Burundi : le poids de la corruption et des privilèges dans les geôles surpeuplées

Burundi : le poids de la corruption et des privilèges dans les geôles surpeuplées

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 24 octobre 2025 — Au-delà de la surpopulation, les prisons burundaises sont gangrenées par un système de corruption toléré par les autorités. Acheter sa tranquillité ou subir les coups : telle serait la réalité de nombreux détenus burundais. L’Association de lutte contre le chômage et la torture (ALUCHOTO) tire la sonnette d’alarme sur un racket institutionnalisé au sein des prisons du pays, où chaque nouveau venu serait contraint de payer jusqu’à 200 000 francs burundais dès son arrivée.

Lors d’une sortie médiatique organisée cette semaine à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, Vianney Ndayisaba, représentant légal de l’ALUCHOTO, a dénoncé une pratique aussi illégale qu’humiliante : les nouveaux prisonniers seraient sommés de verser entre 50 000 et 200 000 FBu, officiellement pour l’achat de bougies, mais en réalité pour “acheter la paix” auprès des anciens détenus.

« Cette pratique viole de manière flagrante les droits élémentaires de l’homme et se déroule au vu et au su des autorités pénitentiaires », a déclaré M. Ndayisaba.

Selon plusieurs témoignages concordants, les anciens détenus se chargeraient de “collecter” ces sommes, n’hésitant pas à tabasser les récalcitrants. Une partie de l’argent récolté, environ un tiers, reviendrait à certains responsables de prison, accusés de fermer les yeux sur ce système bien rodé.

Complicités et silence des autorités

Des sources internes au milieu carcéral, dont un ancien détenu de la prison centrale de Mpimba à Bujumbura, affirment que ces pratiques ne sont pas isolées mais généralisées dans plusieurs établissements du pays. Pour l’ALUCHOTO, il s’agit d’un racket organisé, rendu possible par la complicité passive des autorités pénitentiaires.

« Tant que l’impunité persistera, les prisons resteront des lieux de souffrance, de corruption et d’injustice », déplore M. Ndayisaba.

L’association appelle le ministère de la Justice et la Direction générale de l’administration pénitentiaire à diligenter une enquête indépendante et à sanctionner sévèrement les auteurs et complices de ces extorsions.

Des “chambres VIP” pour les prisonniers fortunés

Outre ce racket à l’entrée, une autre pratique controversée persiste à la prison de Mpimba. Selon un ancien détenu ayant requis l’anonymat, les prisonniers poursuivis pour détournement de fonds publics peuvent débourser entre 2 et 5 millions de FBu pour être hébergés dans des chambres dites “VIP”, situées à proximité de l’infirmerie.

Ces conditions privilégiées contrastent avec la promiscuité et la misère que subit la majorité des détenus, souvent entassés à plusieurs dizaines dans des cellules insalubres.

Un appel à des réformes urgentes

Face à ces révélations, l’ALUCHOTO demande une refonte du système carcéral et un renforcement du contrôle des lieux de détention.
Pour l’association, seule une volonté politique forte pourra mettre fin à un système d’inégalités et de corruption qui transforme les prisons burundaises en véritables zones de non-droit.

Au Burundi, les prisons ont une capacité d’accueil limitée à 4 294 places, tandis que la population carcérale dépasse souvent les 12 000 détenus. Certains établissements fonctionnent à plus de 300 % de leur capacité, aggravant les conditions de détention et les tensions internes.

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Photo : Entre surpopulation extrême et détentions arbitraires, la prison de Mpimba illustre les dérives du système carcéral burundais, selon l’ALUCHOTO. © SOS Médias Burundi

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