Photo de la semaine-Burundi : Nkurunziza, un guide suprême du patriotisme controversé

Photo de la semaine-Burundi : Nkurunziza, un guide suprême du patriotisme controversé

Le 8 juin, le Burundi célébrait pour la première fois la journée nationale du patriotisme en même temps dédiée à feu président Nkurunziza. Ce dernier a récemment été élevé au rang de Guide Suprême du Patriotisme. Le président Ndayishimiye a promis d’ériger un centre de formation au patriotisme autour de sa tombe. Des défenseurs de droits humains burundais et étrangers parlent d’ « un héritage sombre du président Nkurunziza ». (SOS Médias Burundi)

La journée était chômée et payée. Elle s’ajoute à la grande liste des fêtes nationales dans la plus petite nation de l’Afrique de l’est. Les festivités marquant la journée nationale du patriotisme et le premier anniversaire de la mort du président Pierre Nkurunziza ont eu lieu dans la capitale politique Gitega et ont commencé par le dépôt de gerbes de fleurs sur la tombe de Nkurunziza.

Dans son discours, le président Ndayishimiye a appelé les Burundais à s’ateler aux travaux de développement pour lutter contre la pauvreté, une approche pour consolider le patriotisme selon lui.

Il a aussi demandé à la population de consolider la paix, la sécurité et la cohésion sociale entre les différentes composantes du peuple burundais.

Un centre de formation pour honorer Nkurunziza

Le président Neva a promis de construire un centre de formation en matière du patriotisme autour de la tombe de feu Nkurunziza située dans le quartier de Musinzira (centre ville de Gitega) et dont les travaux sont en cours, a-t-il annoncé.

Le vice-président tanzanien qui avait représenté son pays dans les cérémonies a déploré les sanctions imposées au Burundi par l’Union Européenne.

Philippe Mpango a promis la construction des infrastructures routières et un chemin de fer pour faciliter le transport des marchandises depuis les ports de Dar-es-Salaam et Kigoma jusqu’au Burundi.

S’étaient également joints aux cérémonies un envoyé spécial de l’Ouganda, l’ambassadeur de la Turquie au Burundi au nom de tout le corps diplomatique accrédité au Burundi.

La veuve de Nkurunziza a loué son défunt mari insistant qu' »il ne m’a jamais battue et il me l’avait promise lors de nos fiançailles. Je n’ai pas perdu un mari seulement mais j’ai perdu un grand conseiller », a honoré Denise Bucumi Nkurunziza celui avec qui elle a passé 32 ans de couple dont 6 qu’il a passé dans le maquis, combattant aux côtés des autres Hutus au sein du CNDD-FDD, qui a accédé au pouvoir en 2005 suite à l’accord d’Arusha.

Héritage sombre

Pour Carina Tertsakian, chercheuse associée à l’initiative des droits humains sur le Burundi, « l’héritage du président Nkurunziza est sombre ». « En matière des droits humains, l’héritage de feu président Pierre Nkurunziza est un héritage très sombre qui a laissé des milliers de Burundais dans un état de souffrance qui continue encore aujourd’hui ».

Pour elle, « le souvenir le plus marquant c’est celui de ces innombrables personnes tuées, torturées, disparues, emprisonnées arbitrairement et de leurs familles qui les pleurent encore aujourd’hui et qui ont été privées de justice pour ces crimes(…) et le souvenir aussi de cette société civile indépendante et de ces médias qui ont été pratiquement détruits en 2015 ».

Proposition

Carina Tertsakian poursuit en disant que « plutôt que de célébrer une journée dédiée au Guide Suprême du Patriotisme, nous devrions voir une journée dédiée à la mémoire de ces victimes et à la solidarité avec les familles des victimes de ces crimes atroces. Que cette journée du 8 juin soit donc plutôt l’occasion pour le gouvernement burundais et pour le président Évariste Ndayishimiye d’affronter ce passé sanglant et de s’engager une fois pour toutes à livrer une justice réelle et équitable et faire en sorte que ces crimes ne puissent plus jamais se reproduire », conseille-t-elle.

La journée célébrée à Gitega n’a pas vu la participation de la population, a remarqué un journaliste local. « Il s’agissait d’une journée du CNDD-FDD et de ses acolytes, seuls des invités en pagnes sur lesquels se trouvaient l’effigie de Nkurunziza étaient visibles à Gitega. D’autres citoyens passaient juste pour voir ce qui se passait mais ils n’étaient pas concernés par la fête », dit-il.

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Photo : Évariste Ndayishimiye et son épouse Angeline Ndayubaha devant la tombe de feu président Pierre Nkurunziza, le 8 juin 2021 à Gitega

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