Burundi : l’ACG CIRIMOSO dénonce l’arrestation de rescapés tutsi en partance pour une rencontre mémorielle à Nairobi
SOS Médias Burundi
Trois représentants d’associations de rescapés du génocide ont été arrêtés le vendredi 13 juin alors qu’ils s’apprêtaient à se rendre à Nairobi, au Kenya, pour participer à une réunion mémorielle organisée par l’organisation allemande GIZ-ZFD. L’ACG Génocide CIRIMOSO, qui leur apporte son soutien, dénonce une arrestation « discriminatoire », politiquement motivée, et visant à faire taire des voix critiques du pouvoir en matière de mémoire.
Les personnes interpellées sont Florence Rutamucero, présidente de l’Association pour la Gestion des Mémoires Blessées de Kibimba (ARG-Kibimba), André Bizoza, président de l’Association Lumière du Monde de Buta (ALM-Buta), et Elvis Nshimirimana, membre actif de la même organisation. D’après leurs proches, les trois rescapés avaient reçu une invitation officielle pour prendre part à une rencontre régionale sur la mémoire et la prévention des conflits.
Les autorités burundaises leur reprochent une « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », une accusation que l’ACG CIRIMOSO — notamment ses antennes à l’étranger — juge infondée et utilisée de manière récurrente contre les voix dissidentes.
Dans une déclaration conjointe publiée le 14 juin, les sections canadienne et scandinave de l’association s’indignent :
« Sur les sept personnes invitées à Nairobi, seules les trois représentant les rescapés tutsi ont été arrêtées. Cette sélection ciblée est non seulement injuste, mais aussi profondément discriminatoire. »
Elles y voient une forme de persécution contre les militants du « plus jamais ça », et réclament leur libération immédiate. Le communiqué souligne que ces arrestations violent le droit fondamental à la libre circulation, garanti par l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Allant plus loin, les signataires replacent ces arrestations dans un contexte plus large : celui d’une impunité persistante depuis les années 1990 au Burundi. En citant plusieurs rapports des Nations Unies — notamment le document S/1996/682 —, ils accusent le CNDD-FDD, aujourd’hui au pouvoir, de perpétuer un programme génocidaire, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières.
« Organiser des élections ne suffit pas à légitimer un régime accusé de crimes d’une telle gravité », avertit encore le communiqué.
L’ACG CIRIMOSO appelle la communauté internationale à prendre ses responsabilités face à ce qu’elle qualifie d’« impasse mémorielle » et demande que le CNDD-FDD soit mis « en quarantaine », tant qu’aucune justice n’est rendue pour les crimes commis depuis 1993.
Pour l’heure, les familles des trois arrêtés demeurent sans information précise sur leur situation. Au sein des associations de rescapés, l’inquiétude est palpable, d’autant plus que ces arrestations surviennent à quelques mois d’échéances électorales décisives. Nombreux sont ceux qui redoutent une répression croissante des voix mémorielles indépendantes.
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Photo : Des proches des victimes et des rescapés se recueillent devant le mémorial du lycée de Kibimba, en hommage aux plus de 150 élèves tutsis tués le 21 octobre 1993, au lendemain de l’assassinat du président Melchior Ndadaye © SOS Médias Burundi
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