Dzaleka (Malawi) : trois réfugiés meurent après des séances de torture
Il s’agit de deux Burundais et un Rwandais. Ils avaient été arrêtés dans le cadre de traque des réfugiés dans les centres urbains et détenus à la prison centrale de Maula. Des leaders des réfugiés au camp de Dzaleka exigent des enquêtes indépendantes. (SOS Médias Burundi)
Dimanche dernier dans la nuit vers 22h, une camionnette a débarqué au camp de Dzaleka au Malawi, d’après des réfugiés. Elle emmenait des réfugiés agonisants.
« On dormait, on a entendu des cris et on est sorti pour voir ce qui se passait. On a vu beaucoup de gens qui encerclaient un pick-up policier. Quand on s’est approché, on a vu huit réfugiés, cinq Burundais et trois Rwandais, allongés à côté du véhicule », racontent des témoins.
Et de déplorer :« ces réfugiés, tous des hommes, n’arrivaient plus à parler si ce n’est que crier ou hurler suite aux douleurs, ils ne bougeaient même pas. Ils paraissaient très fatigués, apparemment ils avaient été torturés ».
La police et le HCR ne parviennent pas à s’entendre
La police a expliqué au bureau du HCR du camp de Dzaleka que ces gens étaient libérés de la prison centrale de Maula et qu’ils devraient être accueillis et réinstallés dans leur camp.
Le bureau du HCR a alors refusé d’accueillir ces «personnes agonisantes ».
« Nous tenons à remercier le représentant du HCR qui a été caractérisé par l’humanité et qui a refusé de recevoir ces gens. Il a indiqué à la police qu’il ne peut pas accueillir des gens agonisants, que la police doit d’abord les faire soigner et qu’ils doivent être emmenés pendant la journée et non pas la nuit », témoignent des leaders communautaires qui étaient présents lors des faits.
Après de longues discussions, la police a décidé de repartir avec des réfugiés et a accepté de « les déposer à l’hôpital ».
Décès de trois hommes
«Ils ont alors été admis à l’hôpital du centre de Dowa non loin du camp. Lundi matin, nous avons été surpris d’entendre la mauvaise nouvelle que trois d’entre eux n’ont pas eu la chance de survivre. Cinq autres viennent d’être transférés à l’hôpital du district de Dowa pour des soins urgents », laissent entendre des réfugiés.
Accusations accablantes
Un des réfugiés encore en vie a pu lâcher quelques mots accablants, sur le lit d’hôpital.
« Nous avons été torturés. À la prison de Maula, on nous a privés de nourriture pendant une longue durée. Ils nous ont fait des injections. Ils nous accusaient de s’opposer aux ordres de quitter les centres urbains », s’est-il souvenu, très abattu.
Deux leaders du camp de Dzaleka, un Burundais et un Rwandais se sont rendus à l’hôpital pour réclamer les corps mais l’administration sanitaire a refusé de les leur livrer.
Indignation totale
« Nous exigeons des enquêtes indépendantes pour déterminer la cause réelle de ces morts. Les tortionnaires doivent être punis conformément à la loi. Nous sommes désolés, nos droits doivent être respectés. S’il y a des infractions commises par un réfugié, qu’il soit présenté devant la justice », disent-ils.
En avril dernier, le gouvernement du Malawi a lancé un ultimatum pour que des réfugiés qui vivent dans les centres urbains retournent au camp surpeuplé de Dzaleka, à une quarantaine de kilomètres de la capitale Lilongwe.
Fin mai, le ministère en charge de la sécurité intérieure a alors précisé sur la radio-télévision nationale que plus 400 réfugiés et demandeurs d’asile, y compris des enfants, avaient été interpellés dans le cadre d’une opération policière lancée dans plusieurs quartiers de la capitale Lilongwe pour traquer des réfugiés qui n’avaient pas répondu à l’appel.
Des membres de la communauté burundaise, congolaise et rwandaise du camp de Dzaleka parlent de violation flagrante des droits humains et demandent aux autorités du Malawi et au HCR d’arrêter ces actes.
Le camp de Dzaleka compte plus de 50 mille réfugiés, issus de plusieurs pays africains, dont plus de 11 mille Burundais.
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Photo d’illustration : des agents de la police du Malawi dans une opération de rafle de réfugiés originaires des Grands-Lacs d’Afrique
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