Photo de la semaine – Disparition de Jean Bigirimana: même blessure et douleur cinq ans après

Photo de la semaine – Disparition de Jean Bigirimana: même blessure et douleur cinq ans après

Le journaliste du groupe de presse Iwacu est parti pour ne plus être revu jusqu’à présent cet après-midi du 22 juillet 2016. Cinq ans après, ses collègues parlent d’une même « douleur » et son épouse évoque « la même blessure ». Ils exigent la vérité sur son sort tout comme des organisations de défense de droits des journalistes. (SOS Médias Burundi)

Comme tous les 22 juillet depuis 2017, des employés du groupe de presse Iwacu se sont recueillis devant l’effigie de leur collègue se trouvant dans les enceintes du médium.

Des collègues des médias locaux et correspondants de médias étrangers les ont rejoints hier après-midi. Léandre Sikuyavuga, directeur des publications à Iwacu s’est adressé à la presse dans un bref mot de circonstance. « Cinq ans après la disparition de Jean Bigirimana, la douleur est toujours la même. Les questions que nous avons posées il y a cinq ans sont toujours les mêmes. Nous les posons de nouveau, nous les poserons encore demain jusqu’à ce que nous obtenions une réponse. Où est Jean ? Quel crime a-t-il commis? », a dit M. Sikuyavuga dans une voie pleine d’émotions.

Et de rappeler, « la vie humaine est sacrée. Jean était un fils, un frère, un père (…). Jean n’a commis aucun crime, Jean n’a connu aucun procès. À ceux qui ont la mort de notre collègue sur la conscience, parler au moins, soulagez votre conscience. Soulagez l’attente insoutenable de la famille de Jean Bigirimana ».

Pour Godeberthe Hakizimana, la date du 22 juillet restera gravée dans sa mémoire. Elle vit en exil depuis quatre ans. Deux fils qu’elle a eu avec Jean viennent d’avoir treize ans pour l’aîné et huit ans pour le cadet « Le père de mes enfants a été enlevé le 22 juillet 2016. Nous vivons avec une blessure permanente. Quand on n’a pas enterré quelqu’un, on reste avec une blessure qui ne se ferme jamais. Il en est de même pour moi et mes fils », a-t-elle confié à SOS Médias Burundi, abattue.

Exil et Covid-19

Elle indique que sa vie d’exil a été compliquée par la pandémie de Covid-19. « Durant cette période de la pandémie de Coronavirus, la vie est très dure. Quand j’essaie de monter un petit business, souvent je suis obligée de suspendre suite au confinement. Vous comprenez que je ne peux rien faire alors que je n’ai pas d’autres sources de revenus. Je dois utiliser le petit capital dont je dispose pour survivre avec mes enfants. Ce n’est pas du tout facile, ce n’est pas du tout facile franchement », se désole celle connue par ses voisins sous le diminutif de Gode.

Des fils qui posent des questions

Gode affirme que ses deux fils lui posent des questions sur ce qui est arrivé à leur père. Mais ce n’est pas comme avant, estime-t-elle. « (…), des fois ils viennent me trouver et me disent : si au moins nous avions enterré notre papa, nous pourrions lui rendre hommage et se souvenir de lui en allant déposer des gerbes de fleurs sur sa tombe. Et ils me demandent si je peux leur expliquer les raisons qui sont à l’origine de sa disparition (…). C’est vraiment pénible », poursuit l’épouse de Jean qui a toujours un léger sourire.

Reporters Sans Frontières (RSF) parle de « cinq ans de silence et cinq ans d’opacité des autorités » et réclame des enquêtes et tests ADN sur les corps retrouvés.

Quant à CPJ (committee to protect journalists), il s’agit de « cinq ans sans enquête crédible et sans que sa famille puisse tourner la page ». Même s’ils ont été affectés par les mauvaises conditions d’exil dans le district de Kicukiro (sud-est de Kigali), cinq ans après, l’épouse de Jean Bigirimana et ses deux fils ont retrouvé le goût de la vie grâce notamment à des séances de psychothérapie dont ils ont bénéficié.

Quant au directeur des publications à Iwacu qui a envoyé un message d’encouragement à la famille Jean, il est on ne peut plus clair. « Nous demanderons toujours justice pour notre collègue Jean Bigirimana. Nous ferons mentir le proverbe Kirundi qui veut que « Agapfuye kabazwa ivu ou (les morts ne comptent pas beaucoup parmi les vivants) ».

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Photo : nos collègues du groupe de presse Iwacu devant l’effigie de Jean Bigirimana

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