Burundi : Gitega se rapproche de Rome

Burundi : Gitega se rapproche de Rome

Le président burundais s’est envolé ce jeudi pour Rome. Il est prévu une rencontre avec le Souverain Pontife. Chrétien catholique, le président Neva affiche de plus en plus d’initiatives de rapprochement avec l’église catholique, contrairement à son prédécesseur dont les services s’arrogeaient même le droit d’insulter les représentants du Saint Père. (SOS Médias Burundi)

Le chef de l’Etat est accompagné par la première dame Angeline Ndayishimiye comme dans tous les déplacements en dehors du pays. Ils ont quitté l’aéroport international de Bujumbura en fin d’après-midi.

Ni le président Neva ni sa porte-parole ne s’est exprimé sur la visite. Mais un très court communiqué du bureau de la porte-parole indique que « …son excellence Évariste Ndayishimiye se rendra à Rome, en Italie, où une rencontre est prévue avec sa Sainteté le Pape François au Vatican ».

Le président burundais va donc à la reconquête de bonnes relations entre son pays et le Vatican, des relations qui s’étaient détériorées surtout lors des cinq dernières années du pouvoir et de la vie de son prédécesseur Pierre Nkurunziza (un Born a Again) dont les services n’hésitaient pas à insulter les évêques catholiques à certains moments.

Le président Neva et son épouse partent pour Rome
Le président Neva et son épouse partent pour Rome

C’est le cas par exemple en septembre 2019 quand Willy Nyamitwe, alors conseiller principal du président en charge de la communication et des questions de presse écrivait que « Certains évêques devraient être défroqués car c’est devenu une habitude : à la veille des élections, ils doivent cracher leur venin de haine à travers des messages incendiaires ».

Et d’enfoncer le clou « Ils sont en train d’enseigner la division. Ils accusent les Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir) d’être des tueurs ».

Et celui qui allait devenir chef de l’Etat dans une année avait déclaré lors d’un meeting que « C’est une honte d’enseigner la haine aux fidèles ».

Les déclarations faisaient suite à un message sorti par la conférence des évêques catholiques du Burundi et lu dans toutes les paroisses dans laquelle les représentants du Saint Père dénonçaient « les assassinats de personnes qui ont des opinions divergentes avec celles du gouvernement, des menaces visant certains partis politiques et la persécution de leurs militants ».

Mais avec l’accession de Ndayishimiye au pouvoir, les choses ont commencé à changer. Ce chrétien catholique s’affiche souvent avec les évêques catholiques, avec qui il entretient de très bonnes relations, certains dont l’ancien archevêque de Gitega (province natale du président) Simon Ntamwana étant des amis personnels du chef de l’Etat.

Le président Évariste Ndayishimiye, la première dame et d'autres hautes autorités avec les évêques catholiques se prosternent devant une statue de la vierge Marie
Le président Évariste Ndayishimiye, la première dame et d’autres hautes autorités avec les évêques catholiques se prosternent devant une statue de la vierge Marie à Mugera

Cela a été matérialisé par certains faits. Dans cette petite nation de l’Afrique de l’est où au moins trois croisades officielles sont organisées chaque année depuis la prise de pouvoir du CNDD-FDD en 2005, le président Neva a signé un décret instituant deux prières œcuméniques chaque année, préférant toujours débuter les cérémonies dans une paroisse catholique avant d’enchaîner avec le reste de « croyants » pendant au moins trois jours, ce qui n’était pas le cas avec son prédécesseur.

Le Burundi est un pays laïque où les chrétiens catholiques romains représentent au moins 61% de sa population estimée à un peu plus de 12 millions d’habitants.

Un pape a déjà visité le Burundi. Il s’agit du très célèbre Souverain Pontife Jean-Paul II. C’était du 5 au 7 septembre 1990.

Il était, à l’époque, porteur d’un message d' »unité et de réconciliation », deux ans après les tueries de 1988 dans les communes de Ntega et Marangara (provinces de Kirundo et Ngozi , nord du Burundi) qui, selon l’ONU ont fait plus de trente mille morts.

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Photo : des officiels et un évêque catholique accompagnent le chef de l’Etat et la première dame jusqu’à l’aéroport de Bujumbura

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