Burundi : la pénurie persistante de carburant expose la population à de graves dangers
SOS Médias Burundi
Muyinga, 27 avril 2025- SOS Médias Burundi a été témoin d’un trafic toléré par l’administration dans les provinces de l’intérieur, au mépris de la sécurité publique. La crise du carburant qui secoue le Burundi depuis plus de quatre ans continue de faire des ravages. Dans un pays déjà confronté à une grave crise économique, cette pénurie chronique ne cesse d’aggraver les conditions de vie des citoyens. Dans plusieurs provinces du nord et du centre, une solution non officielle s’est imposée : des motards sont autorisés, avec la bénédiction tacite de certaines autorités, à effectuer le trafic de carburant entre la Tanzanie et l’intérieur du pays.
Venus principalement de Ngozi, Kayanza, Karusi et Gitega, ces motards transportent jusqu’à 10 bidons de carburant sur une seule moto. Pour maximiser leurs gains, ils roulent à très vive allure, souvent en convoi, dans l’espoir de multiplier les trajets dans la journée. Une pratique dangereuse qui fait craindre le pire.
Trafic juteux, vies en danger
Chaque trajet peut rapporter jusqu’à 100.000 francs burundais, un montant alléchant dans le contexte économique actuel. Mais cette course effrénée au profit n’est pas sans conséquence : plusieurs accidents, parfois mortels, ont été enregistrés. À Karusi, un motard a perdu la vie l’an dernier après une collision ayant provoqué un incendie alimenté par le carburant qu’il transportait. Ce n’était ni le premier, ni le dernier drame du genre.
À Ngozi comme à Muyinga, la population est alarmée. « Ces motards roulent à une vitesse folle. Il y a régulièrement des accidents. Nous vivons dans la peur », témoigne un habitant de Rugari, qui affirme avoir assisté à plusieurs accidents graves en l’espace d’une semaine.
Silence et inaction des autorités
Malgré ces risques, la police de roulage ne semble pas imposer de limites de vitesse à ces transporteurs improvisés de carburant.

Une tolérance qui suscite l’indignation. « La police devrait au moins encadrer ces activités, imposer une vitesse maximale. C’est du carburant qu’ils transportent, c’est explosif ! », s’indigne un commerçant de Ngozi.
Une crise qui alimente l’inflation
Cette pénurie prolongée a aussi de lourdes conséquences économiques. Le prix du litre de carburant, acheté à un peu plus de 9 000 FBu en Tanzanie, est revendu à plus de 17 000 FBu par les chefs de ces réseaux. Une flambée des prix qui touche indirectement tous les secteurs. Les denrées alimentaires deviennent de plus en plus inaccessibles, les transports sont hors de portée pour les plus modestes, et l’inflation galopante étrangle les ménages.
La colère monte dans la population
Dans certaines zones rurales très reculées, des produits de base sont même devenus introuvables.
Face à cette crise multiforme, les voix s’élèvent. À Karuzi, un jeune enseignant ne cache plus son exaspération : « Nous souffrons énormément. Pourquoi sommes-nous le seul pays de la région à subir une telle pénurie ? Que le gouvernement agisse ou qu’il cède la place à ceux qui peuvent ! »
Aucune déclaration officielle ne laisse entrevoir une issue rapide à cette crise. En attendant, les Burundais, épuisés et inquiets, continuent de subir les conséquences d’une pénurie sans fin, entre spéculation, insécurité et inflation généralisée.
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Photo d’archives : des conducteurs de taxis-motos transportent sur la tête les réservoirs de leurs engins à la recherche du carburant © SOS Médias Burundi
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