Burundi : la vérité sur la crise de 1972 privilégiée, la CVR explique

Burundi : la vérité sur la crise de 1972 privilégiée, la CVR explique

La commission vérité et réconciliation (CVR) présentait hier après-midi son rapport annuel devant les deux chambres du parlement. Son président Pierre Claver Ndayicariye a reconnu que c’est la vérité sur les événements de 1972 qui a occupé les commissaires de la très controversée commission durant les douze derniers mois. Pour cause, la peur de perdre tout ce qui a trait aux preuves. Au moins 13584 restes humains ont été exhumés dans les provinces de Karusi et Gitega (Centre-Est), Makamba et Rumonge (Sud-ouest) ainsi que Ngozi (Nord). (SOS Médias Burundi)

M. Ndayicariye a beaucoup remercié les institutions étatiques, les hautes autorités burundaises dont le chef de l’État, la société civile et les confessions religieuses pour leur soutien à la commission.

Et de clarifier les raisons qui l’ont poussée à se soucier seulement de la crise de 1972 qui a emporté plus de Hutus que de Tutsis. « Aucune province n’a été épargnée par ces tueries. Sa nuée a renfermé tout le pays, le feu s’est embrasé et le sang des innocents a été versé(…) », a-t-il dit devant les députés et sénateurs.
Et de continuer sur un ton très émotionnel. « Les témoins, les veuves et orphelins, les familles endeuillées, les présumés auteurs ont un âge avancé. La majorité est morte, d’autres sont morts d’amertume, de chagrin et de pauvreté extrême (…) ».

Qualification des faits

« Quand nous aurons franchi une étape satisfaisante, la CVR va collecter tous les documents après quoi elle lira les lois du pays et internationales avant de donner la qualification des faits (pour les massacres de 1972) », a insisté M. Ndayicariye.

Au cours de la période concernée par le rapport, la CVR a été beaucoup critiquée. Elle ne l’est pas moins aujourd’hui.

Pour Maître Janvier Bigirimana, président de Tournons la page-Burundi, elle n’est ni moins ni plus un outil de propagande du CNDD-FDD.
« À voir le comportement de la commission, à commencer par ses membres, il est remarquable qu’elle est entrain de remplir les désirs du parti au pouvoir. Elle est devenue un outil politique (…). C’est une commission qui devrait contenir des Burundais issus de différentes sphères. C’est là qu’elle pourrait inspirer confiance à tous les Burundais et de là réussir sa mission de réconciliation », estime-t-il.
Et d’accuser « Aujourd’hui, c’est comme si ce sont seuls les Hutus qui ont été victimes, il est très bien connu surtout en 1993 et même en 1972 que des Tutsis ont été massacrés mais cette commission n’a jamais voulu le dire ».

Le Burundi a la même composition ethnique que son voisin le Rwanda où un génocide a été commis contre les Tutsis en 1994.

Au Burundi, les Tutsis et les Hutus, deux ethnies majoritaires peinent à se mettre d’accord sur la qualification des différentes crises qui ont emporté les leurs.
Les Hutus réclament que les massacres de 1972 qui ont emporté plus de Hutus soit considérés comme « un génocide » au moment où les Tutsis exigent que la tragédie qui s’est abattue sur les leurs en 1993 suite à l’assassinat du premier président Hutu démocratiquement élu Melchior Ndadaye soit qualifiée de « génocide ».

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Photo : Pierre Claver Ndayicariye, président de CVR sur un site de Bukirasazi (Karusi), le 17 février 2020

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