Kirundo : des détenus abandonnés à eux mêmes

Kirundo : des détenus abandonnés à eux mêmes

Ils sont très nombreux à croupir dans le cachot du parquet provincial de Kirundo (nord du Burundi). Certains d’entre eux viennent d’y passer plus de dix mois sans être présentés devant un juge. Les proches et des ONGs locales de défense de droits humains disent être fatigués par cette situation. Certaines familles, aux faibles revenus finissent par abandonner les leurs au cachot, faute de ne pas pouvoir les assister. (SOS Médias Burundi)

Le cachot du parquet de province à Kirundo est l’un des plus surpeuplés du Burundi. Pour cause, les prévenus y restent détenus pendant plusieurs mois sans être interrogés par un juge ou un magistrat. Au moment où le code de procédure pénale stipule qu’un prévenu ne peut pas dépasser deux semaines dans un cachot de la police ou du parquet, il y en a qui y sont locataires pendant plus de dix mois dans cette province du nord du Burundi. « Je viens de totaliser dix mois dans ce cachot. Je n’ai jamais été présenté devant un tribunal. Je me rappelle avoir été entendu une seule fois en chambre de conseil seulement. Plus rien après. Moi et d’autres détenus ne cessent de demander qu’on puisse nous donner un rendez-vous pour aller au procès, en vain », regrette un détenu qui s’est confié à SOS Médias Burundi.

Il pense que cette situation est due au recours à la corruption de certains responsables judiciaires.

Selon un autre détenu, les familles des concernés sont à bout de leur force. « Nos familles sont fatiguées. Elles nous ont presque abandonnés. Elles ne nous approvisionnent plus en repas, tellement la période de détention est très longue. Même des sœurs de la congrégation Calcutta (catholique) ne nous assistent plus », se désole-t-il.

Intervention de la CNIDH pas suffisante

La CNIDH (Commission nationale indépendante des droits de l’homme) fait des tours et visites dans les cachots et prisons pour s’enquérir de la situation carcérale dans le pays. Seulement à Kirundo, les intéressés estiment qu’elle ne fait pas mieux. « Je me souviens d’une femme, membre de la commission qui est venue un jour nous rendre visite. Elle a été informée des délais de détention des uns et des autres. Après son départ, le procureur Gérard Niyokindi a relâché quelques détenus, d’autres ayant été transférés à la prison centrale de Ngozi (nord). Mais aucun membre de la commission n’est revenu », regrette un détenu du cachot du parquet de Kirundo.

Les plaintes sont confirmées par des magistrats affectés dans la province. Ils expliquent le surpeuplement du cachot par le retard des transferts de prévenus vers la prison de Ngozi, causé par le manque de moyens de déplacement.

Dans certaines provinces qui n’ont pas de prison, ce sont notamment des véhicules des procureurs, des gouverneurs ou commissaires provinciaux de la police qui se chargent des transferts des détenus vers des prisons installées dans des provinces voisines, certaines associations dont l’APRODH (Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues) qui intervenaient dans ce domaine ayant été radiées par les autorités burundaises à la suite d’un conflit né d’un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza en 2015.

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Photo : la province de Kirundo

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