Cibitoke : des réfugiés congolais accusent les Imbonerakure et des militaires burundais de violences et d’abus à la frontière

Cibitoke : des réfugiés congolais accusent les Imbonerakure et des militaires burundais de violences et d’abus à la frontière

SOS Médias Burundi

Alors que les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles du M23 se poursuivent dans l’est du pays, des milliers de civils congolais fuient les combats pour chercher refuge. Beaucoup tentent de rejoindre le Burundi en traversant la rivière Rusizi, dans l’espoir d’atteindre Bukavu via Kamanyola. Mais pour nombre d’entre eux, la traversée de la frontière ne met pas fin à leur calvaire.

Des réfugiés affirment être victimes d’agressions physiques, de vols, d’extorsions et, plus grave encore, de viols. Ces exactions seraient, selon plusieurs témoignages concordants, commises par des membres des Imbonerakure – la ligue de jeunesse du parti au pouvoir au Burundi, le CNDD-FDD – ainsi que par certains éléments des forces armées burundaises. Des actes décrits comme « systématiques » par les victimes, et qui provoquent également l’indignation parmi des habitants de Rugombo.

« Ce sont des jeunes filles et des femmes qui sont violées, des familles dépouillées de leurs biens. Ils viennent chercher le passage, pas la brutalité », témoigne un habitant de la localité, sous couvert d’anonymat.

Une frontière sous haute tension

Selon des sources locales, la traversée de la Rusizi est formellement interdite aux ressortissants congolais. De leur côté, les Burundais ne sont pas autorisés à se rendre dans les zones contrôlées par le M23, notamment Kamanyola et une partie de Katogota. La consigne serait claire : toute personne interceptée en train de franchir la frontière serait immédiatement la cible de tirs de la Garde républicaine burundaise, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme.

Des restrictions strictes régissent également les déplacements à l’intérieur du territoire congolais. Les adultes quittant Kamanyola ou Katogota ne seraient pas autorisés à se rendre à Luvungi, un trajet réservé uniquement aux femmes et aux enfants.

La détérioration des routes entre Kamanyola et Uvira – une zone désormais sous contrôle du M23 – oblige les civils à emprunter la voie fluviale, considérée comme une option moins surveillée. Mais ces itinéraires, devenus plus périlleux que jamais, se transforment désormais en véritables pièges mortels.

Silence des autorités, enquête en vue

Interrogé par SOS Médias Burundi, le gouverneur de la province de Cibitoke, Carême Bizoza, a affirmé n’avoir reçu aucune information sur des traversées dans d’autres localités. Toutefois, il s’est engagé à ouvrir une enquête afin de vérifier la véracité des faits rapportés, admettant que si les allégations s’avéraient fondées, elles risqueraient de compromettre les relations bilatérales entre le Burundi et la République démocratique du Congo.

Tensions diplomatiques croissantes

Face à cette crise humanitaire, des habitants de Rugombo appellent les autorités burundaises à mettre un terme aux exactions et à garantir un passage sûr aux réfugiés congolais. Des organisations non gouvernementales, tant locales qu’internationales, pourraient être prochainement mobilisées pour documenter ces violations des droits humains et apporter une assistance aux personnes touchées.

Depuis le début de l’année, plusieurs dizaines de milliers de Congolais ont trouvé refuge dans la province frontalière de Cibitoke, avant d’être, pour la majorité, transférés dans des centres d’accueil de la province de Rutana, dans le sud-est du Burundi.

Selon des sources sécuritaires consultées par SOS Médias Burundi, les autorités burundaises et congolaises soupçonnent certains habitants des zones sous contrôle du M23 de collusion avec les rebelles. C’est dans ce contexte que, selon ces mêmes sources, des ordres de tir à vue auraient été émis dès ce mardi contre toute personne surprise en train de franchir la frontière.

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Photo : Une salle de cuisine dans le site de transit de Cishemere, dans le nord-ouest du Burundi. © SOS Médias Burundi

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