Musenyi : des réfugiés congolais forcés de retourner en zone de guerre, acculés par la précarité
SOS Médias Burundi
Face à des conditions de vie jugées intenables, des réfugiés congolais installés à Musenyi, dans le sud-est du Burundi, prennent le risque de retourner en RDC, malgré les combats toujours en cours. Entre précarité extrême, services humanitaires débordés et violences persistantes dans leurs zones d’origine, leur choix reflète un désespoir croissant.
Dans le sud-est du Burundi, le site de Musenyi connaît depuis plusieurs jours une vague de départs. Des réfugiés congolais, fuyant pourtant une guerre persistante dans leur pays, choisissent de rentrer en République démocratique du Congo (RDC), dans les territoires de Fizi et Uvira — malgré les violences armées qui continuent de faire rage dans ces zones.
Ce retour vers l’insécurité n’est pas un choix de cœur, mais une décision de survie.
Une précarité devenue insupportable
Les témoignages convergent : les conditions de vie à Musenyi sont devenues si difficiles que certains préfèrent affronter les dangers de la guerre plutôt que de rester dans le camp.
« Mon frère a préféré rentrer à Fizi, malgré les combats là-bas. Il disait qu’il ne voyait plus l’intérêt de rester ici, où la vie est encore plus dure », confie Floribert, un réfugié du site. « Il a pris cette décision début mai. Pour lui, les conditions de vie sont plus difficiles ici qu’au pays. »
Manque d’abris dignes, accès quasi inexistant aux soins de santé, rationnement sévère de l’aide alimentaire : le quotidien dans le camp s’est dégradé au point de devenir invivable.
Le jeune Mahuno en a fait l’amère expérience. Il était arrivé à Musenyi en mars avec son père malade.
« Mon père a beaucoup souffert. Il n’a jamais reçu de traitement. Il est mort après trois semaines. J’ai décidé de retourner à Sange en avril. Je n’ai plus rien à perdre. »
Des structures humanitaires saturées
Si plusieurs organisations humanitaires sont présentes à Musenyi, leurs capacités sont loin de répondre à l’ampleur des besoins.
« Il y a une volonté d’aider, c’est vrai, mais les moyens ne suivent pas. Le chemin reste encore très long pour que les besoins des réfugiés soient couverts », admet un travailleur humanitaire, qui a requis l’anonymat.
Prévu pour accueillir 10 000 personnes, le site en abrite aujourd’hui plus de 20 000, selon des sources locales. Une surcharge qui accentue l’insuffisance des services essentiels.
Un climat régional toujours plus instable
Depuis le début de l’année, les violences dans l’est de la RDC se sont intensifiées. Le mouvement rebelle M23, qui contrôle désormais plusieurs chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu — riches en minerais —, affronte les forces armées congolaises (FARDC), les milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, ainsi que des troupes burundaises déployées dans le cadre de la coopération militaire régionale.
Les combats ont provoqué des déplacements massifs de population. Plusieurs rapports d’organisations de défense des droits humains documentent des violations graves commises par différents groupes armés, notamment dans le Sud-Kivu.
Le Burundi héberge actuellement plus de 70 000 réfugiés congolais. Certains ont été répartis dans des camps officiels comme Musenyi, tandis que d’autres préfèrent rester proches de la frontière, dans l’espoir d’un retour rapide chez eux si la situation sécuritaire venait à s’améliorer.
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Photo : Une partie du site de Musenyi abritant des réfugiés congolais ,avril 2025 © SOS Médias Burundi
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