Tanzanie : quand les autorités transforment les leaders religieux en instruments de rapatriement forcé
SOS Médias Burundi
Kigoma, 24 septembre 2025- De Nduta à Nyarugusu, pasteurs, responsables de mouvements religieux et cheikh ont été sommés de participer activement à la sensibilisation des réfugiés burundais au retour volontaire. L’ultimatum a été lancé par une délégation conduite par l’inspecteur général pour les réfugiés dans la région de Kigoma, qui abrite ces deux camps.
Lundi, une réunion extraordinaire s’est tenue au camp de Nyarugusu, réunissant pasteurs, chefs de mouvements d’action catholiques et cheikh.
Habitués à prêcher devant leurs fidèles, ces leaders religieux ont cette fois écouté « une prédication ou homélie » livrée par John Walioba Mwita, inspecteur général pour les réfugiés.
S’appuyant sur la Bible, il a déclaré :
« Vous êtes leaders religieux, vous devez suivre le modèle de Moïse, l’émissaire de Dieu pour le peuple d’Israël dans l’Égypte antique », laissant perplexes une trentaine de représentants de réfugiés.
Puis il a ajouté :
« Allez devant le peuple burundais (considéré comme le peuple d’Israël) du camp de Nyarugusu (considéré comme l’Égypte antique) pour le ramener au pays du lait et du miel, le Burundi. »
John Walioba Mwita a poursuivi :
« Si jamais Mohamed, Jésus ou encore les apôtres de Dieu étaient ici, ils le feraient aussi comme cela. »
Accusant les leaders religieux de « conduire mal le peuple de Dieu » en ne participant pas activement à la sensibilisation, il les a sommés de prêcher systématiquement pour le retour des réfugiés :
« Chaque fois, prêchez pour un retour des réfugiés au Burundi, tous les dimanches et vendredi, dans les églises, mosquées et chambres de prière. »
Le président du camp de Nyarugusu a insisté :
« Votre discours est plus fort, suivi même par ceux qui ne croient pas en Dieu. Et d’ailleurs, commencez à vous enregistrer pour rentrer, comme ça, ils verront de vous d’excellents modèles à suivre. »
La délégation comprenait également un officier supérieur de l’armée, se présentant comme « chargé des opérations civiles en Tanzanie ». Son intervention a semé la panique :
« Nous avons intervenu et nous avons usé de notre effort pour ramener l’ordre. Des morts ? des victimes ? des maisons brûlées ? On s’en fichait ! L’essentiel était de ramener l’ordre. J’étais de l’équipe. Je suis encore de cette équipe, prête à faire de même si jamais vous ne suivez pas ce que l’on vous dit : rapatriez-vous ! », a-t-il martelé.
Le 18 octobre, la même délégation s’était rendue au camp de Nduta pour délivrer le même message. Un pasteur, dimanche dernier, a toutefois appelé à la prudence :
« Mais le pasteur a été malin, rappelant aux réfugiés de choisir ‘le bon chemin et laisser le plus mauvais comme la Bible le dit’. ‘Ne soyez pas intimidés par le vent, le bon Dieu sera de notre côté’, a-t-il ajouté. »
Pour les réfugiés, la Tanzanie multiplie les messages d’intimidation et de forcing, sous couvert d’un rapatriement « volontaire ». Ils affirment qu’ils ne céderont pas et demandent aux autorités tanzaniennes d’assurer leur protection conformément aux engagements internationaux.

Le HCR entre ambiguïtés et engagements
Début septembre, la Haut-Commissaire adjointe du HCR pour la protection, Mme Ruvendrini Menikdiwela, a mené une mission de cinq jours en Tanzanie afin d’étudier des solutions durables pour les réfugiés burundais.
« Notre objectif commun avec l’évaluation globale axée sur la protection et les solutions est d’identifier et de mettre en œuvre des solutions durables qui respectent les droits des réfugiés et favorisent leur réintégration à long terme », a-t-elle affirmé.
Mais les réfugiés s’interrogent :
« De quels droits a-t-elle parlé alors que nous crions au scandale de violation de nos droits élémentaires chaque jour ? »
À Nyarugusu, Mme Menikdiwela a rencontré des responsables de réfugiés burundais et congolais, inquiets des coupes budgétaires dans l’éducation et la santé, ainsi que du forcing au rapatriement.
Elle a réaffirmé l’engagement du HCR à « écouter les réfugiés » et à travailler avec le gouvernement tanzanien :
« En ces temps difficiles, il est essentiel que les voix et les préoccupations des réfugiés restent au cœur de notre travail de protection, notamment en plaidant en faveur de solutions à long terme qui permettront aux réfugiés de mener une vie sûre et digne. »
Mme Menikdiwela a insisté :
« Le HCR reste pleinement déterminé à soutenir le retour éclairé, volontaire et sûr des milliers de réfugiés qui ont décidé eux-mêmes, de leur propre gré, de rentrer chez eux au Burundi. Nous appelons la communauté internationale à apporter un soutien accru aux projets de réintégration et de développement au Burundi afin d’aider les rapatriés à reconstruire leur vie. »
Pour les réfugiés à Nyarugusu comme à Nduta, « ce discours diplomatique nourrit l’ambiguïté et profite aux autorités tanzaniennes et burundaises en défaveur des concernés, victimes des violations des droits humains ».
Depuis 2017, plus de 180 000 réfugiés burundais sont rentrés au pays avec le soutien du HCR. Plus de 110 000 restent toujours dans les camps en Tanzanie.
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Photo : Une pancarte indiquant l’emplacement du camp de réfugiés de Nduta, situé en Tanzanie, près de la frontière avec le Burundi. © SOS Médias Burundi
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