Burundi : l’IDHB et Acat-Burundi dénoncent le maintien en détention de cinq activistes burundais

Burundi : l’IDHB et Acat-Burundi dénoncent le maintien en détention de cinq activistes burundais

Il y a quelques jours, le tribunal de Ntahangwa dans le nord de la ville commerciale Bujumbura a décidé le maintien en détention de cinq défenseurs des droits humains burundais. Incarcérés dans la prison centrale de Bujumbura dite Mpimba, les concernés sont poursuivis entre autres d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, au bon fonctionnement de l’économie, de rébellion et de financement du terrorisme. Les deux organisations parlent de « détention illégale et d’instrumentalisation de la justice ». Elles exigent la libération immédiate des cinq activistes. (SOS Médias Burundi)

Pour Carina Tertsakian, chercheuse associée à l’IDHB (Initiative pour les droits humains au Burundi), les accusations portées contre les cinq activistes burundais sont « absurdes ».

« L’initiative pour les droits humains au Burundi est très préoccupée par ces arrestations arbitraires, les accusations gratuites contre ces cinq défenseurs des droits humains. Les autorités burundaises y compris le ministre de l’intérieur ont parlé de probabilité de financement du terrorisme. Mais où est le lien entre ces personnes,leurs associations et des actes de terrorisme ? Les activistes seraient accusés d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, ainsi que de rébellion et d’atteinte au bon fonctionnement de l’économie, sincèrement ces accusations sont absurdes. Il semble que les autorités reprochent à ces associations de recevoir des fonds de l’étranger. Mais cela n’est pas illégal et ne constitue pas une infraction pénale », réagit Carina Tertsakian qui exige la libération immédiate des cinq défenseurs des droits humains burundais.

Pour celle qui travaille sur les questions de droits humains dans la région des Grands-Lacs d’Afrique durant un quart de siècle, ce cas est emblématique de la manière dont le gouvernement burundais réagit à des organisations dont il se méfie, en se vengeant contre leurs représentants de manière arbitraire. Elle estime que ce cas s’inscrit dans le cadre d’une longue série d’arrestations de membres de la société civile depuis plusieurs années.

« Nous remarquons une continuité et un certain schéma. On arrête un défenseur des droits humains ou un journaliste, ça fait un peu de bruit au niveau international, on le relâche après un ou deux ans, puis on en arrête un autre et ainsi de suite », remarque-t-elle.

Et d’ajouter : »le message est donc clair, le gouvernement refuse de tolérer toute critique ou même les activités positives de la part d’associations qui œuvrent en faveur de la population burundaise ».

Le maintien en détention des cinq défenseurs des droits de l’homme a été pour moi une mauvaise nouvelle. Ils sont abusivement accusés d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat et d’atteinte au bon fonctionnement des finances publiques, a défendu Maître Armel Niyongere, président de l’Acat-Burundi.

« Le reproche de collaborer avec une organisation non enregistrée au Burundi n’a aucune base légale. D’une part, l’obligation d’agrément local ne s’applique que lorsqu’une ONGE cherche à mettre en œuvre des activités dans le pays. Lorsqu’une organisation ne met en œuvre aucune activité directe, ne dispose pas de locaux ou de tout autre bien, n’emploie pas de ressources humaines ou n’exécute aucun contrat de service au Burundi, alors celle-ci ne requiert pas d’agrément. D’autre part, la Loi burundaise ne dispose d’aucune restriction de la collaboration, des ASBL locales avec des partenaires non enregistrés », poursuit l’activiste burundais aujourd’hui en exil.

Ces défenseurs ont été arrêtés en février alors que le mois précédent, la justice avait condamné abusivement la journaliste burundaise Floriane Irangabiye pour « atteinte à l’intégrité du territoire national », le 2 janvier 2023, en violation des ses droits à la liberté d’expression, rappelle-t-il.

« Les pratiques déplorables de harcèlement des défenseurs des droits de l’homme auxquelles nous avons assisté sous le régime de feu Pierre Nkurunziza en 2015 reviennent pratiquement : quelques cas emblématiques sont à rappeler, selon l’avocat:

« le cas des défenseurs des droits de l’homme et des politiciens se trouvant en exil, condamnés à perpétuité abusivement pour participation à la tentative au coup d’Etat de 2015, l’affaire Germain Rukuki qui avait été condamné à 32 ans et dont la peine a été réduite à un an après avoir purgé 4 ans de détention ».

Malgré la promesse du président Évariste Ndayishimiye, lors de son investiture de « garantir à chacun le droit à la parole, sans peur ni contrainte, dans un pays démocratique et dont le gouvernement garantit le bien-être de son Peuple », nous assistons malheureusement à la continuité du verrouillage de l’espace démocratique et des violations des droits humains et en particulier l’exercice des libertés publiques, s’insurge Armel Niyongere.

« Cela ne fait que ternir l’image du pays dans le concert des Nations alors que l’alternance politique de 2020 avait nourri beaucoup d’espoir au retour à la stabilité et à la consolidation de l’Etat de droit » , trouve l’activiste.

Carina Tertsakian conclut aussi par une certaine indignation.

« Ces arrestations sont en contradiction directe avec tout ce que le président a promis. Il a promis la liberté d’expression, l’indépendance du système judiciaire, mais il est donc devenu très difficile de croire à ses promesses tant que le gouvernement continue d’utiliser la justice comme un outil de répression contre la société civile. Cela entache l’image du Burundi ainsi que l’image du président Ndayishimiye et de son gouvernement dans son ensemble ».

Le 16 février dernier soit deux jours après l’arrestation des cinq défenseurs des droits humains burundais, le ministre burundais en charge des affaires intérieures et de la sécurité Martin Niteretse a déclaré que « les résultats dont nous disposons maintenant montrent qu’il y a une grande probabilité de risque de financement du terrorisme à travers ces fonds (des fonds que les associations de ces activistes reçoivent de partenaires se trouvant à l’extérieur du pays). On doit être vigilant sur tous les points pour que rien ne vient perturber la paix, l’ordre public ».

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Photo d’archives : une photocollage des activistes des droits humains en détention

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