désespéré. Le jeune homme poursuit sur son calvaire au service du renseignement burundais.

Où je me trouvais, il y avait 12 cellules. Chacun était isolé. Presque toutes les nuits, j’entendais des gens crier. Certains étaient sortis brutalement, peut-être que c’était fini pour eux. J’ai été torturé par quatre hommes. Et je suis sorti grâce à un policier que j’avais moi-même sauvé du lynchage lors d’une manifestation.

Butisi

Commanditaires

Les jeunes comme Buhire* qui ont participé aux attaques en veulent à leurs commanditaires.

Je garde une rancune contre eux. Ils n’ont pas réfléchi aux conséquences. C’était leurs intérêts qu’ils visaient. C’est seulement maintenant que je commence à comprendre.

Buhire

« Tout a été cassé »

Et d’analyser  : Je pense qu’il n’y aura plus jamais pareille révolution. Les jeunes Tutsis et Hutus parlaient d’une seule voix. On poursuivait le même plan, une révolution pour la démocratie. Tout a été cassé.

Le jeune homme faisait partie d’un groupe chargé de récupérer les armes d’une caserne au sud de Bujumbura. Le premier groupe à avoir attaqué le stock a été décimé. Il y a eu aussi tous ces jeunes qui ont péri dans les jours qui ont suivi les attaques, se remémore-t-il.

Des policiers et militaires sont venus enlever des jeunes. J’ai perdu plus de 20 amis du quartier.

Buhire

Carnage

Ce 12 décembre 2015, un reporter de SOS Médias Burundi s’est rendu à Nyakabiga (centre de Bujumbura). En à peine 20 minutes, il y a recensé 22 cadavres de jeunes hommes jonchant les rues. Tous tués d’une balle dans la tête.

Selon   des témoins  au sud de Bujumbura, les corps sans vie ont été transportés par ce véhicule, vers une fosse commune
Selon des témoins au sud de Bujumbura, les corps sans vie ont été transportés à bord de ce véhicule, vers une fosse commune

Dans le sud de la capitale, à Musaga devant l’Institut Supérieur des Cadres Militaires (ISCAM), il a vu – cette fois – au moins 9 corps allongés dans un véhicule des services de la Mairie. Les familles de victimes ont décrit des bourreaux en uniforme de la police et de l’armée.

Impunité

Aucune enquête n’a été initiée jusqu’ici à l’exception des jeunes exécutés après l’attaque du camp de Mujejuru (province de Bujumbura). « Ils ont été arrêtés et conduits à Ijenda dans un cachot de la police. Ensuite, ils ont été sortis du cachot par un officier de l’armée. On les a retrouvés sans vie le lendemain à Kanyunya (commune de Mukike) », affirme Pacifique Nininahazwe président du Focode, le FOrum pour la COnscience et le Developpement).

Le procureur général de l’époque, Valentin Bagorikunda avait parlé de sept combattants tués dans des circonstances « non élucidées » tout en précisant que deux informations judiciaires visant un officier de l’armée et un autre de la police avaient été ouvertes. Depuis, plus rien n’a filtré à propos de ces deux dossiers.

  • Pour des raisons de sécurité, les noms des personnes ayant témoigné ont été changés.
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