Makamba : un jeune homme condamné à dix ans de prison pour « atteinte au chef de l’État » après des propos mystiques

Makamba : un jeune homme condamné à dix ans de prison pour « atteinte au chef de l’État » après des propos mystiques

SOS Médias Burundi

Makamba, 20 avril 2025- Un jeune homme originaire de la province de Rumonge (sud-ouest du Burundi) a été condamné mercredi dernier, à dix ans de prison ferme par le Tribunal de Grande Instance de Makamba (sud). Il a été reconnu coupable d’atteinte au chef de l’État, au secrétaire général du CNDD-FDD Révérien Ndikuriyo, et à la sûreté de l’État.

Le procès s’est tenu en flagrance et à huis clos, officiellement pour des raisons de « sécurité nationale », selon les autorités judiciaires.

D’après nos informations, le prévenu, qui se réclame de la ligue des Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir au Burundi), aurait déclaré connaître les auteurs présumés d’un empoisonnement du secrétaire général du parti au pouvoir. Il aurait affirmé que le président Évariste Ndayishimiye serait impliqué dans cette affaire.

Le jeune homme se présente comme féticheur, un savoir qu’il dit tenir de son grand-père, complété par des pratiques acquises lors d’un séjour au Nigeria. Il aurait soutenu que ses révélations proviennent d’une vision mystique.

Pas d’avocat, pas de témoin

Lors de l’audience, il a comparu seul, sans avocat, une situation qui suscite l’inquiétude de certains défenseurs des droits humains. En pleurs devant les juges, il a tenté d’expliquer qu’il n’avait fait que transmettre une vision liée à ses pratiques, mais ses arguments n’ont pas été retenus.

Le tribunal a jugé que ses propos portaient atteinte à l’ordre institutionnel et à la réputation des plus hautes autorités du pays.

Procès opaque, réactions partagées

Aucun élément de preuve n’a été rendu public et aucune réaction officielle des personnes citées n’a été enregistrée. L’opacité du procès, ainsi que la sévérité du jugement, alimentent le débat.

Alors que certains saluent une décision visant à protéger les institutions, d’autres dénoncent une dérive répressive contre la liberté d’expression, même sous une forme mystique.

Des précédents inquiétants

Ce n’est pas la première fois qu’un citoyen est poursuivi pour des propos jugés sensibles à l’encontre des autorités. En mars 2024, un fonctionnaire de Rutana( sud-est) avait été suspendu pour avoir partagé une vidéo critiquant la gouvernance. En août de la même année, un enseignant de Gitega avait été arrêté pour des publications satiriques sur les réseaux sociaux. Tous deux avaient dénoncé des procédures opaques et l’absence d’un procès équitable.

Ces cas, parmi d’autres suivis par SOS Médias Burundi, illustrent un climat de plus en plus tendu autour de la liberté d’expression et de l’espace accordé à la parole critique, qu’elle soit politique, symbolique ou mystique.

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Photo : Un jeune homme marche dans une rue principale au chef-lieu de la province de Makamba dont le tribunal a condamné à dix ans de prison ferme un jeune homme accusé d’atteinte au chef de l’État

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